Éoliennes : les moulins de la discorde
David Medioni
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« Good idea but not in my backyard ! » Littéralement, « bonne idée mais pas dans mon arrière-cour » ou « pas chez moi ». Une expression américaine qui illustre à merveille les débats français autour de la question des éoliennes. À chaque endroit où des projets de ce type sont mis en place, apparaît ce que les géographes nomment le syndrome « NIMBY ». Comme si ce que l'éolien charriait avec lui était inévitablement serti d'interrogations, de rejet catégorique ou d'adhésion démesurée. Comme si, au fond, dans cette aventure de la transition énergétique, le chemin était toujours semé d'embûches. Au premier rang de celles-ci, les contradictions humaines couplées d'une forme de peur de l'avenir.
« Les éoliennes sont utiles pour l'avenir. Le mix énergétique est la seule solution viable si l'on veut que nos enfants ou petits-enfants puissent vivre aussi bien que nous » ; « Ces éoliennes sont un non-sens écologique total. Le département de l'Yonne a déjà payé son tribut. Le paysage est défiguré et la biodiversité locale est menacée par ces géants monstres hideux » ; « S'est-on un jour posé la question du bilan écologique des éoliennes ? »...
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Des messages comme ceux-ci, oscillant entre le pour et le contre, entre la détestation et l'amour, il y en a eu presque un millier sur le registre dématérialisé d'enquête publique qui a été mis à disposition des habitants de la commune de Massangis (Yonne, 89) au sujet d'un nouveau parc de dix éoliennes en cours d'instruction par les pouvoirs publics. Pour justement tenter de sonder les cœurs et les esprits autour de ce projet, la préfecture de l'Yonne a eu recours à une grande enquête publique. Dans cette commune de cinq cents habitants, située dans la vallée du Serein, les éoliennes sont un sujet épineux. Très épineux. Et pour cause, plusieurs projets ont d'ores et déjà vu le jour en 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022 et ces moulins des temps modernes suscitent la défiance d'une grande partie de la population. Au final, c'est le préfet de l'Yonne qui décidera ou non de l'implantation de ce nouveau parc, mais clairement au-delà de l'opposition du conseil municipal de Massangis et de la communauté de communes concernées, ce qui ressort des contributions laissées lors de l'enquête publique, que la Revue T a pu consulter en détail, est une opposition largement majoritaire. Ce village de l'Yonne n'est pas le seul à avoir ces débats, ces anicroches et ces désaccords autour de l'éolien. Cela surgit partout en France. Dans les terres ou pour l'éolien offshore. Dans le registre du débat public qui s'est tenu en 2021 et 2022 autour du projet envisagé au large de l'Île d'Oléron en région Nouvelle-Aquitaine, ou autour de celui qui a vu le jour en 2022 au large de Saint-Nazaire. Espacées d'environ 1 km, les 80 éoliennes du projet offshore ont été implantées sur le banc rocheux de Guérande et ont, elles aussi, suscité de nombreuses réprobations. Venant des pêcheurs et des défenseurs de la faune et de la flore maritimes, mais aussi plus globalement des riverains qui ont dénoncé « l'enlaidissement du paysage ».
David Medioni