Nucléaire : l’EPR finlandais a été mis en service...avec 12 ans de retard

Après avoir accumulé les déboires, l'EPR finlandais d'Olkiluoto-3 sera finalement le premier EPR mis en service en Europe. Celui-ci a en effet été raccordé au réseau national pour la première fois ce samedi, a annoncé l'exploitant de la centrale. Il devrait ainsi permettre de fournir au pays pas moins de 14% de son électricité d'ici à cet été.

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(Crédits : Reuters Staff)

Il était temps. Douze ans après la date initialement prévue, la production d'électricité de l'EPR finlandais Olkiluoto-3, ce réacteur nucléaire de troisième génération construit par le consortium Areva-Siemens, a enfin début ce samedi.

« Aujourd'hui samedi 12 mars 2022 à 10H00 GMT, le réacteur a été connecté au réseau national à un niveau de 103 MW », a ainsi annoncé l'exploitant TVO dans un communiqué.

Avec une puissance installée de 1.650 mégawatts (MW), cet EPR devrait ainsi devenir l'un des plus puissants réacteurs d'Europe. Il n'atteindra cependant son fonctionnement normal qu'en juillet, et fournira alors à la Finlande pas moins de 14% de son électricité, en complétant la production nucléaire des deux autres centrales du pays déjà en service, à Olkiluoto et à Loviisa, sur la côte ouest du pays. Ces installations produisent déjà environ 30% de l'électricité nationale. 

Partout, les EPR accusent du retard

Pour le chantier d'Olkiluoto-3, débuté en 2004, il a fallu s'armer de patience. Car en Finlande comme ailleurs, la construction des EPR a marqué par de nombreux glissements de calendrier et dérapages financiers. Le seul en construction dans l'Hexagone, à Flamanville (Manche), a d'ailleurs récemment vu son démarrage une nouvelle fois décalé à 2023, soit un retard de onze ans, avec un budget multiplié par presque quatre (de 3,3 à 12,7 milliards d'euros hors coûts de financement).

Quant à l'EPR d'Hinkley Point, dans le sud de l'Angleterre, le début de la production d'électricité a été repoussée à six mois, et est prévue à présent pour la mi-2026.

Enfin, à Taishan (Chine), l'un des seuls EPR mis en service dans le monde reste à l'arrêt depuis juillet, du fait d'un incident technique.

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Tensions entre TVO, Areva et la Stuk

D'origine franco-allemande, ces réacteurs achetés en Europe après la catastrophe de Tchernobyl devaient pourtant devenir le fer de lance de la filière atomique, et re-dynamiser une filière en perte de vitesse. De fait, ceux-ci offrent une puissance plus importante et une meilleure sécurité que les installations de deuxième génération, qui constituent le parc actuel. Mais entre défauts de soudure, anomalies sur la composition de l'acier du couvercle et du fond de la cuve et problèmes de fournisseurs, l'image de l'EPR s'est peu à peu écornée.

Dans le cas d'Olkiluoto, ces déconvenues ont même entraîné de longues et vives tensions entre TVO, Areva et l'autorité finlandaise du nucléaire, la Stuk. TVO avait signé en mars 2019 un accord pour mettre fin au contentieux, prévoyant qu'une indemnisation de 450 millions d'euros lui soit versée. Le Covid-19 avait à son tour provoqué de nouveaux retards sur le chantier finlandais.

Un retour en grâce de l'atome civil

Il n'empêche que, si les problèmes de l'EPR puis la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011, ont freiné les espoirs d'une « renaissance », l'énergie nucléaire, qui émet peu de CO2, voit ses perspectives s'améliorer de nouveau. Signe d'une conjoncture plus favorable, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a relevé cette année ses projections pour la première fois depuis Fukushima, prévoyant désormais un doublement de la puissance nucléaire installée d'ici à 2050 dans le scénario le plus favorable.

De son côté, Bruxelles a accordé à l'atome civil le « label vert », pour permettre à ses opérateurs de bénéficier de conditions de financement aussi favorables que ceux accordés pour développer les énergies renouvelables, même si les conditions sont nombreuses.

Enfin, en France, Emmanuel Macron a récemment annoncé son intention de construire pas moins de 14 EPR sur le sol national, dont huit posés en option sur le plus long terme, afin d'assurer le renouvellement du mix électrique d'ici à 2050. De quoi donner de la visibilité à la filière, qui attendait de longue date cette nouvelle impulsion.

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Commentaires 17
à écrit le 14/03/2022 à 10:06
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Le coût de L'EPR a été de 19, 1 milliard d'euros selon la cours des comptes qui n'oublie rien contrairement à EDF qui est frappé d'amnésie au sujet de divers postes de charge. Quand aux projections de L'AIEA le scénario le plus optimiste, le seul qu...

à écrit le 13/03/2022 à 9:47
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Et après avoir attendu très longtemps on croise les doigts maintenant:"Pas d'accident, pas d'accident, pas d'accident."

à écrit le 13/03/2022 à 9:31
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Comment un homme seul, sans débat ou accord de la représentation nationale ou référendum peut décider de la construction de 14 nouveaux EPR ? AU nom de qui et de quoi ? C'est une posotion d'un autocrate sous un vernis pseudo démocratique !

à écrit le 13/03/2022 à 9:25
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Bonjour, 12 ans de retards , quel sont les explications.... J'espère que les responsables seront sanctionné, envoyé Moi ses gents dans un champ de travail.... Et encore s'est un minimum.... Mr poutine arrive, ils vas avoir de travail en Sibérie.....

à écrit le 12/03/2022 à 23:27
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Bravo à EDF, avec toutes les normes, cela est un vrai chantier. Mais beau projet.

le 13/03/2022 à 18:19
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Sauf que la maitrise d'ouvrage était confiée à Areva et non à EDF. Quand on ne connait pas, on se tait

à écrit le 12/03/2022 à 22:51
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Pourquoi il n'aurait pas le même problème que celui de Chine qui a été arrêté ?

à écrit le 12/03/2022 à 22:13
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@La Tribune, vous auriez dû commencer le paragraphe sur Macron par: "Après avoir freiné des 4 fers sur le futur du nucléaire et après avoir fermé la centrale de Fessenheim pour des raisons politiciennes, Emmanuel Macron, etc...

à écrit le 12/03/2022 à 22:09
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Un cadeau pour Poutine lorsqu'il enverra ses troupes en Finlande...

à écrit le 12/03/2022 à 21:37
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enfin.!.mais pourquoi ignorer l'énergie hydrolienne, nous avons les plus grands coeff. de marée du monde, le barrage de la Rance donne toutes satisfactions, énergie gratuite et sans fin...

le 13/03/2022 à 8:41
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... et en très faible quantité (2 MW !)

à écrit le 12/03/2022 à 20:44
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Et M.Macron veut en construire je ne sais combien ! Lorsqu'ils seront finis d'être construit nous disposerons de la fusion ! Sans compter que le nucléaire nous rend dépendant de pays pas franchement fréquentables pour l'approvisionnement en uranium.....

à écrit le 12/03/2022 à 20:44
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Et M.Macron veut en construire je ne sais combien ! Lorsqu'ils seront finis d'être construit nous disposerons de la fusion ! Sans compter que le nucléaire nous rend dépendant de pays pas franchement fréquentables pour l'approvisionnement en uranium.....

le 12/03/2022 à 21:46
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ITER a déjà 6 ans de retard, ne prévoit son démarrage qu’en 2026 et sa pleine efficacité en 2035. Puisque c’est expérimental, on peut se dire qu’en 2035 on aura la réponse de si tout cela n’a servi à rien, ou si nous pouvons débuter les études pour c...

à écrit le 12/03/2022 à 20:08
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Trois fois déjà que l'on nous annonce cette mise en service effective ... 2 ratés, quid de celui-ci ?

le 12/03/2022 à 20:29
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TVO ne semble pas encore avoir validé cette mise en service et butte toujours sur la dangerosité du combustible même si les aspects sécurité semble avoir beaucoup progressé en terme préventif, ... il semblerait que l'aspect curatif en cas d'accident...

à écrit le 12/03/2022 à 20:06
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Fukushima.... 11 ans et toujours inaccessible... ils sont égorgés des piscines d'eau pollués à la mort.. le programme commence pour balancé le tritium à la mer, durée prévue 40 ans.. à la fureur de beaucoup.. sachant que rien n'est terminé. Magique...

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