Logistique 4.0 : l'homme "augmenté" pour limiter la pénibilité

 |   |  843  mots
L'opérateur porte des lunettes en réalité augmenté qui lui facilitent la tâche et réduisent les risque d'erreur.
L'opérateur porte des lunettes en réalité augmenté qui lui facilitent la tâche et réduisent les risque d'erreur. (Crédits : Nina Reppich pour Geodis)
Afin de réduire les risques d'accidents du travail et de maladies professionnelles sans perdre en productivité, les logisticiens testent des dispositifs qui soulagent et aident les salariés dans leurs gestes quotidiens.

Dans le secteur du transport et de l'entreposage non frigorifique, les accidents du travail et les maladies professionnelles se sont multipliés. Entre 2015 et 2016, l'augmentation est respectivement de 5,5% et de 13,1%, alors que le nombre des salariés n'a progressé que de 4,4% pour atteindre un peu moins de 73.000 personnes, d'après les chiffres de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts).

Cette progression inquiète les acteurs. Notamment en raison de la difficulté dans les recrutements et l'allongement de la durée de vie professionnelle de leurs salariés, dont la moitié a atteint 45 ans et plus. Dans ce contexte, le recours aux ergosquelettes, exosquelettes, lunettes à vision augmentée et autres "wearables" s'annonce comme une voie prometteuse pour réduire la pénibilité du déplacement de charges lourdes ou corriger les mauvaises postures liées au "picking" (préparation de commandes).

D'ores et déjà, certains logisticiens ont sauté le pas. À l'instar de FM Logistic France, qui teste des ergosquelettes afin d'aider l'opérateur à garder une posture adéquate. Il s'agit en l'occurrence du "Chairless Chair", développé par la startup suisse Noonee. Destiné aux opérateurs en station debout, il se compose d'un harnais dorsal et de supports au niveau des jambes. Les opérateurs peuvent se déplacer et s'asseoir à tout moment pour soulager leurs membres inférieurs. Parallèlement, le logisticien prévoit de développer ses propres dispositifs d'aide à la manutention en partenariat avec l'université de technologie de Compiègne (UTC).

Vision picking et exosquelette

Geodis n'est pas à la traîne. Le groupe a expérimenté aux Pays-Bas des exosquelettes du hollandais Laevo, afin de réduire jusqu'à 50% les tensions dorsales. Dans la foulée, le logisticien teste en Allemagne une solution de réalité augmentée réservée au picking.

Conçu par la startup allemande Picavi, ce système de "vision picking" se compose d'une paire de lunettes connectées qui affiche dans le champ de vision de l'opérateur des instructions. Ce dernier localise ainsi les pièces à collecter et les tiroirs où les ranger. De quoi réduire les erreurs de préparation et s'épargner des déplacements inutiles. En effet, une fois la commande validée, les lunettes guident le porteur vers le lieu de stockage approprié.

Grâce à cet accessoire connecté, Geodis estime pouvoir gagner une dizaine de pourcents sur sa productivité. Des gains dans la lignée de ceux annoncés par DHL. Une de ses filiales implantée outre-Atlantique a développé sa propre solution de vision augmentée que le groupe compte étendre à l'ensemble de ses sites. Féru de nouvelles technologies, DHL a d'ailleurs testé l'an dernier un prototype d'exosquelette destiné au picking. Il a été conçu et réalisé par le français Exhauss. Le modèle final pèsera moins de 4,4 kilos pour 22 kilos de capacité de charge.

« À la différence de ses prédécesseurs, le "Picker" fournit à l'opérateur une assistance au soulèvement qui croît à mesure qu'il lève sa charge», indique Pierre Davezac, le Pdg d'Exhauss.

Fonctionnant mécaniquement et avec des vérins à gaz, cet exosquelette collaboratif sera commercialisé sous peu.

 __

ZOOM SUR...

Hintek soulage les salariés du port des charges lourdes

--

Hintek exosquelette

--

Cette startup a conçu un harnais de manutention doté d'une plateforme repliable qui supporte des charges allant jusqu'à 30 kilos. De quoi libérer les mains et, surtout, éviter les accidents du travail (AT) et les maladies professionnelles, qui ont augmenté ces dernières années.

Difficile de porter une charge de 30 kilos quand il faut ouvrir une porte, tenir une rampe d'escalier ou parcourir quelques centaines de mètres dans un entrepôt. C'est en observant ce type de situations que Nicolas Czerwinski, un ancien cadre de la logistique, a eu l'idée d'aider les salariés en concevant un équipement spécifique.

Il s'agit d'un harnais de manutention qui se porte à l'avant comme un porte-bébé.

"Cet équipement comporte une tablette repliable en polyamide et sur laquelle l'opérateur pose sa charge qui peut aller jusqu'à 30 kilos", résume le président d'Hintek, entreprise qu'il a créée en 2016 à Tourcoing (Nord).

À cette époque, Nicolas Czerwinski se fait accompagner par l'incubateur Innotex, spécialisé dans les textiles pour réaliser ses prototypes.

"J'ai fait aussi intervenir des ergonomes et des utilisateurs, afin que le harnais soit solide et confortable."

Cela permet de bien répartir le poids du colis sur le haut du corps et d'éviter les accidents du travail. Dans le secteur du transport et de l'entreposage non frigorifique, rappelons que l'indice de fréquence des AT s'élève, pour 2016, à 74,7 contre 33,8 pour l'ensemble des salariés, selon la Cnamts.

Vendu depuis un an, le harnais Hintek est utilisé en complément de chariots élévateurs et pour la livraison de colis. Depuis 2017, quelques centaines d'unités ont été commercialisés, notamment auprès des centres de distribution de La Poste. La startup espère ainsi atteindre le cap du millier de ventes cette année.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/03/2018 à 19:42 :
Ca me rappel le scandale de Lidl. Affaire à suivre...
a écrit le 25/03/2018 à 18:20 :
"Dans le secteur du transport et de l'entreposage non frigorifique, les accidents du travail et les maladies professionnelles se sont multipliés"

La réforme du système de fonctionnement des visites médicales des salariés, issue de la loi Travail a aussi suscité de vives protestations de la part des professionnels de la médecine du Travail. Mais elle est bien entrée en vigueur ce 1er janvier 2017. Le décret d'application a en effet été promulgué au Journal officiel le 29 décembre.
a écrit le 25/03/2018 à 13:59 :
La volonté de réduire les maladies et les accidents devrait logiquement être l'argument suprême, mais l'histoire et la géographie (voir délocalisation) montrent que l'on peut parfois attendre longtemps et gaspiller beaucoup "de ressources".

Encore un argument pour accélérer la robotisation, ce serait la logique même.
Quel est l’intérêt de sans-cesse pousser à des limites le corps humain ? que ce soit sur de brèves durées ou sur le long terme. Pour atteindre la meilleure performance on ne va tout de même pas multiplier à l’infini les rotations et les employés jetables, car trop usés ?
Plus inquiétant, on assiste parfois au retour de concepts datant 19e siècle et du "sens du sacrifice au travail » mis en avant par quelques dirigeants qui n’en sont même pas encore arrivés au stade du Taylorisme, alors vous pensez de là à comprendre qu’un employé formé et en bonne santé,… est beaucoup plus performant, il reste du travail à accomplir.
Alors autant profiter immédiatement de la performance des robots, surtout si en plus ils permettent d’éviter les tâches répétitives et le travail bête et méchant.
Cela laissera d’autant plus de temps aux citoyens pour se perfectionner et se cultiver.
L'avenir du travail est dans l’intelligence.
Réponse de le 26/03/2018 à 11:26 :
A noter un article intéressant sur la robotisation dans "Le Nouvel Economiste"
https://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/industrie-et-robotisation-peur-sur-lemploi-62901/
Réponse de le 27/03/2018 à 6:12 :
Naïveté ou cynisme ???
a écrit le 25/03/2018 à 13:14 :
Quand un salarié demande à être augmenté, c'est des sous qu'il veut et non pas un exosquelette destiné à accélérer la cadence.
a écrit le 25/03/2018 à 11:56 :
"Dans le secteur du transport et de l'entreposage non frigorifique, les accidents du travail et les maladies professionnelles se sont multipliés"

Merci pour cette vérité que l'on entend très peu au sein des médias de masse alors que véritable poison.

Par ailleurs aidé le salarié dans ses tâches pénibles et répétées oui bien entendu c'est du progrès mais si c'est pour lui demander d'aller toujours plus vite cela ne sert absolument à rien repoussant seulement les limites des accidents du travail à plus tard.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :