Colisweb : "Amazon a raison, il vaut mieux réduire les délais de livraison que les prix"

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Ça roule pour la start-up lilloise Colisweb, qui a annoncé le 14 octobre avoir bouclé une levée de fonds totale de 850.000 euros.
Ça roule pour la start-up lilloise Colisweb, qui a annoncé le 14 octobre avoir bouclé une levée de fonds totale de 850.000 euros. (Crédits : DR)
La jeune pousse Colisweb a convaincu des Business Angels et BPIFrance de miser 850.000 euros sur sa promesse: faire augmenter le chiffre d'affaires des commerçants en assurant une livraison "en deux à trois heures". Un service qui s'adresse aux consommateurs ne souhaitant pas transporter eux-mêmes leurs achats ou à ceux qui les ont commandés en ligne. Rémi Lengaigne, son cofondateur, explique ce qu'il va faire de ces nouveaux fonds.

lls avaient apparemment du mal à résumer leur concept. Le principe de Colisweb tient pourtant en quelques mots : sous-traiter aux commerçants un nouveau service de livraison urbaine dans la journée. Autrement dit, gérer la logistique du si coûteux "dernier kilomètre". Et permettre ainsi aux commerçants d'utiliser leurs magasins comme des entrepôts. Ce qui, d'une part, facilite le passage à la vente en ligne pour les indépendants. D'une autre, sert de nouvel argument pour attirer des clients ou les fidéliser. D'autant plus qu'en agrégeant les stocks de leurs propres magasins, les plus grands distributeurs créent ainsi un "réseau" d'entrepôts citadins ou les vendeurs à leur poste de travail comme les clients derrière leur écran peuvent aller piocher.

Ce concept, Colisweb, start-up lilloise, l'a déjà vendu à plusieurs enseignes comme Leroy Merlin ou Guy Degrenne. Pour des "business angels" ainsi que BPIFrance, il a tout d'une mine d'or puisqu'ils ont misé en tout 850.000 euros pour le développer. Reste désormais à le prouver dans la pratique.

Rémi Lengaigne, ingénieur de formation et cofondateur de cette toute jeune entreprise née en 2013, explique comment, avec l'aide de ses parrains, il compte s'y prendre pour transformer l'essai.

La Tribune - Qui sont ces "business angels" qui se sont penchés sur votre berceau?

Rémi Lengaigne - Comme ils investissent dans d'autres entreprises, ils préfèrent rester discrets. Mais je peux dire qu'il s'agit d'acteurs nationaux du e-commerce, de spécialistes de la logistique et du web. Nous n'avions pas seulement besoin d'eux pour trouver des sources de financements mais aussi pour leur regard stratégique concernant nos projets de développements.

A quelles difficultés stratégiques étiez-vous confrontés?

Sur la politique de prix, nous avions des tarifs complexes selon la distance et le type de produits vendus. Ensuite, sur le plan de la commercialisation, ils nous ont aidé à simplifier notre discours en mettant en avant la valeur ajoutée de notre service.

Alors pouvez-vous la résumer en une phrase?

Il permet tout simplement d'augmenter le chiffre d'affaires des magasins en fidélisant les clients.

Vous ne parlez même pas de livraison!

C'est sous-entendu dans notre nom... Mais c'est vrai qu'étant moi-même ingénieur de formation, et comme nous avions 'la tête dans le guidon', nous développions davantage le "comment" que le "pourquoi".  Or, ce que nous faisons finalement, c'est de réduire les délais de livraison, qui représente un enjeu crucial pour la valeur ajoutée dans le commerce. Il s'agit de permettre aux enseignes d'acquérir des clients à un moindre coût, puisqu'il est en fait moins cher de diffuser un communiqué promettant une livraison en deux heures le soir de la Saint-valentin plutôt qu'une promotion de 15 à 20%. Cela se vérifie de plus en plus chez les géants du web. Nous partageons le message d'Amazon : désormais, il vaut peut-être mieux réduire les délais de livraison que les prix. D'ailleurs, il n'y a pas qu'Amazon, Google, eBay,etc. se lancent tous sur ce créneau.

Vous travaillez déjà avec Leroy Merlin ou Guy Degrenne. Quels nouveaux clients avez-vous convaincus?

Depuis quinze jours, Habitat, sur la place de la République à Paris. Nous organisons la livraison en deux à trois heures ou sur rendez-vous pour pouvoir faire son shopping et repartir les mains libres. Et nous étudions la possibilité de commander en magasin un produit qui n'est pas en stock et de se le faire livrer de la même manière.

Qu'allez-vous faire des 850.000 euros obtenus ?

Nous allons passer de 6 à 12 employés en un an. Nous avions ciblé des profils, certains de nos Business Angels qui connaissent bien le secteur connaissaient des candidats qu'ils n'ont pas pu recruter et qu'ils nous ont conseillé de rencontrer. C'est bien sûr nous qui avons le dernier mot.

Quels profils recherchez-vous ?

Un directeur des opération pour la partie logistique, des commerciaux pour les projets avec les enseignes, et des profils techniques pour renforcer la recherche et développement.

Un(e) "data scientist", le nouveau métier que les entreprises du e-commerce s'arrachent ?

Oui. Il nous faudrait quelqu'un pour travailler sur notre algorithme du "dernier kilomètre" qui permet de déterminer en temps réel quel sera le meilleur opérateur de livraison pour tel ou tel produit. Il faudra qu'il puisse recouper nos données avec d'autres fichiers comme ceux des transporteurs. Sa mission sera, par exemple, de se livrer à une analyse "comportementale" afin de savoir quel type de personnes seront les plus susceptibles d'être intéressées par les livraisons en deux heures pour des médicaments, des outils ou des vêtements, et à surtout à quel moment.

Plutôt un profil de sociologue ou de "matheux" ?

C'est vrai qu'il est difficile de trouver une personne qui touche un peu à tout et qui soit capable de faire le tri. Il faut un statisticien, un mathématicien qui ait aussi une vision psychologique, comportementale.

Où trouve-t-on un tel "mouton à cinq pattes" ?

Il n'existe aucun endroit spécifique, mais nous échangeons beaucoup avec des laboratoires de recherche comme l'Inria. D'ailleurs, il est possible que nous fassions appel à des doctorants à nouveau, nous n'avons pas encore vraiment fixé la façon dont nous opèrerons ce recrutement.

A propos de recherche, vous avez bénéficié d'une aide de BPIFrance...

Oui, ils nous ont apporté moins de la moitié des 850.000 euros levés pour notre projet sur l'optimisation du "dernier kilomètre" sur lequel nous travaillons depuis deux ans. Maintenant, nous voulons aller plus loin.

Prévoyez-vous un développement à l'étranger ?

Oui vers fin 2015 début 2016, en commençant en Europe, par la Belgique voisine,  l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Dans les pays où certaines enseignes partenaires sont déjà implantées.

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a écrit le 19/10/2014 à 22:30 :
félicitations à ces jeunes hommes pour avoir vendu quelque chose qui existe depuis la nuit des temps: le métier de commissionnaire de transport (que je suis aussi) Où est l'invention? à part l'utilisation d'internet je ne vois pas la révolution ... encore un de ces trucs d'investisseurs, venez me voir, je fais plusieurs milliers de livraisons par mois rien qu'avec mon fax, mon email et mes téléphones portables ... comme tous les coursiers, les miens livrent dans l'heure ou dans les 2h ... mais encore une fois félicitations et bon vent
a écrit le 17/10/2014 à 16:32 :
Mouais...qui est pressé de se faire livrer...?
Le temps de livraison me paraît être un fantasme d'e-commerçant. En tant que consommateur, à par le jambon (que je ne commande pas sur internet), je peux attendre 24 ou 48h. Tout ce que je veux c'est que ce soit clair dès le départ et que je sois informé du l'avancement du traitement de la commande.
Et puis c'est tout!

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