Fermeture de Take Eat Easy : l'amertume des coursiers

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Les ex-coursiers font face à une perte sèche de revenus et cherchent à s'organiser pour continuer à gagner de l'argent.
Les ex-coursiers font face à une perte sèche de revenus et cherchent à s'organiser pour continuer à gagner de l'argent. (Crédits : Reuters)
La startup belge de livraison de repas est en redressement judiciaire depuis mardi et n'assure plus les courses. Les anciens livreurs dénoncent une communication mensongère et s'inquiètent des conséquences financières.

Raphaël, étudiant en droit à Bordeaux et ex-coursier de Take Eat Easy, ne cache pas sa déception, au téléphone. "Ce qu'on a mal digéré, c'est que jusqu'au dernier moment on nous a rassuré, on nous a dit que l'entreprise n'était pas prête de fermer". Et pourtant, l'aventure de la startup fondée à Bruxelles s'est brutalement arrêtée mardi.

Lire : Take Eat Easy raccroche ses vélos

Comme tous les autres livreurs à vélo, Raphaël n'a été prévenu que le jour de l'arrêt de l'application et de l'annonce du redressement judiciaire. Pour ajouter à cette amertume - partagée par les restaurateurs - plusieurs livreurs de Take Eat Easy ont confié à La Tribune qu'ils n'avaient toujours pas été payés pour la première quinzaine de juillet - l'entreprise versait normalement les rémunérations tous les quinze jours.

L'excuse des fêtes nationales

C'est là que le bât blesse encore plus, comme l'explique Guillaume, un coursier de Lyon. "Normalement on devait être payé aux alentours du 17 ou 18 juillet, mais on a reçu un mail pour nous expliquer que le paiement aurait lieu la dernière semaine de juillet".

Le message d'explication (ci-dessous) envoyé par la "Team Coursiers" , dont nous avons obtenu une copie, précise que "l'édition des factures a pris un peu plus de temps que prévu suite à la fête nationale le 14 juillet en France et la banque avec laquelle nous travaillons en Belgique a pris un peu de retard à cause de la fête nationale belge ce jeudi 21 juillet".

mail take eat eazy

Take Eat Easy a-t-elle cherché à gagner du temps à tout prix, quitte à mentir sur la capacité à payer ses coursiers ? La startup, contactée par mail, ne nous avait pas encore répondu au moment de l'écriture de l'article, mais dans une note publiée sur Médium, Adrien Roose, cofondateur de la société, expliquait mardi qu'après le retrait d'un investisseur potentiel fin juin - vraisemblablement GeoPoste, filiale de La Poste - il avait "pendant les huit dernières semaines (...) désespérément tenté de trouver des solutions pour continuer à fonctionner."

En outre, mardi soir, les coursiers ont reçu un nouveau mail, reproduit ci-dessous, et assurant qu'ils allaient recevoir "dès que possible les coordonnées du mandataire qui va s'occuper du dossier" pour lancer la procédure de recouvrement d'impayés. Take Eat Easy assure même avoir contacté ses concurrents (Foodora, Deliveroo) et livre les contacts à ses anciens livreurs "pour être reçu plus rapidement que les autres candidats".

take eat easy message

Perte de revenus et concurrence

Les ex-coursiers doivent en effet faire face à une perte sèche de revenus et cherchent à s'organiser pour continuer à gagner de l'argent. "En juillet, j'avais gagné 1200 euros et comme je devais travailler jusqu'au 31 juillet, je serais sûrement arrivé à 1400 euros" affirme Guillaume, qui s'est déjà tourné vers la concurrence : "Je vais signer des contrats avec Foodora et Deliveroo, le fait d'avoir été coursier avant facilite les choses."

Concernant un éventuel recours judiciaire, il se dit prêt "à aller aux prud'hommes" pour obtenir sa rémunération. D'autres, comme Raphaël, sont plus désabusés : "Je ne sais pas ce que je suis prêt à faire, on ne sait pas vraiment quel recourt on a."

Peu d'espoir de récupérer de l'argent

Selon Laetitia Ternisien, avocate au cabinet Jeantet spécialisée dans le droit du travail, les chances de récupérer les sommes dues sont minces:

"En tant qu'auto-entrepreneurs, à la différence des salariés, ils n'ont pas de statut protecteur ou spécifique. Ils sont considérés comme des créanciers antérieurs à la procédure et vont devoir déclarer leur créance, et même si je ne connais pas spécifiquement la situation de l'entreprise, la probabilité de voir les créances payées est très incertaine." explique-t-elle.

Un autre moyen serait de voir leurs contrats requalifiés en CDI, ce que trois livreurs d'une autre société tentent de faire devant les prud'hommes de Paris. Mais là aussi, "on est sur des délais de procédures beaucoup plus long", qui se comptent parfois en années, assure Laetitia Ternisien.

Pour éviter une répétition de ce scénario à l'avenir, l'avocate préconise une réflexion sur les auto-entrepreneurs : "Ce qui serait utile, ce serait peut être de créer une protection supplémentaire pour eux, car ils sont de plus en plus nombreux et peuvent se retrouver du jour au lendemain sans rien."

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Commentaires
a écrit le 27/07/2016 à 15:34 :
Je confirme travaillant pour un restaurant partenaire de take it esay que les factures de juin et juillet correspondant aux repas préparés par nos soins et payés par les clients ont été encaissé par takeitesay et ne sont à ce jour par payés. Notre jeune restaurant ne va peut être pas survivre à cet impayé...car pour ceux qui n'ont pas compris le système, takeitesay encaissait la totalité de l addition et nous reversait notre part après soustraction de leur commission. Cela équivaut pour nous a une centaine de clients qui seraient partis sans payés sur une durée de presque deux mois. On est à la limite du vol organisé.
a écrit le 27/07/2016 à 15:26 :
Pour finir avec humour! Peut-être qu'ils livraient trop de tord-boyaux ??

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