Biocon, la biopharma indienne qui défie les big pharmas

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L'important, pour Kiran Mazumdar-Shaw, PDG de Biocon : « Que chaque citoyen indien puisse se soigner. » / DR
L'important, pour Kiran Mazumdar-Shaw, PDG de Biocon : « Que chaque citoyen indien puisse se soigner. » / DR (Crédits : DR)
Située non loin de la Silicon Valley indienne de Bangalore, cette société de biopharmacie a pour objectif d'offrir des thérapies moins chères pour des maladies chroniques et auto-immunes.

Pendant trente ans, Kiran Mazumdar-Shaw et Nilima Rovshen ont été les meilleures amies du monde. Aussi, quand Nilima s'est vu diagnostiquer un cancer du sein, Kiran a tenu à l'accompagner.

« J'ai vu le combat qu'elle a mené, le fardeau financier que cela représentait, le traitement, la maladie en tant que telle. Tout cela était affreux. Et je me suis juré d'agir », se remémore Kiran.

Nilima est finalement décédée en 2002. Une histoire banale comme, hélas, des milliers d'autres. Pas du tout : Kiran est une femme d'affaires influente en Inde. Et aujourd'hui elle a plus qu'honoré sa promesse.

Après des années de recherche, sa société de biopharmacie, Biocon, vient en effet de mettre sur le marché un anticancéreux du sein à un prix défiant toute concurrence. Il s'agit d'un « biosimilaire » (un médicament biologique qui se veut comparable à un médicament déjà commercialisé) de Trastuzumab, un traitement produit par la firme suisse Roche. Son coût : 25% moins cher que l'original.

Si elle la touche davantage, l'oncologie n'est cependant pas la seule cause dans laquelle s'est engagée Kiran, qui s'attaque aussi au diabète et aux maladies auto-immunes. Via sa société, cette femme de 61 ans que le magazine Forbes classe parmi les plus riches de l'Inde se bat sur bien des terrains, avec chaque fois la farouche intention de lancer des médicaments moins onéreux.

« J'ai beaucoup d'idées et je n'aurai sans doute pas le temps de toutes les appliquer, mais le plus important pour moi aujourd'hui reste que chaque citoyen dans ce pays puisse se soigner,
insiste la femme d'affaires. Or c'est sans fin, la population est énorme, les besoins aussi, et, à mon sens, la seule façon d'y parvenir c'est d'innover... »

« Nous avons un blockbuster ! »

Contrairement à d'autres qui se cantonnent à l'imitation et à la fabrication de génériques, Biocon - dont le campus est situé à deux pas d'Electronic City, la Silicon Valley de Bangalore - a longtemps mis un point d'honneur à investir 10 % de son chiffre d'affaires dans la R&D. Seules les nouvelles réglementations visant à encadrer les essais cliniques en Inde - à la suite des nombreuses dérives du secteur - l'ont contrainte en décembre dernier à réduire la voilure.

« La situation en Inde est compliquée en ce moment. Plusieurs de nos essais ont dû être gelés et il nous a fallu en réaliser d'autres à l'étranger afin de ne pas interrompre notre développement, reconnaît la patronne de Biocon.
Une telle délocalisation en Europe et aux États-Unis majore de 10 à 20 fois les coûts de développement. »

Alors, que faire ? « Se battre et continuer », insiste Kiran.

Ce qu'elle a fait depuis la création de son groupe, en 1978. Major de sa promotion en biologie, cette descendante de brahmane, qui s'imaginait médecin, va vite déchanter : l'université ne veut pas d'elle. Elle envisage alors d'être brasseur, comme son père. Mais cette fois, c'est le milieu macho de la profession qui la rejette. Qu'à cela ne tienne, Kiran part en Écosse pour travailler dans le whisky. C'est là que la rattrape une entreprise irlandaise en quête d'un partenaire indien pour fabriquer des enzymes industriels à partir de pépins de papaye.

L'aventure Biocon commence

La micro-société voit le jour dans un garage, avec une poignée de roupies en guise de capital de départ. Aujourd'hui, son groupe pèse plus de 250 millions de dollars de chiffre d'affaires, compte 5000 employés et... plusieurs médicaments maison à son actif.

« Les vingt premières années ont porté sur l'innovation des enzymes. Puis, début 2000, nous avons fait évoluer ce business vers les biopharmaceutiques », se remémore sa fondatrice.

En 2004, Biocon lance une insuline jetable fabriquée selon un procédé original et bon marché. Deux ans plus tard, elle commercialise un traitement contre les cancers «
de la tête et du cou ».

Enfin l'été dernier, elle met sur le marché Alzumab, un traitement contre le psoriasis 50 % moins cher que les médicaments similaires. Une nouvelle victoire.

« Le procédé de découverte qui a présidé à la naissance de ce médicament pourrait s'appliquer à un spectre plus large de maladies autoimmunes », estime la présidente.

Selon elle, le marché des thérapies pour traiter le psoriasis, l'arthrite et les multiples scléroses représente « plus de 20 milliards de dollars ».

Biocon est d'ailleurs actuellement à la recherche de partenaires pour développer la commercialisation de sa thérapie dans le monde entier.

« Cette fois, assure-t-elle, pas de doute, nous avons un "blockbuster" entre nos mains ! »

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