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Entreprises & FinanceTransport & Logistique

La logistique 4.0 à l'heure de la flexibilité

Erick Haehnsen

Publié le 21 mars 2018 à 06:43 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:11

Un centre logistique d'Amazon en Allemagne

Un centre logistique d'Amazon en Allemagne

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Convoyeurs intelligents, drones inventoristes, chariots autonomes, rayonnages mobiles, intelligence artificielle, blockchain... l'entrepôt logistique entre de plain-pied dans la révolution de l'industrie 4.0. Celle de la robotisation, de la connectivité et de l'intelligence collective.

Face aux entrepôts « haute fréquence » des industriels ou des ténors de la grande distribution qui expédient chaque jour leurs colis ou palettes par centaines de milliers, les prestataires logistiques développent une nouvelle génération qui mise sur la flexibilité des installations. Avec des succès et des échecs.

Plutôt que d'investir dans des cathédrales logistiques figées sur dix ou vingt ans, les logisticiens s'intéressent à des solutions agiles de robotique mobile capables de se déployer selon un rythme choisi. La cadence de traitement des palettes est en effet devenue une priorité. À commencer par les opérations de chargement et de déchargement des camions.

«On installe trois convoyeurs à rouleaux : sur le quai d'expédition de l'industriel, à bord de la remorque du camion et sur le quai de réception du logisticien», décrit Patrick Bellart, directeur de l'innovation technologique chez FM Logistic (1,07 milliard d'euros de chiffre d'affaires, dont 63% à l'international ; 25.000 salariés, dont 5.700 en France).

Moyennant un investissement de 250.000 euros pour l'ensemble, décharger une remorque ne prend plus que 30 secondes au lieu de 30 minutes.

«Après nos sites de Fauverney près de Dijon et d'Arras, nous installons un troisième système à Crépy-en-Valois, dans l'Oise.»

Cependant, cette solution ne convient qu'à des flux de masse et elle contraint à équiper une remorque dédiée à cette tâche.

«Avec les fabricants Joloda et Ancra, nous réfléchissons à un procédé qui s'affranchirait du convoyeur à bord de la remorque.»

En parallèle, FM Logistic a expérimenté le déchargement par chariot autonome ou AGV (véhicule à guidage automatique).

«Pour l'heure, ils savent charger et décharger... à condition d'immobiliser le camion durant 90 minutes ! Il faudra encore des efforts de R & D pour que les AGV puissent se repérer par rapport à la cloison de la remorque.»

Hors camion, la robotique mobile reste en revanche un bon filon de l'entrepôt 4.0.

«C'est même l'un des vecteurs les moins chers, les plus souples et les plus rapides pour automatiser 10 à 20 % de ce que l'on peut faire avec des chariots élévateurs manuels», reprend Patrick Bellart, dont le nombre d'AGV est passé de deux en 2014 à neuf aujourd'hui.«Nous en aurons 40 en production à la fin de l'année - sur un parc de 4000 chariots classiques.»

En clair, le déploiement des AGV entre en phase de croissance continue. Ainsi, les grandes concentrations sont lancées chez les acteurs historiques du chariot élévateur. Avec, d'un côté, le groupe Kion qui détient les marques Baoli (Chine), Egemin, Fenwick-Linde et Still. Et, de l'autre, Toyota Industries (Toyota Material Handling, BT, Cesab et Raymond). Entre les deux, l'allemand Witron, connu pour ses cathédrales logistiques avec ses transstockeurs automatisés (1) pour colis et palettes de grande hauteur (plus de 30 mètres), a lancé en juillet dernier son Wibot pour la préparation de commande qui dialogue avec le WMS [Warehouse Management System ou système de gestion d'entrepôts, ndlr] maison via une montre connectée. Pour leur part, BA Systèmes, un leader français du marché des AGV, et Alstef, spécialiste des systèmes de manutention automatisée pour le stockage grande hauteur et la préparation de commandes sur palettes, se sont regroupés début mars sous l'égide de Future French Champions (CDC International Capital-Qatar Investment Authority) pour créer B2A Technology, un nouveau leader français à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Sur ce créneau, SSI Schäfer les concurrence avec sa flotte d'AGV filoguidés Weasel qui transporte des bacs.

Des installations flexibles, reconfigurables et extensibles

Cependant, de nouvelles startups viennent tout chambouler. À l'instar de la française Scallog. Au lieu d'envoyer un préparateur de commandes collecter les produits dans les rayonnages de l'entrepôt (man-to-goods), ce sont les étagères de stockage qui viennent à lui (goods-to-man). Filoguidés par un simple maillage de bandes adhésives collées au sol, des robots mobiles soulèvent (jusqu'à 600 kilos) l'étagère standard (jusqu'à 2,50 mètres de hauteur) et la transportent jusqu'à la station de préparation des opérations de picking, de réapprovisionnement, de réaffectation de stocks ou d'inventaire. Précision : les robots se déplacent dans une zone fermée à la circulation humaine.

«Ils vont donc très vite : jusqu'à 1,5 m/s [soit54 km/h] », souligne Olivier Rochet, le fondateur de cette entreprise d'une trentaine de salariés, implantée à Nanterre (92), qui a aussi développé un logiciel de gestion des préparations de commandes, de gestion des flux et de synchronisation des robots.«Quant à la station, elle dispose d'un écran et d'un pointeur lumineux qui indique au préparateur la case dans laquelle il doit prélever le produit.»

Il en résulte une productivité de 450 à 600 prélèvements à l'heure, contre une moyenne de 150. De plus, cette solution permet d'économiser jusqu'à 30 % de la surface au sol.

«Les clients peuvent démarrer petit et grandir rapidement, sans avoir à interrompre leurs opérations en cours», enchaîne Olivier Rochet qui a installé sa solution dans une cinquantaine de sites (L'Oréal Paris, Gémo, Idea pour Airbus...), notamment chez TYT Corporation à Singapour.«On compte cinq robots pour une station et 50 pour 2000 étagères.»

De son côté, la startup française Exotec, créée en 2015, possède les mêmes avantages que Scallog mais ajoute une troisième dimension à sa solution goods-to-man. En effet, ses robots Skypod ne se contentent pas de se déplacer de façon autonome (c'est-à-dire sans filoguidage) et librement sur le sol de l'entrepôt. Ils fonctionnent de concert avec un système d'étagères verticales grâce auquel ils peuvent se transformer en ascenseur pour aller récupérer les bacs (jusqu'à 30 kilos) dans les rayonnages avant de les acheminer vers la station de préparation de commandes ou de gestion des stocks.

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Par ailleurs, l'algorithme de gestion des flux et de la flotte des robots optimise en permanence la mission de chaque machine de sorte à réduire le temps des missions ainsi que leur consommation électrique. Une première mondiale qui a séduit, d'emblée, Cdiscount.

«Si nos clients augmentent leur activité, on peut leur rajouter des robots ou du stockage. Tandis que ce qu'ils peuvent trouver classiquement sur le marché sont des choses beaucoup plus figées et dimensionnées pour les dix années à venir», fait valoir Romain Moulin, le PDG, transfuge de BA Systèmes et de General Electric Healthcare, comme son cofondateur Renaud Heitz, expert en intelligence artificielle (IA).

De fait, la logistique rattrape son retard en matière d'IA.

«Elle commence à s'immiscer partout ! Dans chaque robot autonome ainsi que dans les logiciels de gestion de flotte de robots,constate ainsi Patrick Bellart de FM Logistic.Nous la testons également pour faire du prédictif, planifier les volumes de marchandises à préparer ou à transporter. Cependant, pour l'heure, les résultats ne sont pas aussi bons qu'escomptés, car nous ne sommes pas en prise directe avec l'achat du client final.»

Généralisation de la blockchain

Autre révolution en cours, la blockchain, cette technologie qui sous-tend les monnaies cryptographiques comme le bitcoin, tisse sa toile. En tout cas, telle est l'ambition de la startup parisienne Ownest.

«Au départ, il s'agit de responsabiliser les acteurs de votresupply chainen traçant les actifs en temps réel», indique Clément Bergé-Lefranc, cofondateur et président de cette jeune société - elle a été créée l'année dernière -, qui a décroché Carrefour comme premier client. L'enseigne doit gérer chaque jour 10.000rolls-conteneursqui transitent en Île-de-France.«Au lieu de leur coller des étiquettes électroniques, on leur applique le principe de la "patate chaude" !», sourit Clément Bergé-Lefranc.

En d'autres termes, lorsqu'un chauffeur arrive dans un entrepôt pour prendre cinq rolls, le responsable d'expédition lui transfère sur son smartphone cinq « unités de responsabilité blockchain ». À son tour, en restituant à Carrefour les cinq rolls physiques, le chauffeur se débarrassera de ses cinq unités de responsabilité. Et le tour est joué.

«Chacun est en concurrence pour partager l'objectif commun de faire réussir la transaction», poursuit le jeune dirigeant qui s'appuie sur desblockchainspubliques, comme Ethereum Classic ou Litecoin, tout en restant prêt à changer de système si une meilleure technologieopen sourcearrive sur le marché.

De fait, cette architecture, qui trace non pas des produits en direct mais des responsabilités, s'annonce comme une solution prometteuse pour remplacer les EDI (échanges de données informatisés), inaccessibles auprès des PME et des TPE. Et Clément Bergé-Lefranc d'ajouter :

«Nous travaillons avec le ministère des Transports ainsi qu'avec les principales fédérations de transporteurs pour étudier la possibilité de généraliser ce type de solution.»

____

(1) Les trans-stockeurs sont des robots créés pour les systèmes de magasins automatiques et peuvent être utilisés avec des palettes, des bacs ou des cartons de petite dimension.

___

Avec sa commande gestuelle,
Siatech révolutionne le pilotage des ponts roulants

Les opérateurs chargés de commander les ponts roulants peuvent enfin dire adieu à leur encombrant boîtier de télécommande. C'est du moins ce que propose la startup française Siatech. Créé en 2016 par trois anciens étudiants d'Esigelec, une école d'ingénieurs généralistes, la TPE rouennaise de sept salariés se démarque avec son système de commande par le geste. Sa solution ComHand repose sur un boîtier porté au poignet. Le bracelet connecté communique en mode radio avec, d'un côté, un récepteur embarqué sur le pont roulant et, de l'autre, l'anneau. Il suffit d'exécuter de la main le geste voulu pour que le pont roulant avance, recule, se déplace vers la droite ou vers la gauche selon la vitesse souhaitée.

« Pour éviter le déclenchement involontaire de la commande, le système réclame que l'utilisateur appuie d'abord sur le bouton de contrôle de la bague avant d'exécuter son geste », indique Elie Peeters, directeur commercial de Siatech.

Grâce à ce système de commande intuitif qui ne pèse au total que 200 grammes, la startup sécurise les opérations de manutention de charges lourdes. En effet, les utilisateurs n'ont plus l'oeil rivé sur leur boîtier de télécommande.

Par ailleurs, la solution ComHand augmente leur productivité de 10 à 15% en pratique. Elle intéresse plusieurs applications, comme la commande des ponts roulants et des grues, des engins de levage et de manutention, sans oublier les chariots. Plusieurs expérimentations sont en cours, notamment chez Geodis et Saint-Gobain.

Erick Haehnsen

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