Celgene joue la carte du labo modèle pour séduire les autorités de santé

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Le cabinet EY estime que Celgene va confirmer et même devenir le deuxième laboratoire pharmaceutique le plus compétitif en 2020 dans l'oncologie, juste après le géant suisse Roche.
Le cabinet EY estime que Celgene va confirmer et même devenir le deuxième laboratoire pharmaceutique le plus compétitif en 2020 dans l'oncologie, juste après le géant suisse Roche. (Crédits : Reuters)
Cette biotech américaine, qui génère plusieurs milliards de dollars de chiffre d'affaires, jouit d'une croissance de plus de 20% grâce à ses traitements innovants pour lutter contre le cancer du sang. Face à la pression des organismes payeurs sur les prix des médicaments, elle s'est engagée très tôt dans un système de "paiement à la performance" et vante son modèle axé sur la recherche.

Une croissance trimestrielle de plus de 20,6%, un bénéfice en hausse de 19% à 1,06 milliard de dollars, voilà les annonces faites par Celgene ce jeudi.  Cette biotech américaine fait partie du cercle très fermé des industries pharmaceutiques enregistrant plusieurs milliards de dollars de chiffres d'affaires tout en ayant une croissance excédant les 20%. Comme Gilead, elle a accroché le wagon des médicaments de nouvelle génération, onéreux et à forte croissance, qui proposent des thérapies ciblées.

Thalidomide, le blockbuster

Tout commence en 1986, année où Celgene nait d'une scission de la société chimique Celanese. Après plusieurs années passées à chercher le cœur de son activité, la jeune entreprise découvre le potentiel anti-tumoral du thalidomide, qui devient son blockbuster en 1998. Un pari osé car cette molécule, auparavant utilisée chez la femme enceinte pour ses propriétés anti-nauséeuses et sédatives, avait été retirée du marché car provoquant de graves malformations.

Suite à cette découverte, Celgene décide de focaliser son activité sur le cancer du sang, qui représente aujourd'hui plus de 80% de son chiffre d'affaires. Puis l'Américain se diversifie (légèrement), se lançant dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques (psoriasis, notamment et prochainement dans la sclérose en plaque ou encore la maladie de Crohn).

Entre-temps, la société a multiplié les partenariats avec une quinzaine de biotechs et labos, et a racheté des sociétés, dont le laboratoire Receptos pour un peu plus de 7 milliards de dollars. "Nous avons un développement business omnivore", explique George Golumbeski, vice président business et développement de Celgene au Financial Times en 2015.

La carte du laboratoire modèle

Celgene joue aussi la carte du laboratoire modèle afin de polir son image. "En matière d'arbitrages financiers, Celgene se démarque du paysage pharmaceutique", vante à La Tribune Franck Auvray, Directeur général de Celgene France. Ainsi, la société ne verse pas de dividendes et assure que la part du budget consacrée au marketing est deux fois moins importante que celle des autres laboratoires. Celgene dépense également plus de 30% de ses revenus en recherche.

Une part très élevée comparée à la plupart des laboratoires de taille similaire ou plus gros. Abbvie en dépense un peu plus de 15%, Roche grimpe jusqu'à 22%, Sanofi a dépensé un peu plus de 14% en 2015. Si, les dépenses de Celgene dans la R&D sont conséquentes en recherche, peu de molécules sont développées du début à la fin par la biotech.

Remboursement en cas d'échec

Celgene fait également du zèle auprès des autorités de santé. La société fait partie des premières industries pharmaceutiques à s'engager dans un système de "paiement à la performance". Celgene a développé en 2014 un contrat dit de performance avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) pour l'Imnovid, pour la prise en charge du myélome multiple. Accepté à un prix élevé, 8900 euros par cycle (il peut y en avoir 6), le traitement sera remboursé à l'Assurance-maladie en cas d'échec . "C'est une prise de risque. Pour la France, sur 5 ans, ce programme nous coûte jusqu'à 3 millions de dollars", avance Franck Auvray à La Tribune.

Celgene, dont les traitements coûtent plusieurs milliers d'euros par patient, montre patte blanche. Peut-être parce qu'elle fait partie des sociétés ciblées par les débats sur les médicaments très onéreux. Aux Etats-Unis, par exemple, un tiers de ses revenus sont couverts par les programmes Medicare and Medicaid, selon le site spécialisé Fierce Biotech. Le site estime que Celgene serait la société la plus touchée avec Gilead en cas de revue à la baisse des prix des molécules.

Celgene, numéro 2 dans l'oncologie en 2020 ?

En attendant, Celgene compte accélérer sur les cinq années à venir et espère multiplier son chiffre d'affaires par deux. "Nous voulons doubler le nombre de patients traités. Plus de 400.000 patients devront être traités avec nos médicaments contre 200.000 aujourd'hui", explique Franck Auvray.

De son côté, le cabinet EY estime que Celgene va confirmer et même devenir le deuxième laboratoire pharmaceutique le plus compétitif en 2020 dans l'oncologie, juste après le géant suisse Roche.

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Commentaires
a écrit le 29/04/2016 à 17:05 :
Plusieurs milliards de dollars de chiffre d 'affaire ?? Le journalisme a ses limites. Celgene a fait 4 milliards sur 2011, 5 l'année suivante, 6 et 7 ensuite puis 9 en 2015. la société indique au premier trimestre avoir progressé de 21% à plus de 2,5 milliards sur la période. Il est peu probable que l'entreprise puisse poursuive sur cette base car le marché mondial ne pourrait absorber ce surplus... sauf à ce que les autres laboratoires ne progressent plus du tout. Par ailleurs la concentration des healths prescripteurs et cliniques ou hôpitaux présage peu de la continuation de ce type de croissance opportuniste. Bien entendu reste la possibilité de poursuivre une croissance externe débridée. L'entreprise aura cependant réalisé un parcours remarquable et fait la fortune de ses dirigeants.

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