Les "gros retards" de paiements chez les PME ont triplé en un an

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94% des dirigeants pensent que le non-respect des délais de paiement met en danger la santé des entreprises pouvant aller jusqu'au dépôt de bilan, selon l'étude.
"94% des dirigeants pensent que le non-respect des délais de paiement met en danger la santé des entreprises pouvant aller jusqu'au dépôt de bilan", selon l'étude. (Crédits : AF et JC)
Entre 2016 et 2017, la proportion de "gros retards" - supérieurs à 30 jours - a bondi de 4% à 11% pour les PME et est passée de 9% à 20% pour les grands groupes, selon une étude. Le gouvernement pourrait proposer au printemps 2018 mesures destinées à réduire ces délais, d'après le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire.

| Article publié à 09h53, mis à jour à 14h26.

La reprise met la trésorerie sous tension. Alors que l'amélioration s'est améliorée du côté des grandes entreprises, la durée moyenne des retards de paiement a explosé en 2017 pour les petites et moyennes entreprises, passant de 11,8 jours en 2016 à 14,5 jours en 2017 (+22,9%), selon une étude dévoilée mardi par le cabinet ARC, spécialisé dans le recouvrement de créances, et réalisée en septembre avec l'Ifop auprès de 359 entreprises de 50 salariés et plus.

Mais surtout, alors que les gros retards (supérieurs à 30 jours) étaient en nette baisse en 2016, ils sont fortement repartis à la hausse cette année. Ils représentent 11% du total des retards pour les PME, contre 4% en 2016, et 20% pour les grands groupes, contre 9% l'an dernier. De leur côté, les retards de 1 à 10 jours diminuent, passant de 58% en 2016 à 40% en 2017 pour les PME, et de 57% à 50% pour les grands groupes.

"Cette première phase de reprise économique est source de tensions pour la gestion de ces entreprises puisqu'elle suppose la reprise des investissements avec une trésorerie encore fragile", explique Denis Le Bossé, président du cabinet ARC, cité dans un communiqué.

Efficacité du name and shame

Il y a toutefois du mieux du côté des grandes entreprises : le délai de paiement moyen est passé à 9,6 jours contre 10,4 jours en 2016, "sans doute sous l'effet de la politique du 'name and shame'", instaurée par Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'Economie, selon Denis Le Bossé. Bercy publie désormais sur son site les noms des entreprises condamnées à des amendes conséquentes pour des retards de paiements envers leurs fournisseurs.

Autre enseignement de cette enquête : les délais de paiement entre PME prennent de l'ampleur, à 15,3 jours en moyenne. A titre de comparaison, les PME règlent leurs factures à destination des grands groupes avec 10,3 jours de retard, tandis que le retard moyen de paiement des grands groupes à l'égard des PME s'élève à 10,2 jours.

Pour réduire ces délais, 57% des entreprises jugent efficace la dématérialisation des factures. Par ailleurs, elles sont 56% à se prononcer pour la publication des amendes non plus uniquement sur le site de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) mais sur les bases d'informations légales.

Un autre levier envisageable, jugé efficace par 31% des entreprises, serait la fixation d'un délai légal maximal unique de 30 jours, sans dérogations sectorielles, pour remplacer la définition actuelle des délais qui "n'est pas lisible et crée une confusion", note Denis Le Bossé.

Des mesures bientôt proposées par le gouvernement ?

Des mesures destinées à réduire davantage les retards de paiement pourraient figurer dans la loi de transformation des entreprises prévue pour le printemps 2018, a annoncé mardi le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire lors d'un débat organisé par ARC. Au-delà de la réduction des retards de paiement dans la sphère publique, Bruno Le Maire s'est déclaré favorable à un durcissement des règles sur la publication des noms des sociétés sanctionnées, à une réduction du plafond légal des délais de paiement et une accélération du développement des factures électroniques.

"Ces trois orientations [...] peuvent parfaitement trouver leur place dans la loi sur la transformation de l'entreprise que je porterai [...] en avril prochain au Parlement", a déclaré le ministre.

Le ministre a par ailleurs souligné l'exemplarité dont doit faire preuve l'État "en matière de délais de paiement : 58 jours, c'est trop long, c'est beaucoup trop long".

D'après le baromètre, "76% des entreprises pensent que le secteur public respecte moins bien les délais de paiement que le secteur privé et 53% des PME refusent de répondre aux appels d'offre émis par le secteur public par crainte de ne pas être payées ou de subir des délais de paiement trop longs", révèle le baromètre.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 03/10/2017 à 17:45 :
Leclerc et Carrefour, font beaucoup de dégats, entre autres, ils en jouent abusivement.
a écrit le 03/10/2017 à 10:01 :
Ce qui mécaniquement a triplé la puissance des banques ce dont elles n'avaient pas besoin car déjà bien trop puissantes, on a pas fini de se faire dicter nos comportements par celles-ci c'est un fait.

"La reprise met la trésorerie sous tension."

Peut on l’appeler reprise si celle-ci est néfaste du coup ? Voir simplement irréaliste car seulement tenue à bout de bars par les banquiers trop content d'avoir leur poulain à la tête du pays.

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