Nucléaire : pour préserver la biodiversité du Rhône, EDF ralentit sa centrale de Saint-Alban

Hier, à la centrale nucléaire de Saint-Alban refroidie par l'eau du Rhône, EDF a réduit la puissance du réacteur numéro un à plusieurs reprises pour maintenir la température des "rejets thermiques" dans le fleuve dans les limites de la réglementation.

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La centrale de Saint-Alban (Isère) est refroidie par l'eau du Rhône.
La centrale de Saint-Alban (Isère) est refroidie par l'eau du Rhône. (Crédits : Pilat.Oueb / Wikipedia (CC BY-SA 4.0))

Les réacteurs des centrales nucléaires doivent être refroidis en permanence. Celles qui pompent de l'eau dans les cours d'eau (ou les mers) pour leur refroidissement rejettent de l'eau réchauffée. Ces "rejets thermiques" sont soumis par la réglementation à des limites de température afin de préserver la biodiversité, notamment pour ne pas nuire à la reproduction des poissons et éviter la prolifération des algues.

Et dans le cas des centrales refroidies par l'eau de rivière, en cas de canicule et/ou de pluviométrie trop faible (si le fleuve sert à l'irrigation, cela accélère la baisse du débit et donc le réchauffement de l'eau), EDF procède à une réduction de la production. C'est ce qu'il s'est passé hier lundi 6 juin sur l'un des réacteurs nucléaires de la centrale nucléaire de Saint-Alban (Isère), a déclaré l'énergéticien français. L'opérateur a motivé sa décision par l'insuffisance du débit du Rhône dans un contexte où la sécheresse menace la France.

Ce genre d'incident est régulier: le 22 mai dernier, EDF avait indiqué avoir dû très légèrement baisser la production sur l'un des réacteurs nucléaires de sa centrale du Blayais (Gironde) en raison d'une hausse des températures en France à ce moment-là. Dans le cas du Blayais, EDF a pâti d'un effet de seuil, avait fait valoir l'énergéticien. Car avant la mi-mai, c'est la norme hivernale qui s'applique, avec un niveau maximal autorisé de 30°C de la Gironde, contre 36,5°C en été.

Production ajustée à l'évolution des températures

Dans le détail, hier, à Saint-Alban, EDF a réduit la puissance d'un des deux réacteurs de 1.300 MW de la centrale (le numéro 1) à 260 MW "durant cinq heures" samedi et "des baisses ponctuelles (...) ont également été réalisées pendant quelques heures" dimanche et lundi, a indiqué le service de presse de l'entreprise à l'AFP. Cela afin de "respecter la réglementation relative aux rejets thermiques en raison du débit du Rhône".

Après un hiver 2021-2022 qui se classe parmi les plus doux et secs depuis plus de 60 ans à l'échelle du pays, et un printemps particulièrement chaud et sec, l'Hexagone est menacé par une grave sécheresse, alors que Météo France prévoit un été probablement chaud et sec.

En avril, la dernière synthèse de la situation sur le bassin hydrologique Rhône Méditerranée du service d'information Eau France relevait que "le déficit de précipitation enregistré ces derniers mois entraîne des écoulements globaux déficitaires sur l'ensemble du bassin".

"Aucune conséquence sur la sûreté des installations"

Si donc il arrive à EDF de réduire la puissance de ses réacteurs - voire de les arrêter - pour préserver la température des cours d'eau, ces mesures sont habituellement prises lors des épisodes de canicule estivale et non si tôt dans l'année.

Pour rappel, les centrales nucléaires exposées à cette situation sont la centrale du Bugey de 1,8 gigawatt (GW), la centrale de Saint-Alban de 2,6 GW et la centrale du Tricastin de 3,6 GW sur le Rhône au sud-est, ainsi que la centrale du Blayais de 3,6 GW sur la Gironde dans le sud ouest.

Mais l'opérateur historique se veut rassurant:

"Ces manœuvres sont réalisées en accord avec le gestionnaire du réseau national d'électricité et n'ont aucune conséquence sur la sûreté des installations", a souligné EDF, précisant que le réacteur n°2 de la centrale a continué à pleine puissance.

Hausses des températures : des pertes de production très faibles (0,3%)

EDF en relativise la portée, soulignant qu'en France, les pertes de production pour cause de températures élevées de cours d'eau ont représenté 0,3% de la production nucléaire annuelle depuis 2000.

Mais à l'heure où le président Emmanuel Macron entend relancer la filière, ces événements ont été pointés par les adversaires du nucléaire, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, qui y a vu la remise en cause de l'argument selon lequel l'énergie nucléaire serait plus régulière que les renouvelables.

Pour rappel, l'approvisionnement nucléaire français s'élevait mercredi 25 mai à 50% de la capacité disponible, une multitude de réacteurs ayant été mis hors service ces derniers mois en raison de problèmes de corrosion rencontrés dans le soudage des circuits de sécurité des réacteurs.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires 15
à écrit le 09/06/2022 à 9:48
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La température impacte fortement la production :à cause du rendement thermodynamique et du rendement de l'alternateur,la charge est baissée naturellement .De plus EDF est souvent obligé de baisser la charge ou même d'arrêter des réacteurs car le mauv...

à écrit le 08/06/2022 à 9:35
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L'été la température des fleuves, donc de la source froide,s'accroît jusqu'à 15 degrés de plus ,et davantage encore dans le cas des aéroréfrigérants où l'eau chaude sortie des condenseurs est recyclée.De plus le rendement des alternateurs baisse avec...

à écrit le 08/06/2022 à 1:51
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Réponse à Nukeboy:le rendement se calcule en utilisant des °Kelvin ce qui change tout :le rendement est impacté et les rejets thermiques deviennent intolérables

le 08/06/2022 à 8:51
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@ Medocain: commentaire incohérent: effectivement les températures à considérer s'expriment en Kelvin se qui fait que 2 ou 3 degrés de plus ne changent pas grand chose au rendement global

à écrit le 08/06/2022 à 1:50
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Réponse à Nukeboy:le rendement se calcule en utilisant des °Kelvin ce qui change tout :le rendement est impacté et les rejets thermiques deviennent intolérables

à écrit le 07/06/2022 à 21:18
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Et on fera comment pour recharger notre belle auto électrique?

à écrit le 07/06/2022 à 19:03
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Bonjour, Bon se n'est pas la première fois que cela se produit.... Le but est de réduire la température de l'eau de refroidissement après le réacteur, histoire de ne pas détruire toute la vie en aval...

à écrit le 07/06/2022 à 16:20
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Voilà que les problèmes commencent et sont visible par tous sauf pour McKron! ;-) Va t'il revoir son progamme nucléaire? Où trouvera t'il l'argent?

le 07/06/2022 à 19:38
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c est les cochons payants qui vont payer la note. Comme d habitude

à écrit le 07/06/2022 à 13:40
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Le nucléaire est mort ,depuis longtemps:la loi de Carnot ,vielle de 2 siècles, nous indique que le rendement d'une machine thermique est proportionnel au quotient de la température de la source chaude sur la source froide,cette dernière , celle du fl...

le 07/06/2022 à 22:50
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Mais l'eau ne vienne seulement des fleuves mais des Oceans et des Mers.

le 07/06/2022 à 23:11
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La Source Chaude est à 320°C, la hausse des températures de quelques degrés l été, et un peu plus en cas de pic de chaleur n impacte que très peu le rendement. La centrale continuerait à produire une puissance pilotable et decarbonnee, avec une sourc...

le 08/06/2022 à 8:50
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@Medocain:vous n'avez toujours rien compris.

à écrit le 07/06/2022 à 13:16
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Dans 10 ans, 15 ans, 20 ans les températures seront bien infernal.. non seulement les centrales nucléaires seront à l'arrêt mais l'on s'inquiètera de comment les refroidir, vu en 2003 qui sera le quotidien.

le 07/06/2022 à 23:20
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Lors de la canicule de 2003, les quelques reacteur sur fleuve, et sans tour de refroidissement, ainsi que les centrales a charbon de cordemais, blenod, hornaing, ont baisse leur production, pour réduire leur impact thermique sur la faune et le flore....

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