"Ce que je veux faire de Vente-Privée.com"

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Dans un entretien exclusif à La Tribune, le cofondateur de Vente-privée.com souligne le potentiel du site de ventes événementielles créé il y a dix ans. En 2011, son volume d'affaires pourrait atteindre 1,1 milliard d'euros, grâce à une progression de 15% du chiffre d'affaires.

La Tribune - Jacques-Antoine Granjon, PDG de Vente-privée.com, vous aviez prévu que 2010 serait une année de consolidation. Qu'en a-t-il été ?

Jacques-Antoine Granjon - Bien sûr, le chiffre d'affaires de Vente-privée a progressé. Notre volume d'affaires s'est établi à 969 millions d'euros, soit 15 % de progression. C'est à peu près ce que nous avions prévu. Il y a deux raisons au fait que nous n'avons pas fait mieux. D'abord, après la crise, les marques ont moins fabriqué. Donc leurs stocks étaient moindres. Et les quantités qui nous ont été proposées à la vente pour désto-ckage ont été moins importantes. Il a fallu faire face à l'arrivée très agressive d'une nouvelle concurrence sur ce marché du déstockage de marques. Comme si c'était une vraie ruée vers l'or ! D'ailleurs, j'estime que ces concurrents font n'importe quoi. Ils achètent mal, cher. Et la conséquence sur leur rentabilité est cinglante.

 

- Quelle a été l'évolution de votre rentabilité ?

- Vente-privée dégage toujours une marge nette comprise entre 6 et 7 %. Et il n'y a pas un site événementiel de ventes privées qui est aussi rentable et capable de dégager un cash-flow aussi important que nos 170 millions d'euros prévus à fin juin. Or, contrairement à ce que pensent les commerçants traditionnels, vendre par Internet coûte très cher. Vente-privée emploie 1.500 personnes. La logistique, l'immobilier et les technologies de l'information coûtent. Dès lors, un site ne peut rester petit. Et aujourd'hui, ce ne sont pas les Brandalley, Bazar Chic et autres qui sont nos concurrents, mais eBay qui a racheté l'allemand Brands for Friends [pour 150 millions d'euros, Ndlr] ou Amazon qui a repris l'espagnol Buy Vip (pour 70 millions d'euros, ndlr). Bref, ce sont des leaders, de gros sites avec des moyens illimités, capables de monter des catalogues énormes.

 

- Comment analysez-vous leurs acquisitions ?

- Amazon et eBay font beaucoup dans la croissance externe. Car eBay doit se réinventer. Après son idée de génie de départ - la vente entre particuliers - le site a sécurisé le mode de paiement en reprenant Paypal, mais il a ensuite galvaudé son système pour gagner plus. Aujourd'hui, Ebay est un fourre-tout où on ne sait pas si on achète du faux ou du vrai et qui est le vendeur, un pro ou un particulier. La machine fonctionne encore car nous sommes six milliards sur la planète. Mais autour de moi, personne n'achète sur eBay !

 

- 2011, sera-t-elle une autre année de consolidation ?

- Oui, car l'Internet n'en est qu'à ses balbutiements en France. Nous n'avons que 15 ans de recul depuis la création d'Amazon par Jeff Bezzos en 1995. Après la vente de Price Minister à Rakuten et de Cashstore à eBuyClub, il y aura encore d'autres opérations. L'année devrait aussi être celle du développement des marques et des enseignes traditionnelles sur la Toile. Ils n'ont plus les craintes qu'ils avaient.

 

- Pourquoi alors sont-ils aussi mauvais ?

- Que voulez-vous, Carrefour veut encore que son client porte ses bouteilles d'eau, fasse le plein dans ses stations-service et achète dans la galerie de son hypermarché... Le patron d'Auchan dit que l'enseigne va devenir multicanal... Tout cela fait bien rire. Car les Français ont déjà changé de comportement.

 

- Et vous, que visez-vous ?

- En 2010, nous avons consolidé notre logistique, nos technologies de l'information et la production de notre catalogue numérique, c'est-à-dire les trois piliers du e-commerce. Nous avons recruté Hervé Parizot, un ancien de chez Mattel, comme directeur général. S'ouvre alors l'option de viser 1, puis 1,2, puis 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Mais en fait Vente-privée pourrait faire 10 milliards d'euros de ventes ! Car elle peut devenir la marque globale européenne incontournable. Vente-privée va attaquer tous les secteurs, y compris la billetterie de spectacles et les voyages, monter des ventes plus pérennes, pour par exemple être présente toute l'année sur le marché du vin. Et, mieux que Groupon, elle va développer la vente de coupons, à valoir chez Speedy, Go Sport ou au Club Med Gym. Il faut être le Amazon de la vente événementielle.

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Commentaires
a écrit le 01/02/2011 à 21:23 :
Je suis d'accord avec le fondateur de vente-privee.com quand il explique le modèle d'eBay appartient plus au passé qu'au futur et qu'ils n'ont pas innové depuis de nombreuses années.
Par ailleurs PriceMinister n'appartient plus aux français...
Peut être que la simplicité d'un Leboncoin.fr ou le nouveau modèle de ventes entre amis/réseaux proposé par Vente-Amis.com représentent l'avenir du secteur.
a écrit le 26/01/2011 à 11:48 :
Interview très intéressante mais terminant sur une "accroche" qui aurait méritée d'être développée.
"Il faut être le Amazon de la vente événementielle."
J'imagine que M. Granjon parlait en termes de capacités logistiques ou de produits référencés.
Mais pour le client lambda que je suis, Amazon c'est surtout des frais de ports "offerts" dès 20? d'achat et la quasi-certitude de recevoir le produit acheté dans les 48h.
Cela favorise un mode de consommation diamétralement opposé à celui prôné par vente-privée.com.
Sur ce dernier, les frais de livraison de 15? encouragent le client à constituer un panier important. L'achat effectué, celui-ci n'a plus qu'à attendre 1 bon mois avant de voir ses produits arriver chez lui.
En termes d'expérience d'achat, j'attends avec impatience que vente-privee devienne le Amazon de ... la vente privée.

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