La logistique 4.0 à l'heure de la flexibilité
Erick Haehnsen

Un centre logistique d'Amazon en Allemagne
Reuters
Erick Haehnsen

Un centre logistique d'Amazon en Allemagne
Reuters
Face aux entrepôts « haute fréquence » des industriels ou des ténors de la grande distribution qui expédient chaque jour leurs colis ou palettes par centaines de milliers, les prestataires logistiques développent une nouvelle génération qui mise sur la flexibilité des installations. Avec des succès et des échecs.
Plutôt que d'investir dans des cathédrales logistiques figées sur dix ou vingt ans, les logisticiens s'intéressent à des solutions agiles de robotique mobile capables de se déployer selon un rythme choisi. La cadence de traitement des palettes est en effet devenue une priorité. À commencer par les opérations de chargement et de déchargement des camions.
Moyennant un investissement de 250.000 euros pour l'ensemble, décharger une remorque ne prend plus que 30 secondes au lieu de 30 minutes.
Cependant, cette solution ne convient qu'à des flux de masse et elle contraint à équiper une remorque dédiée à cette tâche.
En parallèle, FM Logistic a expérimenté le déchargement par chariot autonome ou AGV (véhicule à guidage automatique).
Hors camion, la robotique mobile reste en revanche un bon filon de l'entrepôt 4.0.
En clair, le déploiement des AGV entre en phase de croissance continue. Ainsi, les grandes concentrations sont lancées chez les acteurs historiques du chariot élévateur. Avec, d'un côté, le groupe Kion qui détient les marques Baoli (Chine), Egemin, Fenwick-Linde et Still. Et, de l'autre, Toyota Industries (Toyota Material Handling, BT, Cesab et Raymond). Entre les deux, l'allemand Witron, connu pour ses cathédrales logistiques avec ses transstockeurs automatisés (1) pour colis et palettes de grande hauteur (plus de 30 mètres), a lancé en juillet dernier son Wibot pour la préparation de commande qui dialogue avec le WMS [Warehouse Management System ou système de gestion d'entrepôts, ndlr] maison via une montre connectée. Pour leur part, BA Systèmes, un leader français du marché des AGV, et Alstef, spécialiste des systèmes de manutention automatisée pour le stockage grande hauteur et la préparation de commandes sur palettes, se sont regroupés début mars sous l'égide de Future French Champions (CDC International Capital-Qatar Investment Authority) pour créer B2A Technology, un nouveau leader français à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Sur ce créneau, SSI Schäfer les concurrence avec sa flotte d'AGV filoguidés Weasel qui transporte des bacs.
Cependant, de nouvelles startups viennent tout chambouler. À l'instar de la française Scallog. Au lieu d'envoyer un préparateur de commandes collecter les produits dans les rayonnages de l'entrepôt (man-to-goods), ce sont les étagères de stockage qui viennent à lui (goods-to-man). Filoguidés par un simple maillage de bandes adhésives collées au sol, des robots mobiles soulèvent (jusqu'à 600 kilos) l'étagère standard (jusqu'à 2,50 mètres de hauteur) et la transportent jusqu'à la station de préparation des opérations de picking, de réapprovisionnement, de réaffectation de stocks ou d'inventaire. Précision : les robots se déplacent dans une zone fermée à la circulation humaine.
Il en résulte une productivité de 450 à 600 prélèvements à l'heure, contre une moyenne de 150. De plus, cette solution permet d'économiser jusqu'à 30 % de la surface au sol.
De son côté, la startup française Exotec, créée en 2015, possède les mêmes avantages que Scallog mais ajoute une troisième dimension à sa solution goods-to-man. En effet, ses robots Skypod ne se contentent pas de se déplacer de façon autonome (c'est-à-dire sans filoguidage) et librement sur le sol de l'entrepôt. Ils fonctionnent de concert avec un système d'étagères verticales grâce auquel ils peuvent se transformer en ascenseur pour aller récupérer les bacs (jusqu'à 30 kilos) dans les rayonnages avant de les acheminer vers la station de préparation de commandes ou de gestion des stocks.
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Par ailleurs, l'algorithme de gestion des flux et de la flotte des robots optimise en permanence la mission de chaque machine de sorte à réduire le temps des missions ainsi que leur consommation électrique. Une première mondiale qui a séduit, d'emblée, Cdiscount.
De fait, la logistique rattrape son retard en matière d'IA.
Autre révolution en cours, la blockchain, cette technologie qui sous-tend les monnaies cryptographiques comme le bitcoin, tisse sa toile. En tout cas, telle est l'ambition de la startup parisienne Ownest.
En d'autres termes, lorsqu'un chauffeur arrive dans un entrepôt pour prendre cinq rolls, le responsable d'expédition lui transfère sur son smartphone cinq « unités de responsabilité blockchain ». À son tour, en restituant à Carrefour les cinq rolls physiques, le chauffeur se débarrassera de ses cinq unités de responsabilité. Et le tour est joué.
De fait, cette architecture, qui trace non pas des produits en direct mais des responsabilités, s'annonce comme une solution prometteuse pour remplacer les EDI (échanges de données informatisés), inaccessibles auprès des PME et des TPE. Et Clément Bergé-Lefranc d'ajouter :
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(1) Les trans-stockeurs sont des robots créés pour les systèmes de magasins automatiques et peuvent être utilisés avec des palettes, des bacs ou des cartons de petite dimension.
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Les opérateurs chargés de commander les ponts roulants peuvent enfin dire adieu à leur encombrant boîtier de télécommande. C'est du moins ce que propose la startup française Siatech. Créé en 2016 par trois anciens étudiants d'Esigelec, une école d'ingénieurs généralistes, la TPE rouennaise de sept salariés se démarque avec son système de commande par le geste. Sa solution ComHand repose sur un boîtier porté au poignet. Le bracelet connecté communique en mode radio avec, d'un côté, un récepteur embarqué sur le pont roulant et, de l'autre, l'anneau. Il suffit d'exécuter de la main le geste voulu pour que le pont roulant avance, recule, se déplace vers la droite ou vers la gauche selon la vitesse souhaitée.
« Pour éviter le déclenchement involontaire de la commande, le système réclame que l'utilisateur appuie d'abord sur le bouton de contrôle de la bague avant d'exécuter son geste », indique Elie Peeters, directeur commercial de Siatech.
Grâce à ce système de commande intuitif qui ne pèse au total que 200 grammes, la startup sécurise les opérations de manutention de charges lourdes. En effet, les utilisateurs n'ont plus l'oeil rivé sur leur boîtier de télécommande.
Par ailleurs, la solution ComHand augmente leur productivité de 10 à 15% en pratique. Elle intéresse plusieurs applications, comme la commande des ponts roulants et des grues, des engins de levage et de manutention, sans oublier les chariots. Plusieurs expérimentations sont en cours, notamment chez Geodis et Saint-Gobain.
Erick Haehnsen