Médicaments : la croissance des ventes dopée par les nouveaux traitements en France

Les ventes de médicaments sont en hausse de 2,1% en 2016, après une année 2015 en demi-teinte. Elles ont été dopées par les ventes de nouveaux traitements dans les hôpitaux, anticancéreux en tête, rapporte le Leem.
Jean-Yves Paillé
Les dépenses des hôpitaux en médicaments ont crû de 7,5% à 7,97 milliards d'euros en 2016.
Les dépenses des hôpitaux en médicaments ont crû de 7,5% à 7,97 milliards d'euros en 2016. (Crédits : Wikimedia Commons)

Une bonne nouvelle pour l'industrie du médicament dans l'Hexagone. Le Leem, principal lobby pharmaceutique, a publié mardi des données positives pour le secteur en 2016: le chiffre d'affaires global des industries pharmaceutiques a augmenté de 2,1% à 28,7 milliards d'euros, contre 1% de croissance l'année précédente. Cette embellie pour les revenus de l'industrie pharmaceutique est portée par les dépenses en forte hausse des hôpitaux. Elles ont crû de 7,5% à 7,97 milliards d'euros en 2016.

Cette tendance dans les hôpitaux s'explique par les sommes consacrées aux nouveaux traitements, en particulier ceux vendus en autorisation temporaire d'utilisation (ATU) et en Post-ATU (prolongement de l'autorisation temporaire). Ces derniers n'ont pas encore bénéficié d'une autorisation de mise sur le marché (AMM). L'ATU est une solution temporaire, souvent parce que le laboratoire et le Comité économique des produits de santé sont en discussion sur le prix. Avec ce statut, la société pharmaceutique fixe le prix d'un traitement librement, mais il devra rembourser la différence une fois le prix du médicament déterminé pour une Autorisation de mise sur le marché. Les dépenses des hôpitaux pour ces traitements sont prises en charge par des dotations spécifiques au titre des missions d'enseignement, de recherche, de référence et d'innovation. Il n'y a pas de budget fixe.

Ces ATU "marquent l'arrivée d'une nouvelle vague d'innovations, notamment dans le domaine de l'oncologie", analyse le lobby pharmaceutique. Parmi les médicaments bénéficiant de ce statut, on retrouve notamment l'Avzelumab de Merck, qui s'attaque aux carcinomes, ou le Gemtuzumab de Pfizer contre la leucémie Myéloïde Aiguë . Depuis le début de l'année, d'autres anticancéreux comme l'Inotuzumab de Pfizer ont été inscrit dans la liste des molécules bénéficiant d'une utilisation temporaire d'utilisation.

Cancer: plus de 14 milliards d'euros de coût annuel

L'analyse du Leem rejoint celle du Conseil national de l'Assurance maladie. L'institution explique qu'en trois ans, les dépenses dédiés aux patients atteints de cancers avaient augmenté de 1,59 milliard d'euros entre 2012 et 2015, atteignant 14,1 milliards d'euros cette année-là.

Une hausse entrainée par le coût des nouvelles immunothérapies. Lorsqu'ils bénéficient ensuite d'une Autorisation de mise sur le marché, ces anticancéreux peuvent en effet coûter plusieurs milliers d'euros par mois et par patient (en prix facial, sans compter un éventuel rabais pour la sécurité sociale). Exemple récent: la mise sur le marché français du Keytruda de MSD contre le mélanome.

Des autorisations temporaires d'utilisation moins onéreuses pour l'Etat ?

Néanmoins, cette tendance des prix élevés pour les traitements en ATU devrait partiellement évoluer. Un nouveau dispositif, dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale 2017 (parue dans le journal officiel en décembre 2016), a fixé un seuil à 10.000 euros par an et par patient pour les médicaments jouissant d'une autorisation temporaire d'utilisation. Ainsi, le laboratoire doit payer la différence au-delà de cette somme aux établissements de santé, sauf si le chiffre d'affaires hors taxe du médicament est inférieur à 30 millions d'euros. Les industries pharmaceutiques s'en sont plaintes au moment de l'approbation du PLFSS 2017. Le patron d'Abbvie France, Jérôme Bouyer, jugeait que cela "pousse les laboratoires à faire des rabais", et pourrait décourager ces derniers, ce qui "priverait les patients d'un accès précoce aux innovations thérapeutiques".

Jean-Yves Paillé

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