Nucléaire : la centrale du Tricastin mise à l'arrêt à cause d'une digue trop fragile

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L'électricien public a de son côté fait savoir dans un communiqué qu'il ne partageait pas la nécessité d'arrêter les quatre réacteurs pendant la durée des travaux mais qu'il mettrait en oeuvre la décision de l'ASN dans les meilleurs délais.
L'électricien public a de son côté fait savoir dans un communiqué qu'il ne partageait pas "la nécessité d'arrêter les quatre réacteurs pendant la durée des travaux" mais qu'il mettrait en oeuvre la décision de l'ASN "dans les meilleurs délais". (Crédits : REUTERS/Muriel Boselli/Files.)
Cet arrêt provisoire de la centrale du Tricastin a été décidé par l'Autorité de sûreté nucléaire. Selon le gendarme du nucléaire, il existe "un risque de rupture d'une partie de la digue du canal Donzère-Mondragon pour les séismes les plus importants étudiés" pour évaluer la sûreté d'une telle installation.

Éviter l'accident grave, à tout prix. Les quatre réacteurs de la centrale du Tricastin (Drôme) vont être mis provisoirement à l'arrêt à la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour renforcer une digue jugée trop fragile au nord de l'installation, ont annoncé jeudi EDF et l'ASN.

Selon le gendarme du nucléaire, il existe "un risque de rupture d'une partie de la digue du canal Donzère-Mondragon pour les séismes les plus importants étudiés" pour évaluer la sûreté d'une telle installation.

"L'inondation en résultant pourrait conduire à un accident de fusion du combustible nucléaire" des quatre réacteurs, qui "rendrait particulièrement difficile la mise en œuvre des moyens de gestion d'urgence internes et externes", préciseencore l'ASN dans un communiqué. Des éléments apportés par EDF "ne permettent pas d'écarter le risque à court terme", a ajouté l'ASN, précisant que le groupe devrait "compléter ses investigations géotechniques" et procéder, avant le redémarrage des réacteurs, aux renforcements nécessaires pour assurer la résistance de la digue.

Une protection supplémentaire installée avant les travaux

L'électricien public a de son côté fait savoir dans un communiqué qu'il ne partageait pas "la nécessité d'arrêter les quatre réacteurs pendant la durée des travaux" mais qu'il mettrait en oeuvre la décision de l'ASN "dans les meilleurs délais".

EDF indique que ces travaux de renforcements seront réalisés "sous un mois" et qu'en attendant "une protection complémentaire" est en cours d'installation. Elle sera opérationnelle "sous quelques jours". Ces dispositions garantissent la sûreté des installations, estime l'électricien qui considère que l'arrêt des réacteurs est "injustifié".

Compte tenu de cet arrêt imposé, le groupe est contraint de revoir à la baisse ses prévisions de production d'électricité nucléaire pour cette année. Elle sera désormais comprise entre 385 et 392 térawattheures, contre entre 390 et 400 TWh précédemment. EDF confirme toutefois ses objectifs financiers.

En Bourse, l'action EDF creusait ses pertes et reculait de 1,47% après cette annonce.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 30/09/2017 à 10:09 :
Faut il se plaindre de trop de précautions couteuses ? Petit détail : La centrale du Tricastin, mise en service en 1980, a des réacteurs installés à environ 6 m sous le niveau du plan d'eau du canal de Donzère-Mondragon ...
a écrit le 28/09/2017 à 22:46 :
Le communiqué de presse d'EDF, avec plus de détails : https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/journalistes/tous-les-communiques-de-presse/mise-a-l-arret-provisoire-des-quatre-unites-de-production-de-la-centrale-nucleaire-du-tricastin
a écrit le 28/09/2017 à 22:44 :
Ok, explication de texte avant que tout le monde raconte n'importe quoi :

Une centrale nucléaire est une machine immense et complexe. De par sa taille et sa complexité, comme un corps humain, il n'arrive quasiment jamais que son état soit absolument parfait à un instant donné.

C'est la raison pour laquelle ses Spécifications Techniques d'Exploitation (en gros son code de la route) prévoient de base, en cas d'indisponibilité d'un ou plusieurs matériels, des conduites à tenir, des durées maximales de réparation, des règles de non-cumul, des dispositifs compensatoires à mettre en place.

Et ce afin de respecter en permanence la démonstation de sûreté rédigée par l'exploitant pour l'ASN à la création de la centrale, et mise à jour à chaque visite décennale.

L'état des matériels peut évoluer à la hausse, lors d'une rénovation ou d'une modification, comme à la baisse lors d'un vieillissement ou d'une dégradation.

En ce qui concerne le risque séisme (comme le risque inondation d'ailleurs), non seulement l'état des matériels servant à se prémunir de ces risques peut évoluer, mais aussi le référentiel à respecter évolue, à la hausse comme à la baisse.

Ainsi, au fur et à mesure de l'amélioration des connaissances scientifiques et historiques, de l'affinement des simulations numériques, le séisme de référence comme la crue de référence peuvent évoluer, à la hausse comme à la baisse.

Et malgré l'expertise historique d'EDF dans le domaine sismologique (héritée des débuts de l'entreprise dans l'énergie hydraulique), il est apparu qu'une portion de la digue au nord de Tricastin pouvait résister au "Séisme Majoré Historiquement Vraisemblable" (càd le séisme maximal dont on ait retrouvé une trace historique ou géologique dans la région, majoré et positionné à l'endroit le plus pénalisant de la centrale), mais pas au "Séisme Majoré de Sécurité", qui est un séisme hypothétique d'une énergie 5 fois supérieure au Séisme Majoré Historiquement Vraisemblable, et qui sert (avec de telles marges) au dimensionnement du site.

Et l'ASN vient de décider d'imposer à l'opérateur l'arrêt de la centrale pendant les travaux sur la digue.

On peut se demander si cette décision particulièrement drastique n'a pas été prise plus dans le cadre d'une relation tumultueuse avec la direction d'EDF qu'au vu de l'impact sûreté très relatif :

Les valeurs des séismes de référence sont toutes assez théoriques (établies sur une base scientifique en constante évolution), les marges à prendre sont assez arbitraires, et l'installation peut actuellement supporter des séismes déjà très importants.

Et ce d'autant plus que l'impact financier sera lourd. Un mois d'arrêt pour 4 tranches, c'est environ 120M€ perdus pour l'entreprise publique.

J'aimerais bien en savoir plus sur l'état de la relation entre l'ASN et la tête d'EDF. Parce que l'ASN n'en est pas à son coup d'essai, après avoir imposé à EDF cet hiver des arrêts de tranches fortuits pour mesurer la teneur en carbone de ses GV. Et ce avec un impact financier et industriel monstrueux pour des bénéfices en terme de sûreté assez maigres (les essais se sont tous révélés concluants, avec éventuellement des limitations au moment de la mise à l'arrêt des tranches).
Réponse de le 29/09/2017 à 7:31 :
Enfin un commentaire pertinent et argumenté ! Ce qui est rarissime
Bravo !
a écrit le 28/09/2017 à 14:39 :
"En Bourse, l'action EDF creusait ses pertes et reculait de 1,47% après cette annonce."

EDF est condamnée à voir son titre baisser puisque nous savons que notre parc nucléaire est trop vieux et donc forcément de plus en plus couteux à l'entretien.

Le nucléaire, comme beaucoup de phénomènes, était une bonne idée mais il fallait en limiter la puissance, plus de petits réacteurs auraient été bien plus faciles à entretenir et surtout, en cas d'accident nucléaire il est bien plus simple de stopper un petit réacteur en le noyant sous le plomb qu'un énorme dont nous n'avons pas en plus la technologie adaptée.

Certainement ce dogme capitaliste qui veut qu'il faut centraliser les productions afin d'en limiter les propriétaires.

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