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Entreprises & FinanceIndustrie lourde

Acier : les salariés de Thyssenkrupp manifestent pour demander des comptes à Kretinsky

latribune.fr

Publié le 23 mai 2024 à 14:54 - Mis à jour le 23 mai 2024 à 14:54

Les salariés ont bruyamment protesté avant la tenue d'une réunion du conseil de surveillance de Thyssenkrupp AG. (photo d'illustration)

Les salariés ont bruyamment protesté avant la tenue d'une réunion du conseil de surveillance de Thyssenkrupp AG. (photo d'illustration)

Wolfgang Rattay

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Des milliers de salariés du géant de l'acier en crise Thyssenkrupp ont manifesté jeudi à Essen, dans l'ouest de l'Allemagne, pour exiger d'en savoir plus sur le « concept industriel » derrière l'entrée au capital du milliardaire Daniel Kretinsky dans la branche sidérurgique.

Colère devant le siège de Thyssenkrupp à Essen, dans l'ouest de l'Allemagne, ce jeudi. Des milliers de salariés du géant de l'acier en crise ont manifesté pour exiger d'en savoir plus sur le « concept industriel » derrière l'entrée au capital du milliardaire Daniel Kretinsky dans la branche sidérurgique.

Venus de toutes les régions allemandes et branches du groupe - acier, automobile, technologies, sous-marins -, réunis à l'appel du syndicat IG Metall, ces salariés ont bruyamment protesté avant la tenue d'une réunion du conseil de surveillance de Thyssenkrupp AG devant examiner l'annonce, datant de fin avril, d'une cession de 20% des activités sidérurgiques en difficultés au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, via sa holding EPCG.

L'acquisition de 30% supplémentaires du capital de Thyssenkrupp Steel est envisagée à terme, pour aboutir à une entreprise commune. Le prix de la transaction n'avait pas été révélé mais une source financière proche du dossier, interrogée par l'AFP, a valorisé l'achat des 20% à entre 350 et 400 millions d'euros.

Les revendications du syndicat IG Metall

Quelque 5.000 personnes étaient présentes devant le « Ruhr Tech Kampus » qui abrite le siège du groupe bicentenaire pour protester contre l'opacité de la direction entourant ces décisions.

«L'annonce de l'entrée d'EPCG a servi de campagne de relations publiques qui a fait grimper les actions de ThyssenKrupp», mais «jusqu'à présent, il n'a pas eu plus de substance», a déclaré à l'AFP Knut Giesler, directeur régional d'IG Metall en Rhénanie-du-Nord Westphalie.«Nous voulons savoir quel concept industriel se cache derrière l'entrée de Kretinsky», a-t-il ajouté.

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Les revendications du syndicat portent sur « l'exclusion des licenciements pour raisons opérationnelles, des garanties en matière de localisation et des engagements d'investissement ». Une gageure alors que l'industrie allemande, au ralenti depuis plusieurs trimestres, ne parvient pas à absorber l'offre surabondante d'acier sur le marché, dominé par les producteurs chinois.

Une « étape importante » pour l'activité sidérurgique

En avril, le patron du groupe Thyssenkrupp, l'Espagnol Miguel Lopez, avait dit avoir pour objectif d'éviter des « licenciements économiques » dans l'activité dans le cadre de cette transaction et espéré qu'elle ramène la division acier vers « l'autonomie » et « le succès ». L'aciériste emploie actuellement environ 27.000 personnes.

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Ce jeudi, Miguel Lopez a tenté de rassurer les salariés en parlant à propos de l'accord avec EPCG d'une « étape importante pour garantir que (l')activité sidérurgique redevienne forte », non sans être couvert par des sifflets et quolibets. EPCG coiffe un empire industriel déjà étendu en Europe dans l'énergie, la distribution ou les médias.

De plus, sur le site historique de Duisbourg, dans la Ruhr, l'acier sera produit à l'avenir à partir d'électricité, de gaz naturel et d'hydrogène, à la place du charbon polluant. « Mais il n'y a ni électricité ni hydrogène dans la région de la Ruhr, du moins pas en quantité suffisante », c'est pourquoi il faut s'allier à des « partenaires énergétiques solides » comme EPCG, a martelé Miguel Lopez. Cela « n'ira pas sans des coupes », alors qu'un plan de suppression d'emplois est en préparation, a-t-il toutefois prévenu.

« Pas comme ça », disent les salariés

La méthode entourant l'arrivée du milliardaire tchèque a aussi suscité la colère des salariés dans un pays attaché à la cogestion entre salariés et direction d'entreprises. « Miguel Lopez a une nouvelle fois snobé la cogestion au sein du groupe et déstabilisé les salariés », a déploré Knut Giesler.

De nombreux manifestants portaient une pancarte montrant un signal de stop avec comme sous-titre « pas comme ça Monsieur Lopez », qui s'exprimait avec à ses côtés une couronne funéraire barrée du ruban « cogestion ».

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EPCG a fait savoir fin avril qu'il comptait « s'immiscer dans la formulation et la mise en œuvre de la stratégie » de la branche acier de ThyssenKrupp, selon Jiri Novacek, membre du directoire de la holding.

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Thyssenkrupp abaisse ses prévisions

Le groupe industriel allemand Thyssenkrupp a abaissé la semaine dernière ses prévisions annuelles en raison de difficultés persistantes dans ses filiales acier et matériaux, plombées par de fortes baisses de prix et de volumes depuis plusieurs mois.

Pour son exercice décalé 2023/2024, l'entreprise table sur un chiffre d'affaires « sous son niveau de l'an dernier » et un résultat net « négatif à un chiffre bas de plusieurs centaines de millions d'euros », a-t-elle indiqué mardi. Elle prévoyait auparavant un résultat net « à l'équilibre » et un chiffre d'affaires stable.

Ce pessimisme s'explique par « une réduction des volumes et des baisses de prix dans l'acier et les matériaux », a justifié Thyssenkrupp. En février, le groupe avait déjà drastiquement réduit ses attentes pour les mêmes raisons.

Depuis plusieurs mois, l'entreprise allemande a subi pêle-mêle des coûts de l'énergie élevés, le niveau record des taux d'intérêt et la baisse des prix de certains matériaux qu'il vend, sur fond de faible demande de l'industrie européenne. À cela, s'ajoutent « les difficultés de l'environnement de marché, marqué par les tensions géopolitiques et commerciales », pour une entreprise dépendante des exportations.

(Avec AFP)

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