Cancer : quelles sont les dernières avancées notables ?

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Plusieurs dizaines de résultats d'études cliniques entre autres ont été présentés lors de l'ASCO 2017, plus grand congrès de cancérologie au monde.
Plusieurs dizaines de résultats d'études cliniques entre autres ont été présentés lors de l'ASCO 2017, plus grand congrès de cancérologie au monde. (Crédits : DR)
Hausse de la survie des patients, voie vers de nouveaux diagnostics précoces, ingénierie du génome... Retour sur les principales avancées contre le cancer présentées lors de l'ASCO 2017, plus grand congrès de cancérologie au monde.

Des dizaines d'études ont été présentées lors de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO);  à Chicago, du 2 au 6 juin. Nombre d'entre elles portaient sur des essais cliniques de traitements et combinaisons de molécules, visant souvent à augmenter la durée de survie des patients atteints d'un cancer à un stade avancé, voire à atteindre une rémission. D'autres études présentaient des avancées sur la prise en charge de la maladie.

Revue de détail d'importantes innovations et avancées contre le cancer présentées lors de ce congrès réunissant 30.000 participants, en majorité des cancérologues.

Des rémissions dans les cancers du sang grâce aux CAR-T

Grâce aux CAR-T, une méthode basée sur l'ingénierie du génome, 33 patients sur 35 atteints d'un myélome multiple ont connu une rémission (amélioration temporaire de l'état patient), selon cette étude menée par Wanhong Zhao, hématologue et professeur à l'université de Xi'an, en Chine. Les premiers effets bénéfiques étaient mesurés au bout de dix jours chez les patients. Les CAR-T sont des lymphocytes T modifiés par l'ingénierie du génome (suppression de gènes et ajout de nouveaux gènes), et réinjectés dans le corps du patient. Ces cellules qui s'attaquent à la tumeur sont transformées de façon à mieux cibler les cellules cancéreuses en reconnaissant leur antigène tumoral.

Les résultats semblent impressionnants, mais il faut raison garder. Les patients ont reçu des injections de cellules CAR-T pendant deux mois, et ont été suivis un peu plus de quatre mois. Pour savoir si la rémission est complète (lorsqu'on ne décèle plus de cellules cancéreuses dans l'organisme), il faudra attendre quelques mois, voire des années supplémentaires.

Plus forte survie des patients touchés par un cancer de la prostate avancé

Présentée en séance plénière, dimanche 4 juin, une session qui met en avant des avancées majeures, l'essai Lattitude montre que l'abiratérone, une molécule du laboratoire Janssen (filiale de Johnson & Johnson) associée à l'hormonothérapie diminue de 38% le risque de décès dû à un cancer de la prostate après deux ans et demi de suivi, comparé à l'hormonothérapie seule.

Cette étude de phase III, menée par Karim Fizazi, cancérologue de l'hôpital Gustave Roussy, à Villejuif, concernait 1.200 patients. Ces derniers venaient d'être diagnostiqués d'un cancer de la prostate en phase métastatique (le cancer se développe à une autre partie du corps), et n'avaient bénéficié d'aucun traitement auparavant. D'après Nicolas Mottet, urologue présent à l'ASCO 2017, c'est une avancée importante, mais "le traitement prolonge la survie des patients, nous n'en sommes pas à une guérison".
Avec ces résultats, Janssen pourrait concurrencer fortement le Xtandi, produit pharmaceutique de Pfizer et blockbuster, prescrit également les cancers de la prostate à un stade avancé.

Une nouvelle molécule ciblant un défaut génétique

La biotech américaine Loxo Oncology a présenté les résultats du larotrectinib, une molécule qui s'attaque à une anomalie génétique qui fait proliférer les cellules cancéreuses.  Les trois quarts des malades (ils étaient au nombre de 55), des enfants et des adultes, atteints de 17 différents types de cancers avancés, ont répondu favorablement à cette thérapie de la biotech, avec une diminution de leur tumeur. 12% étaient même en rémission complète. La biotech américaine soumettra son traitement dans les mois prochains à la FDA (Agence américaine des médicaments).Ce nouveau traitement montre la progression de la médecine personnalisée, donnant la possibilité de traiter chaque patient de façon individualisée en fonction des spécificités génétiques et biologiques de sa tumeur.

Les femmes ayant eu un cancer du sein peuvent avoir des enfants sans risque

Des scientifiques et médecins s'inquiètent régulièrement du risque accru pour une femme ayant contracté un cancer du sein d'en redévelopper un après avoir eu un enfant, en raison des bouleversements hormonaux en découlant. Mais une étude menée sur 1.207 femmes suivi dix ans après leur maladie -elles étaient diagnostiquées d'un cancer non-métastatique- tend à contredire cette théorie et à rassurer les survivantes d'un cancer du sein. 333 patientes de l'étude sont tombées enceintes. Elles n'ont fait face à une réactivation de la maladie plus récurrente que celles qui n'ont pas eu d'enfant, conclut l'étude menée par l'oncologue italien Matteo Lambertini.

La e-santé plus efficace que des nouveaux anticancéreux

Suivre en temps réel, grâce à des solutions de e-santé, les effets secondaires d'une chimiothérapie chez un patient permet de mieux les maîtriser. Ce qui lui ferait gagner autour de cinq mois de survie supplémentaires, selon une étude présentée par Ethan Basch, un oncologue américain.

Présentée lors de la séance plénière, elle a inclus 766 patients: 325 bénéficiaient d'un suivi classique, 441 ont eu recours à un suivi régulier grâce à la santé numérique. Ces derniers utilisaient la plateforme "Symptom Tracking and Reporting" (STAR) et transmettaient en temps réel aux médecins et infirmières de l'évolution de leurs symptômes, permettant aux professionnels de santé de les analyser et de mieux y répondre. Les patients, avec l'amélioration de leur qualité de vie, pouvaient ensuite suivre deux mois de chimiothérapie supplémentaires. Cinq mois de vie supplémentaires, ce n'est pas négligeable.Six nouveaux traitements contres les tumeurs solides sur sept validés par la FDA l'année dernière ne dépassent pas les 4,5 mois de survie supplémentaires (en valeur médiane) par rapport au traitement standard, en général une chimiothérapie. In fine, les résultats de cette expérience de santé numérique pourraient, pourquoi pas, remettre en question les pratiques des professionnels de santé en cancérologie.

Vers de nouveaux tests pour détecter les cancers à des stades plus précoces ?

C'est un résultat qui fait figure de premier pas vers de nouveaux diagnostics précoces, primordiaux pour améliorer les chances de guérir d'un cancer. Lors d'une étude menée par Pedram Razavi, oncologue  au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York, le sang de 124 patients atteints de cancers métastatiques (du poumon, du sein, et de la prostate, notamment) a été prélevé et comparé. Les chercheurs ont analysé dans le sang les changements génétiques de l'ADN des tumeurs. Chez 89% des patients de l'essai clinique, au moins un changement génétique était détecté.Et 73% des changements génétiques découverts dans les tumeurs étaient visibles dans les prises de sang.

Cela laisse l'arrivée sur le marché de diagnostics par prise de sang pour de nombreux types de cancers, ce qui permettrait d'éviter les biopsies, contraignantes, douloureuse et parfois impossible à réaliser.

Moins de séances de chimiothérapie pour certains cancers ?

Ce n'est pas forcément un grand pas pour la survie des patients, mais c'en est un pour la qualité de vie. Présentée lors de la très suivie séance plénière (plusieurs milliers de personnes présentes), une étude a démontré qu'après une intervention chirurgicale pour des cellules dans des ganglions lymphatiques dues au cancer colorectal, trois mois de chimiothérapie pour la majorité patients apportaient de meilleurs bénéfices en termes de qualité de vie, sans réduire l'efficacité du traitement. Or, il s'agit d'un des cancers ayant le plus fort taux de prévalence (1,4 million de personnes touchées par an) et il y aurait plus de 700.000 décès par an dus à ce cancer. Cette recherche a été menée par plusieurs centres de recherche, dont le Medical Research Council, National Institute for Health Research, et le National Cancer Institute. Ils ont analysé des données recueillies dans douze pays.

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