C'est l'un des patrons les plus discrets du CAC 40. Direct, efficace, tenace, et de son propre aveu parfois rancunier, Olivier Roussat se tient à l'écart des cercles huppés pourtant prisés de beaucoup de dirigeants français. Il faut dire que cet ingénieur de 59 ans occupe une place un peu à part dans cet univers. Nommé directeur général du groupe Bouygues en 2021, il pilote en effet un géant mondial, mais aussi une entreprise familiale. Et pas n'importe laquelle. Ce champion du BTP fondé en 1952 par Francis Bouygues et qui s'est diversifié depuis dans les médias, les télécoms, l'énergie et les services possède l'une des cultures internes les plus fortes, tous secteurs confondus. En outre, Martin Bouygues, 72 ans, demeure président de l'ensemble, alors que deux de ses enfants travaillent dans le groupe depuis plusieurs années.
« Olivier Roussat ne cherche pas à être le maître du palais, estime un proche qui connaît bien l'entreprise. Il respecte la légitimité familiale tout en écrivant sa propre histoire. » Venu en 1995 d'IBM, ce diplômé de l'Insa de Lyon est entré dans le groupe chez Bouygues Telecom, une filiale créée un an plus tôt par Martin Bouygues : « J'avais déjà une expérience de la gestion d'équipes chez IBM, où j'avais entre autres travaillé sur l'ancêtre d'Internet. Ma mission consistait à prendre en charge le "cockpit", c'est‑à‑dire le centre de fonctionnement de ce nouvel opérateur. » À l'époque, BT ne compte que six techniciens de maintenance, et la France deux autres opérateurs : l'historique France Télécom et SFR, lancé en 1987. Olivier Roussat grimpe les échelons rapidement, du moins selon les critères du groupe, où les progressions fulgurantes ne sont pas le genre de la maison. Nommé directeur réseau en 2003, il rejoint le comité de direction de Bouygues Telecom la même année.