Prix des médicaments : le Royaume-Uni prend-il le dessus sur les labos ?

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En 2014, les produits pharmaceutiques représentaient 12,2% des dépenses santé du Royaume-Uni.
En 2014, les produits pharmaceutiques représentaient 12,2% des dépenses santé du Royaume-Uni. (Crédits : Reuters)
Plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont dû baisser les prix de traitements "innovants". Des anticancéreux pourrait être déremboursés. En difficulté économique, l'Assurance maladie britannique tend à durcir les négociations avec l'industrie du médicament.

Au Royaume-Uni, les difficultés économiques de l'assurance maladie, appelée National Health Services (NHS), sont une importante source d'inquiétude. Son déficit pourrait atteindre les 30 milliards de livres (34, 8 milliards d'euros) d'ici à 2020 à cause de la hausse de la demande et des coupes budgétaires, selon l'organisme.

"Nous ne pouvons continuer comme nous pouvions le faire dans le passé", expliquait George Freeman, l'ancien secrétaire d'Etat chargé du secteur des sciences de la vie, en avril, en faisant référence aux négociations entre les autorités britanniques et les labos pharmaceutiques sur la fixation du prix des médicaments.

Il faut dire que les sommes mises sur la table par la NHS pour couvrir les médicaments prescrits atteignaient 15,5 milliards de livres en 2014 (18 milliards d'euros) au total, soit une augmentation de 8% sur un an. Pourtant en 2013, la NHS avait annoncé un accord avec l'industrie pharmaceutique pour éviter que les dépenses en médicaments (hors génériques), ne dépassent pas les 2% de hausse sur les trois années à venir, afin qu'elles soient situées autour de 12 milliards de livres par an.

Dans le cadre de cet accord, la NHS a annoncé fin 2015, qu'elle obtiendrait 550 millions de livres de "ristourne" des laboratoires pharmaceutiques en 2016, afin de ne pas dépasser son budget consacré aux médicaments. En échange, les laboratoires pharmaceutiques espèrent obtenir des autorisations de mise sur le marché plus rapides sur le territoire, en sachant que plus un médicament arrive tôt sur le marché, plus l'exclusivité de ce dernier (grâce à la protection du brevet) est longue et induit des ventes plus importantes.

Réévaluation de l'intérêt de certains anticancéreux

Mais sous la pression économique, les autorités britanniques ont durci les négociations avec l'industrie pharmaceutique. Selon le Guardian, Le NHS et la National Institute For Health and Care Excellence (NICE), l'agence chargée de fixer le prix du médicament, réévalue désormais les médicaments validé par le Cancer Drugs Funds, un fonds dédié au financement des nouveaux anticancéreux, et jouissant d'un budget 2015/2016 de 340 millions de livres (contre 280 millions en 2014/2015).

Ainsi le NICE a annoncé que l'everoliumus, un traitement contre le cancer du sein fabriqué par Novartis, pourrait ne plus être supporté par le fonds, rapporte le Guardian. Le NICE pourrait également sortir de la liste des médicaments remboursés l''ibrutinib de Janssen , un traitement contre les lymphomes, actuellement disponible à travers le Cancer Drugs Fund, et coûtant 55.954 livres par patient. L'institution juge que le coût de ces deux médicaments est jugé élevé par rapport à leur efficacité.

Échaudé Janssen a estimé que "le processus d'évaluation du Nice n'est pas apte pour répondre aux besoins des patients touchés par les cancers et à ceux des professionnels de santé qui les traitent".

Durcissement de la politique de coût/efficacité des médicaments

C'est en quelque sorte le durcissement d'une politique de coût/efficacité pratiquée depuis plusieurs années. Pour rappel, le NICE applique une formule appelée "année de vie gagnée ajustées par la qualité" (appelé qualy). Le prix d'un médicament dit innovant, comme les nouveaux anticancéreux, est fixé sur le rapport au bénéfice pour le patient. Le seuil théorique que le Nice s'astreint à ne pas dépasser est de 20.000 à 30.000 livres par année de vie gagnée ajustée par la qualité.

En clair, si l'anticancéreux est jugé suffisamment efficace pour son prix, il est validé par le NICE, et est remboursé. Sinon, des données additionnelles sont demandées aux laboratoires pharmaceutiques pour prouver que le traitement est vraiment digne d'intérêt. Le médicament ne sera pas remboursé par la NHS si elle estime que le laboratoire pharmaceutique n'apporte pas les preuves requises.

Les laboratoires pharmaceutiques face à de nombreux refus

Cette règle a donné du fil à retordre à Pfizer avec son Xalkori (crizotinib) contre le cancer du poumon. Le traitement a finalement été fixé 51.000 livres par patients, a-t-on appris jeudi 18 août, après avoir essuyé deux refus car jugé trop onéreux.

AstraZeneca a également dû faire de nombreuses concessions pour que le NHS accepte de rembourser l'olaparib, son médicament contre le cancer des ovaires, après le rejet de la sécurité sociale britannique en juin. Il a dû accepter de baisser le prix à 4.200 livres par mois, et de subventionner une partie des traitements.

Et le laboratoire pharmaceutique bataille actuellement pour faire autoriser le Tagrisso (osimertinib), un traitement contre le cancer du poumon. Pour l'instant, la NHS dit non jugeant le prix demandé trop élevé, et  jugeant que si la molécule "a montré des résultats prometteurs au début, les avantages concrets qu'elle apporte sur la qualité de vie et la survie globale sont incertains".

Le Royaume-Uni, toujours prêt à payer le prix fort pour certains traitements

Un autre cas symbolise la pression de la sécurité sociale britannique sur le prix des nouveaux médicaments, tout en démontrant que les autorités britanniques sont toujours prêtes à payer le prix fort pour certains traitements.

En France, le coût du Sovaldi était fixé à 41.000 euros fin 2014. Au début de l'année 2015, la NHS a annoncé mettre sur la table un milliard de livres pour soigner 20.000 patients étaient prévu, fixant ainsi le prix du traitement à 50.000 livres par patient en moyenne (58.000 euros), tout en annonçant repousser l'arrivée du traitement sur le territoire pour grappiller quelques économies.

En outre, alors que la France annonce l'ouverture du traitement à tous les malades, la NHS restreint l'accès des traitements contre l'hépatite C à 10.000 patients par an, alors qu'environ 160.000 Britanniques sont touchés par la maladie infectieuse. Pour stopper ces restrictions, l'Assurance maladie britannique explique attendre l'arrivée de traitements concurrents moins chers.

Le Royaume-Uni, loin d'être le plus dépensier en médicaments

En dépit des prix élevés fixés pour certains médicaments, le Royaume-Uni est loin d'être le pays le plus généreux en frais dédiés aux produits pharmaceutiques et maîtrise mieux ses dépenses comparé à ses voisins européens. Les médicaments ont représenté 12,2% de ses dépenses santé, derrière la France (15%), l'Allemagne (14,5%) ou encore l'Italie (17%), avance l'OCDE.

Plus généralement, les dépenses de santé publiques du Royaume-Uni (7,9% du PIB) par personne ont atteint 3.160 dollars en 2014, contre 3.435 dollars pour la France (8,7% du PIB) ou encore 4.332 dollars pour l'Allemagne (9,3%), toujours selon l'OCDE.

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Commentaires
a écrit le 23/08/2016 à 10:13 :
A quand une réflexion globale sur le modèle économique du médicament ? Depuis sa conception, souvent dans des laboratoires académiques jusqu'à l'usage par les patients. Le Téléthon présente un modèle intéressant ...
a écrit le 22/08/2016 à 12:49 :
Et si pour faire baisser les prix des médicaments on faisait une réforme des brevets ?
On pourrait ainsi offrir une période d'exclusivité pour 2 ou 3 ans après le début de la commercialisation, et ensuite une obligation pour les sociétés pharmaceutiques utilisant la molécule de donner un pourcentage des ventes du produit en question à la société créatrice. Un pourcentage bas évidemment.
a écrit le 22/08/2016 à 12:08 :
la santé est un bien inestimable mais ce bien doit il être la proie des laboratoires et des politiques au détriment du patient? Les labos ont besoin de financement pour la recherche cela est incontestable mais trop de médicaments sur le marché n'apportent pas en amélioration de l'existant mais uniquement pour maintenir la marge. Les laboratoires doivent eux mêmes faire le ménage car s'ils laissent aux politiques toute la main mise sur ce dossier alors le monde industriel mais également patient seront les perdants. Le politique pense toujours n'on pas santé mais bulletin de vote. La politique n'a pas de morale sa fixation est son poids en politique.
a écrit le 22/08/2016 à 10:05 :
EN EUROPE LES TRUST MEDICAMENTEUX SE FONT DE L OR SUR DES MALADES QUI ESPERENT GUERIR AVEC DE LA POUDRE DE PERLIPIPIN? ? TOUS MES AMI E S CEUX QUI SUIVENT CES TRAITEMENTS QUI LES RENDS ENCORE PLUS MALADE ME L ON DIT? IL SERAIS TEMPT QU UNE HETIQUE INTERNATIONAL S OCCUPE DE CES ABUS DE CES TRUST PHARMASOTIQUES? 1 MORT SUR TROIS MEURS DU CANCER???
a écrit le 22/08/2016 à 8:32 :
Le Brexit va évidemment sauver le NHS.... non ? Aurait-on menti au britanniques ?
Réponse de le 23/08/2016 à 11:40 :
@bruno_bd: que vient faire le Brexit ici ? Le fait est que tout est fric dans notre société. La nature humaine veut que les gens se soucient de leur petite personne et paient le prix forts quand ils le peuvent...au détriment des pauvres. Si la sécu (anglaise ou autre) et les mutuelles refusaient de payer le prix fort, le coût des soins deviendrait abordable et universel. C'est sans doute ce que recherchent les Britanniques :-)
Réponse de le 31/08/2016 à 23:21 :
@Patrickb : n'était-ce pas un des thèmes de campagne des brexiteurs que d'affirmer que les 350 millions d'€ hebdomadaires que coûtait soit-disant l'UE aux britanniques pourrait, en cas de brexit, financer le NHS ? Mensonge même pas pieux...

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