L'électricien historique s'apprête à traverser un été "long" et sera particulièrement vigilant en septembre prochain. En cas de fortes chaleurs et de sécheresses, les centrales sont, en effet, plus susceptibles de limiter leur production afin de respecter des contraintes réglementaires liées à l'échauffement des cours d'eau qui les jouxtent. 18 réacteurs sont plus exposés à ces éventuelles baisses de production, mais un régime dérogatoire est possible si le bon fonctionnement du système électrique est menacé.Les défis s'accumulent pour EDF. Alors que son parc nucléaire connaît une indisponibilité historique, avec 27 réacteurs à l'arrêt sur 56 au total, en raison notamment d'un phénomène de corrosion sous contrainte, l'électricien va devoir affronter un été chaud et sec, qui pourrait le contraindre à baisser son niveau de production, déjà très faible, avec une participation de seulement 58% au mix électrique ce mardi 5 juillet, contre 69% en moyenne sur l'année 2021.
"L'été va être marqué par des épisodes anticycloniques assez forts et longs. Nous sommes lucides sur le fait que l'été va être long. Nous serons très attentifs au mois de septembre car les étiages [abaissements exceptionnels du débit d'un cours d'eau] des fleuves peuvent être marqués en septembre", a reconnu Cécile Laugier, directrice prospective et environnement du parc nucléaire d'EDF, sans pour autant partager des estimations chiffrées sur les possibles baisses de production.
Des épisodes précoces
La pression pour EDF est d'autant plus forte que, cette année, plusieurs réacteurs ont dû baisser leur niveau de production dès le printemps. En mai dernier, le groupe a notamment été contraint de réduire de 100 mégawatts (MW) la puissance mobilisée de la centrale du Blayais (Nouvelle-Aquitaine). Puis, début juin, c'est la centrale nucléaire de Saint-Alban, en bord de Rhône, qui a dû adapter sa puissance pour maintenir la température des rejets thermiques dans le fleuve dans les limites de la réglementation. Des épisodes assez "précoces" a admis Cécile Laugier.
Si les centrales nucléaires sont sensibles à la météo, c'est parce que les réacteurs et les piscines d'entreposage du combustible usé doivent être refroidis en permanence. Pour ce faire, les installations prélèvent de l'eau dans un estuaire, la mer, ou un cours d'eau, et la rejettent plus chaude.
Baisser la production pour préserver la biodiversité
En cas d'épisode de canicule ou de sécheresse, les centrales peuvent alors être amenées à réduire leur production, voire même à la stopper. Non pas pour des problématiques de sûreté nucléaire, mais en raison des contraintes fixées sur la température et le débit dans chaque cours d'eau, qui jouxte les réacteurs, afin de préserver la biodiversité de ces milieux naturels.