Voiture autonome : enjeux et débats autour de la sécurité de la voiture de demain

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Les partisans de la voiture autonome veulent prouver que cette technologie est plus sûre que la nature humaine.
Les partisans de la voiture autonome veulent prouver que cette technologie est plus sûre que la nature humaine. (Crédits : Reuters)
Le débat sur la sécurité des voitures autonomes a été rouvert après l'accident mortel d'une piétonne percutée par une voiture-test Uber à Tempe, en Arizona. Les associations se plaignent des tests menés par les entreprises en grandeur réelle "sans aucune considération pour la sécurité". De leurs côtés, les partisans de la voiture autonome estiment que cet accident ne change rien à leur promesse de réduire drastiquement l'accidentologie routière.

Un banal et tragique accident de la route va-t-il remettre en cause un marché de plusieurs dizaines de milliards d'euros ? En tout cas, il interroge sur la promesse faite par tous les constructeurs automobiles et autres acteurs digitaux dans la voiture autonome, celui du zéro mort.

Hier, à Tempe dans l'État américain d'Arizona, une femme de 49 ans poussant un vélo, a été renversée par un véhicule autonome Uber. Elle décédera un peu plus tard après son hospitalisation. D'après les premiers éléments de l'enquête, cette femme aurait traversé en-dehors du passage clouté. Le véhicule autonome impliqué dans l'accident était opéré par un employé de la compagnie de VTC Uber.

Uber bénéficie à Tempe d'une autorisation de tests en grandeur réelle d'une flotte de voitures autonomes, des Volvo XC90, le plus grand SUV de la marque automobile suédoise.

Les constructeurs et les GAFA, tous intéressés par la voiture autonome

Toute l'industrie automobile mondiale, mais également les GAFA (Google, Apple et consorts...) vont scruter les conclusions de l'enquête sur cet accident. Car la sécurité est bien la priorité absolue de la voiture autonome.

Actuellement, les constructeurs ont déjà intégré des premiers niveaux d'autonomie, appelés assistants de conduite, qui permettent de lâcher le volant quelques instants. La voiture est alors capable de rouler seule, prendre les virages, adapter sa vitesse en fonction de la circulation qui la précède, quitte à se mettre à l'arrêt puis redémarrer, très pratique en embouteillage. Pour l'heure, la réglementation interdit néanmoins de lâcher le volant trop longtemps, pas plus de 30 secondes en général, ou que le véhicule entreprenne seul des dépassements.

La voiture autonome de demain veut aller plus loin en supprimant jusqu'aux pédales et même le volant. Pour Uber, c'est le but ultime : supprimer le conducteur et mettre en circulation une flotte de voitures totalement autonomes. Les constructeurs travaillent sur le rodage de leurs systèmes d'autonomie composés de logiciels et d'intelligence artificielle, mais également de radars de tous types (lidar, scanner, capteurs...), afin de les confronter à une multitude de scénarios possibles.

Tesla sommé de changer le nom d'autopilot

Pendant l'été 2016, un drame avait entaché le système autopilot de Tesla. Une Model S s'est engouffrée dans un camion qui lui barrait la route, tuant son conducteur sur le coup. L'enquête a déterminé qu'il roulait aux alentours de 110 km/h et qu'il s'était totalement reposé sur la conduite autonome d'Autopilot, préférant regarder un film sur sa tablette... Pour sa défense, Tesla a expliqué que la voiture n'avait pas identifié l'obstacle puisque le ciel particulièrement dégagé ce jour-là, s'était confondu avec la couleur très clair du camion.

Une explication pour le moins insuffisante pour confier sa vie, et celles de ses passagers à de telles approximations techniques... Si bien que plusieurs pays, dont l'Allemagne et la Chine, avaient alors exigé que Tesla renonce à l'intitulé "autopilot", un brin survendu à leur goût.

Pour l'association américaine Consumer Watchdog, le gouvernement américain a accordé des autorisations de tests trop larges aux entreprises engagées dans la voiture autonome.

"C'est une feuille de route autorisant les constructeurs à faire ce qu'ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent, faisant de nos routes des laboratoires privés pour des voitures robots sans aucune considération pour notre sécurité", avait déclaré l'association en réponse à l'administration Trump autorisant les essais sur route réelle.

Le dilemme du tramway

Les constructeurs doivent régler une multitude de questions irrésolues dont le célèbre dilemme du tramway, souvent agité comme chiffon rouge par les détracteurs de la voiture autonome. Ce dilemme pose la question de savoir quel arbitrage peut opérer une intelligence artificielle dans une situation extrême où elle doit choisir entre sacrifier les occupants d'une voiture pour sauver des passants, ou inversement.

À entendre certains experts, ce dilemme caricature totalement la promesse de la voiture autonome. Selon eux, la voiture autonome disposera de suffisamment de dispositifs de sécurité comme le freinage d'urgence, l'anticipation des obstacles, l'adaptation de la vitesse, pour que la probabilité de ce scénario soit beaucoup moins élevée que l'accidentologie actuelle. Selon eux, l'intelligence artificielle n'est jamais sujette à la somnolence, l'alcool, la diversion d'un téléphone portable ou d'enfants turbulents. Autrement dit, elle est plus fiable que l'intelligence humaine, sans compter qu'elle est infiniment plus rapide pour activer les systèmes de sécurité.

Le mieux est l'ennemi du bien

Récemment, une étude de l'institut Rand Corporation, une émanation de l'armée américaine, a posé un nouveau postulat en faveur de la voiture autonome. Selon ce rapport, le fait de reporter la voiture autonome en attente de perfectionner son système sera plus coûteux en vie humaine que d'utiliser la voiture autonome telle qu'elle existe aujourd'hui. "Le mieux est l'ennemi du bien", résume la Rand Corporation. Lors du tragique accident de la Model S, Tesla avait rappelé que l'accidentologie sur ses véhicules utilisant Autopilot était beaucoup moins élevée que sur la moyenne nationale. Ainsi, il s'agissait du premier accident sur 209 millions de kilomètres parcourus alors que les États-Unis enregistrent un accident mortel tous les 150 millions de kilomètres.

Pour rappel, en 2013, l'accidentologie routière avait coûté 1,3 million de vie dans le monde par an et entre 20 et 50 millions de blessés graves, d'après l'Organisation mondiale de la santé.

Sur ces considérations, il y a un autre aspect encore plus problématique, celui de la responsabilité. Pour les assureurs, pas question d'entrer dans l'ère de l'autonomie sans avoir entériné une doctrine claire sur le partage des responsabilités : le constructeur, le développeur du logiciel, le passant qui traverse en-dehors des clous, la chaussée mal entretenue qui altère la visibilité des capteurs, ou le propriétaire du véhicule ? Sans parler de la cybercriminalité (ou cyberterrorisme) qui pourrait prendre un contrôle malveillant de voitures à distance.

Sinistralité divisée par deux

D'après une récente étude Exton Consulting, la voiture autonome pourrait diviser par deux la sinistralité automobile. Ceci étant, cette étude estime que les accidents seront néanmoins beaucoup plus chers en raison de l'inflation des prises en charges médicales mais également du fait des voitures autonomes qui sont beaucoup plus chers que des voitures classiques.

Mais, le dernier enjeu de la voiture autonome sera de convaincre les consommateurs que la voiture autonome est beaucoup plus sûre que la nature humaine. Seront-ils seulement prêts à accepter qu'elle ne le sera jamais totalement?

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Commentaires
a écrit le 05/03/2019 à 14:53 :
C'est incroyable de laisser un article être publié avec autant de fautes d'orthographe
a écrit le 22/03/2018 à 20:55 :
Le piéton est en faute certes mais la conductrice aussi compte tenu du fait qu'elle ne regardait pas vraiment la route.
Pour ce qui est du véhicule autonome force est de constater qu'il n'a pas détecté l'obstacle.
Je ne suis donc pas d'accord avec le briefing des autorités américaines qui exclut toute faute d'Uber et de la conductrice.
a écrit le 22/03/2018 à 9:04 :
2 morts déjà donc pour les voitures autonomes, beau score.

"Science sans conscience n'est que perte de l'âme" A. Einstein
Réponse de le 22/03/2018 à 12:07 :
Les voitures autonomes ont déjà roulé des millions de km aux État-Unis. Donc un ou deux morts sur cette distance avec une technologie qui n’est qu’à l’état de prototype, je trouve ça pas mal du tout.

Surtout si ces accidents ne sont pas vraiment la faute de la technologie : Une femme qui traverse sans regarder juste devant la voiture qui roule à vitesse légale.
Réponse de le 22/03/2018 à 15:31 :
"Donc un ou deux morts sur cette distance avec une technologie qui n’est qu’à l’état de prototype, je trouve ça pas mal du tout"

Sauf que ces morts le sont pour rien du tout, seulement pour des tests.

ALors si vous trouvez ça bien c'est votre seul truc à vous hein, merci.
a écrit le 22/03/2018 à 7:02 :
Bientôt on demandera aux piétons de ne pas "circuler" la nuit... Je ne comprends pas cet accident car l'utilisation de nombreux capteurs aux fonctionnements différents auraient permis d'éviter le drame : infra rouge, radars doppler + millimétriques.... manifestement, ce sont des pseudos ingénieurs qui "développent" la voiture autonome...
Réponse de le 22/03/2018 à 11:59 :
Rien ni personne ne peut sauver un piéton qui traverse sous les roues d’une voiture.
a écrit le 21/03/2018 à 22:38 :
les pilotes d'avions sont toujours là , même si des automatismes peuvent presque tout faire . L'environnement d'une voiture est hyper complexe (plus que le ciel ) et il est inenvisageable de développer des logiciels critiques satisfaisants . La redondance de niveau 3 requise pour couvrir les cas de pannes simples des différents composants fait grimper la facture et rend ces véhicules inaccessibles . Vivent la 2CV pour la jeunesse . Les constructeurs sont des margoulins .
a écrit le 21/03/2018 à 20:28 :
Sur un circuit parfaitement maîtrisé ça peut rouler, mais dans la circulation de tous les jours, on n'est pas prêt d'en voir !
a écrit le 21/03/2018 à 13:29 :
Évidemment que tous les acteurs (constructeurs, GAFA & Uber, gouvernements etc) font le forcing sur ce qui préoccupe la population (en l’occurrence ici la sécurité) pour lui faire avaler une fois de plus une technologie qu'elle n'attend pas dans son ensemble !
Mais tout ça, une fois de plus, n'est qu'un leurre pour faire croire qu'une technologie va pouvoir remplacer sans coup férir l'incurie de nos dirigeants (de même par exemple que nos gouvernements successifs n'arrête pas depuis 10 ans d'innover et d'accroitre le parc de radar sur les routes en étant convaincu (ou en faisant semblant ?) que ça va diminuer les chiffres de l'insécurité routière, en vain bien sûr !). Bonjour les problèmes quand les terroristes vont mettre le nez dans les voitures autonomes et les livraisons de colis par drones !!
a écrit le 21/03/2018 à 11:38 :
Un banal accident? Je vous rappelle qu une femme y a laissé sa vie tous ça pour assouvir des multinational prêtent à tous pour vendre.le robot e remplacera jamais homme

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