Tesla et les marchés, vers la fin de la lune de miel ?

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Le Model 3 de Tesla doit permettre au groupe de passer à la production de masse.
Le Model 3 de Tesla doit permettre au groupe de passer à la production de masse. (Crédits : Tyrone Siu)
Les résultats trimestriels de Tesla ont déçu... Plus encore, les analystes exigent désormais une plus grande maturité de la part de l'entreprise aux idées géniales mais qui a jusqu'ici toujours échoué à les mettre en musique sur le plan industriel. Pour l'heure, l'action est encore élevée, mais elle pourrait être entrée dans une zone de tension...

Les analystes ne cachent plus leur déception... Après la publication des résultats trimestriels de Tesla, ils s'interrogent de plus en plus sur la solidité du modèle économique du jeune constructeur automobile californien.

Le groupe fondé par Elon Musk en 2003 a annoncé une perte trimestrielle de 671 millions de dollars (530 millions d'euros), soit la plus importante jamais enregistrée. Dans le même temps, Tesla a indiqué qu'il n'a produit au troisième trimestre que 260 exemplaires de sa nouvelle voiture, le Model 3, ce qui ne présage rien de bon sur l'objectif des 20.000 voitures à produire sur le dernier trimestre. En somme, les investisseurs voient l'entreprise enregistrer des pertes et brûler du cash sans pour autant que cela se traduise par une montée significative de la cadence de production.

Une défiance qui s'installe

Tesla a lancé le Model 3 pour améliorer ses rendements industriels. A 33.000 dollars l'unité, cette voiture est deux fois moins chère que la Model S, la voiture emblématique du groupe. Avec ce nouveau modèle, le constructeur espère ainsi atteindre une production de 500.000 voitures par an, et ainsi amortir le coût des batteries.

Signe de l'inquiétude ambiante, le très flamboyant Elon Musk a mis en veilleuse ses déclarations fracassantes et tente de désamorcer la défiance qui s'installe tout doucement sur les marchés. Selon lui, la défaillance technique d'un important sous-traitant a forcé les équipes d'ingénieurs de Tesla à reprendre toute l'écriture logicielle en quatre semaines seulement. Il a expliqué que ce défaut logiciel a grippé toute la chaîne de production extrêmement robotisée. Il a également évoqué des « goulets d'étranglement » dans sa chaîne de production.

« Il est difficile de suppléer la production par du travail manuel parce que le degré d'automatisation est très fort », a-t-il déclaré auprès d'analystes qui n'ont pas perdu de vue que Tesla s'est séparé de 700 collaborateurs en octobre - « moins de 2% de nos effectifs », a tenté de relativiser Elon Musk.

Sanction immédiate des marchés

Les marchés ont immédiatement sanctionné le titre sur les échanges après Bourse mercredi 1er novembre (-5%, baisse confirmée dans les premiers échanges boursiers jeudi à Wall Street). Cette sanction ne remet pas pour autant en cause la performance de l'action Tesla dont la valorisation totale continue de tutoyer les 53 milliards de dollars (contre 49 milliards pour Ford). A 321 dollars, celle-ci reste significativement au-dessus des 229 dollars du 1er janvier dernier, mais nettement en-dessous du pic de 383 dollars enregistré le 19 juin dernier.

Le marché serait-il en train de basculer pour être plus exigeant avec un groupe qui n'a jamais respecté ses objectifs, que ce soit sur sa production ou ses performances financières ? Le fait que le titre se situe désormais en-dessous des consensus (6,5% en dessous de celui de l'agence Bloomberg) est peut-être le signe que le temps de l'indulgence est bien terminé.

Elon Musk a annoncé qu'il passait désormais le plus clair de son temps dans son usine géante du Nevada, celle qui produit les batteries électriques. Toujours prompt à la mise en scène, il a expliqué qu'il campait sur le toit de l'usine pour ne pas perdre du temps entre l'hôtel et l'usine. Cette présence pourrait être le gage de l'implication du management (et de la mise sous pression des équipes) dans la résolution des problèmes de production.

Une meilleure visibilité sur la gestion du cash-flow

Mais cela ne suffira pas à convaincre les investisseurs. Ces derniers veulent également en savoir plus sur la gestion de la trésorerie. « L'entreprise n'a toujours pas communiqué de plan réaliste qui traduirait ses ambitions en termes de réductions des dépenses, ni sur sa stratégie de génération de liquidités », explique dans une note Jeffrey Osborne, analyste chez Cowen & Co.

Sur le dernier trimestre, Tesla a brûlé 1,4 milliard de dollars, soit près de 3 milliards sur les six derniers mois. Ils craignent que le constructeur soit contraint de faire à nouveau appel au marché pour se financer. Elon Musk a tenté de rassurer les investisseurs en expliquant avoir engrangé 1,2 milliard de dollars début mars et 1,8 milliard en août, lui permettant d'étoffer sa trésorerie à 3,5 milliards de dollars.

Hormis ces questions industrielles et financières, les analystes veulent plus de détails sur le projet d'usine en Chine. Tesla a signé en juin un accord avec les autorités chinoises pour construire une usine dans la zone de libre échange de Shanghai. Exceptionnellement, les autorités chinoises ont autorisé le californien à ne pas passer par une joint-venture comme c'est pourtant la règle. Cette usine sera néanmoins frappée d'une taxe supplémentaire de 25% sur les ventes.

Dès lors, les analystes s'interrogent sur l'équation financière de ce projet pour une production compétitive. Enfin, le programme Autopilot semble avoir également du plomb dans l'aile. Le programme de voiture autonome que Tesla veut délivrer à ses clients serait victime de retards de développement, en partie dus à des mouvements importants dans les équipes d'ingénieurs.

Vers une entreprise mature

Pour résumer, les analystes attendent de Tesla qu'il sorte de son état d'esprit de startup et qu'il gagne en maturité tant dans ses process que dans sa stratégie. Il n'est plus question d'annoncer, comme en 2016, un objectif de 500.000 voitures produites en 2018 alors que l'usine de Fremont en avait péniblement fait sortir 84.000 dans l'année (contre 90.000 promises cette année-là). Les prévisions financières doivent être plus solides, pour ne plus donner l'impression qu'elles ont été annoncées au doigt mouillé. Elon Musk le sait.

« Je dois reconnaître que j'étais vraiment abattu il y a trois ou quatre semaines de cela », a-t-il confessé lors de la présentation des résultats trimestriels.

Après avoir joué les enfants terribles, il faut désormais des résultats. Et ceux-ci reposent pour l'essentiel sur le Model 3.

Infographie: Tesla n'électrise pas les marchés  | Statista Vous trouverez plus de statistiques sur Statista

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Commentaires
a écrit le 08/11/2017 à 16:22 :
Exceptionnellement, les autorités chinoises ont autorisé le californien à ne pas passer par une COENTREPRISE, comme c'est pourtant la règle.
a écrit le 06/11/2017 à 13:59 :
De nos jour le "marché", les investisseurs veulent des belles histoires, des projets (souvent irréalistes) mais qui font rêver : On le voit chaque jour avec des starts-ups qui levent des sommes folles sur des projets un peu "bidon" mais tellement "bobo-bienpensant" compatibles. La réalité, celle des petites entreprises ou des ETI qui souffrent chaque jour et galèrent pour maintenir leur marge et obtenir quelques dizaines de milliers d'euros pour juste pouvoir un souffler et peu sortir du lot : tout le monde s'en fiche, en premier lieu les banques, les investisseurs, et BPIfrance ... Ces derniers prefèrent se faire dépouiller (avec élégance) par des projets bidons ou le "réseautage", le "pipeautage" et la défiscalisation fonctionnent à plein ... Et dans ce domaine Elon Musk est certainement l'un des plus doués!
a écrit le 04/11/2017 à 14:58 :
4 voitures par jour ! Whaouh, ça c'est de la production de masse ! Après 15 ans sur le marché automobile, c'est un exploit ! Quand les Coréens se sont lancés dans l'automobile, ils produisaient déjà allégrement au bout de 5 ans !
a écrit le 04/11/2017 à 14:25 :
Quand je lis que le journaliste écrit:
gage de l'implication du management (et de la mise sous pression des équipes)
Je me dis qu'il vau mieux qu'il fasse ce travail qu'un travail de manager.
Franchement c'est une conception horrible du management si tout fonctionne par la pression. Il faut mettre dans les mains des équipes les moyens de réaliser l'objectif, préparer le travail en amont, former des équipes avec des profils variés ou les uns et les autres peuvent s'entre-aider. C'est difficile, et la pression n'est qu'une solution de dernier recours en cas d'échec.
Un manager.
a écrit le 04/11/2017 à 9:06 :
Voiture trop chères, élitistes, trop complexes, trop lourdes, trop d'accessoires énergivores, trop "automobile", il se trouve au point d'avoir pourvu sa clientèle sur un marché de niche.
Le salut, faire de la voiture plus légère, plus abordable, avec une autonomie renforcée.
Il arrive peut être trop tôt, sur un marché encore en pleine reflexion et mutation.
a écrit le 04/11/2017 à 8:02 :
Chaque fois que je vois une S je regrette de mon manque de liquidité. Je trouve cette voiture superbe. En dehors de la gloriole un peu trop je suis le meilleur M. Musk est certainement un créateur pour le marché de demain et au delà de sa voiture. Manque de bol son égo lui fait oublier qu'un industriel reste encore un acteur dont la responsabilité se nomme rentabilité et non com à outrance.
Réponse de le 06/11/2017 à 7:31 :
Tucker Preston. Vous vous souvenez ? Americain des annees 50, il avait deja propose en son temps une voiture revolutionnaire. Seul, endette il a jete l'eponge, alors qu'il etait sur le point de convaincre d'autres investisseurs.
Il n'en sera pas de meme pour cette affaire, Musk, va trouver une solution, faire moins cher, sans doute et moins sophistique.
a écrit le 03/11/2017 à 18:02 :
Chapeau m.MUSK : vous les avez tous bien enfumés des années !La fete serait elle finie enfin ?
a écrit le 03/11/2017 à 15:21 :
L'action Tesla, ne serait-ce pas la variante automobile du bitcoin?
La loi de la gravité va s'appliquer bientôt...
a écrit le 03/11/2017 à 15:07 :
La voiture électrique, en substitut de la vrai à combustion interne, est un leurre.
Autonomie réelle insuffisante, pour raison physico-chimique fondamentale. Sans parler du temps de recharge.
Ce ne peut être qu’une (2ème, 3ème) voiture d’appoint. Donc pour les riches snobs, genre bobo parisiens.
84 000 voitures, sur un marché mondial de 85 000 000. Cherchez l’erreur.
Réponse de le 05/11/2017 à 17:07 :
L'aviation n'a pas non plus démarré par un avion furtif. Il faut laisser le temps au temps pour les améliorations technologiques :-)
a écrit le 03/11/2017 à 12:01 :
Tesla est une imposture. L'avenir de la voiture électrique ce sont les généralistes comme Renault qui y vont lentement mais sûrement
Réponse de le 04/11/2017 à 1:44 :
Bah ouais, mais il fallait bien que des petits malins profitent de la bulle...
a écrit le 03/11/2017 à 9:30 :
en résumé, Tesla a peut-être de bonnes idées, mais des problèmes techniques actuellement dominants et se trouve en faillite financière. Alors quel avenir, et quels seront les dindons de ce que l'on peut appeler la mégalomanie d'un homme ?
a écrit le 03/11/2017 à 9:20 :
En même temps, Elon Musk aura du mal à quitter l'esprit start-up, c'est un visionnaire mais il a l'air d'avoir une certaine capacité à fausser la perception du risque des investisseurs en se basant principalement sur son charisme. Il pourra faire autant de pertes qu'il voudra tant que l'expansion sera rapide mais là, ce n'est pas le cas.

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