Les low-cost obligent les tour-opérateurs à se réinventer

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La montée en puissance des compagnies à bas coûts sur les destinations moyen-courriers a chamboulé le modèle des voyagistes français. Les destinations long-courriers sont épargnées.

« En se développant sur des destinations loisirs, les compagnies low-cost sont entrées en concurrence avec les transporteurs charter et ont fait voler en éclats le modèle des tour-operateurs » : En ces quelques mots prononcés cette semaine au colloque French Connect, Zemourda Aissaoui, directrice commerciale de l'aéroport de Marseille a résumé l'équation extrêmement compliquée à laquelle sont confrontés les tour-opérateurs (voyagistes) traditionnels français. « Je suis inquiet pour les tour-opérateurs. Depuis mon arrivée dans le secteur en 1998 (chez Lastminute.com , ndlr), je n'ai vu que des morts, pas de naissances », confirme Denis Philipon, directeur général de Voyage Privé, l'agence de voyages haut de gamme sur Internet en pleine ascension. Les mauvais résultats des poids lourds du secteur, TUI (la maison-mère de Nouvelles Frontières), Thomas Cook ou encore Fram semblent lui donner raison.

Le client fabrique son voyage tout seul

L'arrivée des compagnies low-cost a en effet bouleversé le marché moyen-courrier. En proposant des billets d'avions à des prix attractifs, elles ont poussé les consommateurs à composer eux-mêmes leurs voyages. Ces derniers ont pu acheter en parallèle leurs hébergements et court-circuité ainsi les tour-opérateurs. Sans pour autant y gagner à tous les coups; le gain obtenu sur le prix du billet d'avions étant parfois contrebalancé par une chambre d'hôtel plus chère car le client ne pouvait bénéficier des tarifs négociés des grands tour-opérateurs.

Le Maroc est le meilleur exemple de cette nouvelle donne. La mise en place en 2008 d'un accord de ciel ouvert entre l'Europe et le Maroc qui a libéralisé les services aériens (n'importe quelle compagnie peut assurer la route de son choix entre l'Europe et le Maroc, avec la fréquence de vols qu'il souhaite), les compagnies à bas coûts se sont ruées sur cette destination très prisées, notamment des Français. « Il est difficile de maintenir le poids de tour-opérateurs au Maroc, confirme Patrice Caradec, président du groupe Transat en France, propriétaire de Look Voyages et de Vacances  Transat France.

Les tour opérateurs résistent encore sur une quinzaine de destinations

Les Français sont toujours aussi nombreux au Maroc, mais les résultats des tour-opérateurs diminuent considérablement depuis trois ou quatre ans ». Le problème est d'autant plus compliqué pour les tour-opérateurs que les compagnies à bas coûts n'ont, jusqu'ici, pas souhaité travaillé avec les voyagistes, puisqu'ils parvenaient à remplir leurs vols sans eux.
Pour autant, Patrice Caradec récuse l'idée d'un horizon bouché pour les voyagistes sur le moyen-courrier. « Palma, la Croatie, la Bulgarie, la Sicile, la Sardaigne... il y a 15 destinations où les tour-opérateurs ont plus de 80% du marché. Arrêtons de dire qu'il n'y a pas d'avenir sur le moyen-courrier ». Reste que les destinations encore vierges d'offre low-cost risquent de se réduire comme peau de chagrin avec la montée en puissance des compagnies à bas prix.

Le salut sur le long-courrier

Aussi plusieurs observateurs estiment que l'avenir des tour-opérateurs se situe sur les destinations long-courriers, dépourvues de concurrence low-cost. Bien qu'il se fasse l'avocat des tour-opérateurs sur le moyen-courrier, Patrice Caradec en est convaincu : « Il y a un vrai avenir sur le long-courrier pour les tour-opérateurs pionniers (en termes de choix de destinations, ndlr) et qui savent prendre des risques ». Il prêche pour sa paroisse : Transat est le voyagiste qui, il y a quelques années, a lancé la République dominicaine (en étant le premier à affréter un avion) et Cancun et qui, aujourd'hui, refait le même coup avec la Jamaïque. Ces destinations long-courriers sont des destinations d'hiver. Et ce marché n'en est qu'à son début, selon Laurent Magnin, PDG de la compagnie aérienne XL Airways. Pour les compagnies aériennes travaillant avec les voyagistes, les difficultés des tour-opérateurs sur le moyen-courrier, pour la plupart des destinations d'été, les obligent à se trouver, l'été, des destinations long-courriers dites régulières comme les Etats-Unis ou le Canada.
 

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Commentaires
a écrit le 24/03/2012 à 7:31 :
Avoir plus de 80% du marché sur la Bulgarie, wouahh, c'est sûr que çà prouve la résistance des TO face aux low-cost.
a écrit le 24/03/2012 à 7:15 :
Très bonne analyse de la problématique des TO. C'est vrai que prendre une lcc pour l'aérien puis réserver seul son hébergement n'est pas tout le temps n'est pas plus cher au final que de prendre un forfait chez un TO. A offre hôtelière égale. Après tout dépend de ce qu'on recherche comme hébergement. Le self-packaging permet d'avoir accès à des offres d'hébergement attractives non proposées par les TO, qui sont moins chères même au plein tarif.
a écrit le 24/03/2012 à 1:37 :
Et une de plus: "en ai convaincu"

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