Coup de tonnerre : TotalEnergies stoppe ses achats de pétrole et produits pétroliers russes

TotalEnergies a annoncé mardi après Bourse sa décision d'arrêter tout achat de pétrole ou produits pétroliers russes, "au plus tard à la fin de l'année 2022". Néanmoins, le groupe tricolore refuse pour l'heure de céder ses participations dans ses actifs gaziers, ceux-ci étant éminemment stratégiques.

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(Crédits : STEPHANE MAHE)

[Article mis à jour le 22/03/2022 à 20:00]

L'étau se resserrait pour TotalEnergies, bien isolé dans sa stratégie de maintien de ses activités en Russie après les désinvestissements en chaîne des géants pétrogaziers occidentaux, de BP à Shell en passant par ExxonMobil. Il y a quelques jours, le candidat EELV à l'élection présidentielle, Yannick Jadot, allait même jusqu'à accuser l'entreprise tricolore de complicité de « crime de guerre », tandis que les ONG écologistes multipliaient les mobilisations, bien décidées à faire plier son PDG, Patrick Pouyanné.

« Face à l'aggravation du conflit », et sans doute, par ailleurs, à la tempête médiatique qui l'accompagne, TotalEnergies a ainsi fait valoir ce mardi par voie de communiqué qu'il arrêterait tout achat de pétrole ou produits pétroliers russes « au plus tard à la fin de 2022 », alors même que l'Union européenne n'a pas imposé d'embargo sur l'or noir. Mais également qu'il engagerait la « suspension progressive de ses activités » dans le pays de Vladimir Poutine.

Le 7 mars, Patrick Pouyanné avait déjà assuré que « [s]es traders (des activités de marché du groupe, ndlr) ne [prenaient] plus de pétrole russe depuis le début de la crise ». Mais cette fois, l'annonce va plus loin, car elle touche aux contrats d'approvisionnement dans l'or noir. Et concernera notamment la raffinerie allemande à Leuna, ou encore les contrats d'achat de diesel russe. Alors que l'Europe importe 12% de son diesel de Russie, le groupe prévoit ainsi des importations d'autres continents en substitution, notamment de la raffinerie saoudienne Satorp dont il est actionnaire avec Aramco.

Pas de cession des participations dans les actifs gaziers

Néanmoins, en ce qui concerne le gaz, le géant pétrolier ne compte pas totalement changer de braquet. Car même s'il n'apportera « plus de capital » au mégaprojet d'usine de gaz naturel liquéfié (GNL) Artic LNG 2, dont la mise en route était jusqu'alors prévue pour 2023, il « continue à assurer l'approvisionnement de l'Europe en GNL à partir de l'usine de Yamal LNG », ce site géant de liquéfaction de gaz dans le nord du pays qui produit depuis décembre 2017 près de 18 million de tonnes de GNL par an, et représentait 16,6 % de la production annuelle de gaz de TotalEnergies en 2020. Et pour cause, l'entreprise « se trouve liée dans le cadre de contrats longs termes qu'elle se doit d'honorer tant que les gouvernements considèrent que le gaz russe est nécessaire », précise TotalEnergies dans son communiqué.

Pour se justifier, le groupe met ainsi en avant la décision de l'Union européenne de maintenir, à ce stade, l'approvisionnement en gaz russe malgré la guerre en Ukraine. De fait, Moscou continue d'alimenter abondamment en combustibles fossiles le Vieux continent, qui lui a fourni en échange près de 17 milliards d'euros depuis le début du conflit, le 24 février dernier.

Lire aussi 7 mnPourquoi TotalEnergies ne veut pas quitter la Russie, contrairement aux autres pétroliers occidentaux

De manière générale, TotalEnergies n'entend pas abandonner ses participations dans ses actifs gaziers russes de si tôt. Concrètement, le groupe détient 19,4% du numéro deux du gaz du pays de Vladimir Poutine, Novatek. En tout (c'est-à-dire en comptant ses parts dans Novatek), il possède par ailleurs 29,7% de Yamal LNG, et 21,64% de Arctic LNG 2. La raison de ce maintien, martelée par le groupe, serait que le « contexte actuel [l']empêcherait de trouver un acheteur non russe pour reprendre ses participations minoritaires en Russie ».

« En outre, abandonner les participations dans lesquelles TotalEnergies est un actionnaire minoritaire n'aurait aucun impact sur le fonctionnement des sociétés concernées et donc sur leurs revenus puisque ces sociétés disposent de leur propre personnel et sont gérées de manière autonome », fait valoir le géant français.

Un territoire stratégique pour TotalEnergies

Reste que l'impact serait majeur pour TotalEnergies lui-même. Car si le groupe réalise en Russie seulement « 3 à 5% » de ses revenus, avait minimisé fin février Patrick Pouyanné, le territoire russe s'avérait jusqu'alors éminemment stratégique pour l'entreprise, qui s'y était engagée dans une vision de long cours. C'est d'ailleurs le gaz et non le pétrole qui représente plus de 80% de la production d'hydrocarbures de TotalEnergies en Russie (qui en possède les premières réserves prouvées dans le monde).

« Selon son PDG, si l'on veut réussir à sortir du pétrole, il faut se tourner vers les énergies renouvelables mais aussi vers le gaz. Le GNL russe représente donc une activité majeure dans son plan vers la transition, et s'en désengager aujourd'hui n'est pas du tout en ligne avec sa stratégie de long terme ! », glissait une source proche de l'entreprise à La Tribune début mars.

En témoigne son investissement financier faramineux en Russie : en tout, le groupe y a investi près de 20 milliards d'euros. Ainsi, au 31 décembre 2020, Total détenait 24% de ses réserves prouvées en Russie, d'où provenaient également 16,6% de la production combinée de liquides et de gaz du groupe en 2020...soit deux fois plus qu'en 2012.

Lire aussi 6 mnGaz russe : pourquoi l'Europe est piégée

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Commentaires 21
à écrit le 26/03/2022 à 11:06
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Attention le dictateur vert Yanick Jadot à parlé ! Et aussi tout les bobos qui disent n'importe quoi ! Bandes de nazes .... je constate que la majorité des gens ici, gobent tout ce qu’ils lisent, pas de recul ni réflexions .... comme d’hab avec les r...

à écrit le 24/03/2022 à 11:32
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Vive Total-Hypocrisie! En d'autres termes Total conserve ses contrats de fourniture énergétique non exécutés jusqu'à la fin de la guerre en Ukraine...

à écrit le 23/03/2022 à 15:36
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Puisque la tribune rame autant faire l'info.. sous la pression des usa, l'Espagne lâche l'Algérie pour le Maroc sur le Sahara occidental.. étant donner les " délicates " relations entre le Maroc et l'Algérie, celle ci avait couper le gazoduc Espagne ...

à écrit le 23/03/2022 à 14:29
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J'espère que Total a gardé quelques roubles dans son porte-monnaie car, pour le reste de l'année 2022, il va devoir payer le gaz naturel russe en rouble, et non plus en dollar. Le monde des affaires a horreur du vide... Проща́й (prochtchaï, adieu) T...

à écrit le 23/03/2022 à 14:21
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CQFD, n'achetez plus chez total !!!! Le client à toujours raison et les actionnaires suivront ....

le 23/03/2022 à 21:07
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Faux, Total et ils ont bien raison, continuera d'acheter le gaz russe.

à écrit le 23/03/2022 à 12:52
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...C'est quand même un peu du " foutage de gueule"! Fin 2022! D'ici là les Chinois auront envahi Taiwan et l'agite du bulbe Nord Coréen aura explosé la Corée du Sud. Faut bien exister quand même 🤕😢

à écrit le 23/03/2022 à 12:13
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TOTAL c'est une marque de café ?

à écrit le 23/03/2022 à 11:03
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Pouyanne cherche à surfer habilement sur le maintien politique européen de l'appro en Gaz russe qui représente plus de 30% d'énergie primaire consommé pour la majorité des pays de l'UE. Après tt, pourquoi sacrifier ses positions et engagements russes...

à écrit le 23/03/2022 à 10:45
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Pourquoi ne parle t'on pas du Yemen autant que de l'Ukraine!!!! d'autant que le génocie yéménite se fait avec des armes que Ledrian et Macround vendent aux Saoudiens!!!!

à écrit le 23/03/2022 à 8:29
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Pour le moment j'ai pas entendu le bruit de la foudre qui a frappé le sol malgré cette petite figure de style très répandue chez les journalistes qui veulent faire du sensationnel. Mais attention parce que vous pourriez un jour avoir la sensation que...

à écrit le 23/03/2022 à 7:16
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Pas de problème, a la place on pourra importer du brut et du gazole indien, chinois, nord coréen, turc...Le turc se serait un peu plus près en bateau

à écrit le 22/03/2022 à 23:15
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La stratégie de la demi-molle bien française...

à écrit le 22/03/2022 à 21:50
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Totalement stupide. Décision prise sous le coup d'une émotion à teneur variable qui va nous priver très longtemps des ressources russes ou nous les procurer à prix d'or par la suite. D'autres auront moins de scrupules que nous. L'Inde achète déjà le ...

le 23/03/2022 à 8:03
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Pas de ruine , pas de conflit global cher camarade. Juste des décisions fermes et cohérentes face à une situation où un pays envahit un autre pays. Cela fait peut être le bonheur des indiens mais pas la richesse des oligarques ( 28 dollars pas cher m...

à écrit le 22/03/2022 à 21:43
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Quand la guerre s'arrêtera, que la Russie aura obtenu l'autonomie ou l'indépendance de l'Est de l'Ukraine, que les principales villes d'Ukraine auront été détruites, que l'Ukraine sera devenu un Etat neutre sans espoir d'intégrer l'OTAN et l'Union Eu...

le 23/03/2022 à 6:47
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@Britannicus. C'est exactement ce qu'il va se passer. Les europeens seront les coullons de cette mascarade. Tout va etre encherit en France et en Allemagne.

le 23/03/2022 à 10:54
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Tout a fait sans compter ignominie à reporter ces achats vers les dictatures religieuses du moyen orient

le 23/03/2022 à 11:47
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Justement vous n avez rien compris à la géopolitique .. l Europe ne veut pas d un état mafieux et voyou à sa frontière ( par annexion de l Ukraine par La Russie) … en 1938 les politiques ont eu le même raisonnement. que vous et on a vu ou ça nous a...

à écrit le 22/03/2022 à 20:35
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TOTAL stoppe ses achats mais ne quitte pas la Russie et continuera de produire du gnl pour le plus grand bonheur des chinois L'Europe va souffrir

à écrit le 22/03/2022 à 19:01
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En espérant que le 1er janvier 2023 la guerre soit finie et que les affaires reprennent .Le fameux pragmatisme des affaires ...

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