Placée sous la protection du tribunal de commerce de Paris, la fonderie Manoir Industries (Eure) détenue par un fonds chinois est en quête d’un nouvel actionnaire. Selon nos informations, une solution de reprise aurait été trouvée avec le britannique Paralloy sous la conduite de la Région Normandie. Tous les emplois de ce fleuron français de la métallurgie seraient conservés.Nouvel épisode dans l'histoire tumultueuse de Manoir Industries. Installée à Pitres dans l'Eure, cette fonderie centenaire est connue pour être l'une des deux seules entreprises françaises capables de fabriquer les coudes des circuits primaires des centrales nucléaires. Sujet hautement sensible. Aux mains du fonds chinois CAM SPC, elle s'était placée fin mars sous la protection du tribunal de commerce de Paris dans l'espoir de trouver un actionnaire plus prodigue afin de financer l'accroissement de ses activités. L'affaire semble en bon chemin.
Selon les informations recueillies par La Tribune auprès de plusieurs sources, une solution de reprise aurait été trouvée avec le groupe Paralloy. Le métallurgiste britannique n'est pas un nouveau venu dans ce dossier. Il s'était déjà positionné en 2021 lors du placement en redressement judiciaire de Manoir Industries avant de retirer son offre. Trois ans plus tard, la firme basée à Billingham au Nord Est de l'Angleterre est donc de nouveau en course. Avec, cette fois, de bonnes chances de l'emporter.
C'est en tout cas l'option défendue par l'exécutif de la Région Normandie qui s'est beaucoup démené en coulisses pour échafauder un mécano financier ad hoc, avec la complicité de l'Etat (via la délégation interministérielle aux restructurations d'entreprises). « Cela fait plusieurs semaines que nous bataillons pour sortir de l'ornière cette entreprise qui fait vivre 470 familles et qui est au cœur de la relance du programme électronucléaire français », confirme à La Tribune son président, Hervé Morin. Lequel salue au passage « la créativité et l'agilité des outils financiers » de sa collectivité. « C'est la relation intime que la Région entretient avec son écosystème qui a permis l'émergence de cette solution », souligne t-il.
FO dit banco
Selon nos informations, l'offre qui doit être présentée demain au tribunal prévoit un premier investissement de 6 millions d'euros de Paralloy complété par un prêt de l'Etat du même montant, un autre d'EDF de 3 millions ainsi qu'un apport en quasi-fonds propres de la Région à hauteur de 3,5 millions. Quant au reste des besoins de financement, il doit être apporté par un pool de banques en tête desquelles la Caisse régionale du Crédit Agricole Normandie Seine dont l'ancien ministre de la défense salue l'implication. « Sa direction a pris une décision très courageuse sans laquelle le projet n'aurait pas abouti », se félicite t-il.