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ClimatEnergie & Environnement

Électricité : les opérateurs de réseaux anticipent des lendemains qui chantent

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 07 mai 2019 à 05:00

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Une étude publiée par Accenture auprès de 150 dirigeants dans plus de 25 pays dénote un optimisme robuste chez les opérateurs de réseaux de distribution d'électricité. Après un creux de vague jusqu'en 2025, ils misent sur la digitalisation pour améliorer leurs performances et leur fournir de nouvelles sources de revenus. A condition que la réglementation le leur permette…

Pour les toutes prochaines années, le secteur des gestionnaires de réseaux d'électricité (GRD) s'attend à ce que leur activité soit soumise à de fortes pressions liées aux transformations traversées par leur secteur : évolutions réglementaires, développement technologique notamment dans les énergies renouvelables, nouveaux modes de consommation, stagnation de la demande, etc.

Vaches maigres jusqu'en 2025

Une hausse des coûts d'exploitation et un faible niveau d'investissement autorisé par le régulateur chargent un peu plus leur barque, selon les auteurs de l'étude Digitally Enabled Grid, publiée pour la cinquième année consécutive par Accenture.

« Aujourd'hui, apparaissent de nouvelles exigences régulatoires destinées à favoriser encore plus  le développement de la concurrence, précise Thierry Mileo, directeur exécutif d'Accenture en charge du secteur des utilities en France. Par exemple en termes de fiabilité de service, de temps de réponse aux réclamations, de séparation des systèmes d'information, mais aussi de suivi des coûts d'investissement...Cela exerce une contrainte plus forte sur les coûts des GRD. »

Mais cette période de vaches maigres ne devrait pas durer. Au contraire, à compter de 2025, les opérateurs de réseau s'attendent à une reprise de leur croissance. « 2025 correspond à un point de bascule affiché par les gestionnaires de réseau de distribution en termes de reprise des investissements et donc de la croissance de leur activité », observe Thierry Mileo. C'est essentiellement la décarbonation des usages, dont l'électrification des transports et du chauffage collectif qui devraient tirer leur croissance jusqu'en 2036 dans le monde entier.

Meilleures marges

Et cette croissance des revenus devrait s'accompagner d'une amélioration de leurs marges permise par de meilleures performances opérationnelles et des opportunités de revenus supplémentaires liées à la digitalisation. Celle-ci peut tout à la fois transformer leurs processus opérationnels et améliorer les performances des réseaux grâce aux smart grids.

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Ainsi, les drones peuvent être utilisés pour surveiller la végétation, détecter des zones d'échauffement des équipements ; les jumeaux numériques permettent de  modéliser un poste source, de simuler en temps réel ses indicateurs de fonctionnement ; la réalité virtuelle est déjà exploitée dans le domaine de la formation, et cela va se généraliser dans un contexte de pyramide des âges qui rend nécessaire la transmission du savoir-faire ; l'intelligence artificielle, déjà utilisée dans de multiples cas d'usage de la relation client, intègre désormais la dimension technique des réseaux avec la maintenance prédictive ; la blockchain permet d'élaborer des plateformes d'échange de données entre le GRD, ses clients, ses partenaires.

Évolution réglementaire favorable

Quant aux nouvelles sources de revenus auxquelles pourront demain prétendre les gestionnaires de réseau, elles vont de l'ingéniérie de réseaux à la commercialisation de nouveaux services de données, en passant par le déploiement d'infrastructures de stockage ou de bornes de recharge pour véhicules électriques.

Les micro-réseaux, notamment, se développent. « Selon la maturité des réseaux, les micro-réseaux sont soit construits à partir d'une page blanche (comme en Afrique ou en Asie du Sud Est), soit (en Europe notamment) des réseaux locaux développés par exemple dans le cadre d'un projet  immobilier, dans des éco-quartiers ou de nouvelles zones commerciales, évoque Pierre Lanau, directeur exécutif en charge de l'énergie pour Accenture Digital. Mais  ces projets sont encore en phase d'industrialisation » reconnaît-il.

Mais les GRD ne pourront tirer pleinement profit de ces nouvelles opportunités que si le modèle de régulation le leur permet....

«La frontière entre les domaines régulés et concurrentiels a été imaginée à une époque où il n'y avait ni smart grids, ni transition énergétique, ni batterie, ni véhicule électrique ! D'où aujourd'hui beaucoup de zones grises. Jusqu'où peut par exemple aller le GRD dans le domaine du traitement de la donnée pour initier la transition énergétique mais sans empiéter sur le champ concurrentiel ?», s'interroge Thierry Mileo.

Nouvelles activités rémunérées par le tarif

C'est aussi - voire surtout - autour de la donnée que les GRD pourraient trouver de nouvelles sources de revenus. « Il est nécessaire qu'ils occupent maintenant l'espace des services de données, qu'ils les lancent à grande échelle, pour favoriser l'émergence de la transition énergétique, sans quoi elle ne verra pas le jour à la vitesse requise », affirme Pierre Lanau.

Certes, ils sont d'ores et déjà tenus, dans certains pays, de communiquer ces données aux collectivités. Mais « ce n'est pas la même chose de fournir des données brutes, « en vrac », et de les travailler de façon à pouvoir proposer un accès facile des briques analytiques permettant à d'autres acteurs (collectivités, acteurs commerciaux, etc) de développer rapidement des services », observe Thierry Mileo. Dans certains pays - notamment certains Etats américains -, les régulateurs ont approuvé des cadres ad-hoc permettant aux GRD de sortir de leur domaine historique et devenir un pivot de la transition énergétique.

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Pour lui, « le "game changer", c'est l'afflux massif de données de comptage et la nécessité de piloter la chaîne énergétique de bout-en-bout. » Dans la plupart des pays, les possibilités que la régulation laisse ouvertes sont plus nombreuses qu'en France. Au Royaume-Uni, le comptage communicant est déployé par des acteurs commerciaux. « Aux Pays-Bas, les distributeurs ont pu créer des filiales dédiées à la commercialisation de services, et les développer jusqu'à un certain point afin de faire émerger ces nouvelles activités », cite encore Thierry Mileo.

«La fourniture de services tels que le raccordement des énergies renouvelables ou le déploiement de bornes électriques et les investissements associés pourraient jusqu'à un certain point être considérés comme des activités des GRD et donc rémunérés par le tarif, et ainsi compenser la perte de revenus liée à la baisse des volumes du fait de l'autoconsommation», conclut-il.

Dominique Pialot

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