Comment le numérique révolutionne la production romanesque

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Anna Todd auteur de After.
Anna Todd auteur de "After". (Crédits : DR)
Fyctia est la première plateforme de concours d'écriture avec publication pour les gagnants. Elle sera lancée fin juin, et préfigure un nouveau modèle économique de l'édition numérique, sur le modèle de quelques énormes succès récents.

« Avec le numérique, on peut inventer un nouveau modèle économique de l'édition, faire émerger de nouveaux auteurs et de nouveaux éditeurs. »

Hugues de Saint-Vincent, le patron de Hugo & Cie, en a en tout cas pris le pari. Et ses récents résultats ne lui donnent pas forcément tort. En 2014, Hugo & Cie affichait 22 millions de chiffre d'affaires.

En 2015, ce sera 35 millions. Beautiful Bastards, un de ses succès de l'année dernière, d'abord publié en numérique aux États-Unis, s'est arraché à 1,3 million d'exemplaires papier en France. Avec After, dont les cinq tomes sont sortis début 2015, c'est déjà 900.000 exemplaires papier et 150.000 exemplaires numériques vendus.

L'étonnant est qu'After a été écrit avec deux pouces sur un iPhone par Anna Todd, une jeune Américaine qui s'ennuyait au fond du Texas à attendre son mari militaire.

Les chapitres ont été mis en ligne au fur et à mesure

Wattpad, un site canadien, a publié. Wattpad est un gigantesque club de lecture où des millions de jeunes filles lisent et commentent ce que publient d'autres jeunes filles. Le phénomène est surprenant, car non seulement ces livres sont lus gratuitement mais en plus ils se vendent en numérique comme sur papier.

Les lecteurs et les acheteurs sont jeunes et tous multiconnectés. Anna Todd, comme Guillaume Musso ou Marc Lévy, réalise entre 18 et 20 % de ses ventes en numérique. Mieux : Anna Todd, comme Musso ou Lévy, est lue par des gens qui dévorent une centaine de titres par an.

Il y a donc là un marché qui est en train de naître, avec un nouveau mode de production. Un marché très identifié, car, avec le numérique, un éditeur connaît tous les lecteurs. Il peut les suivre, leur parler, les mettre en réseau, travailler avec eux. Hugues de Saint-Vincent a donc proposé à une bande de jeunes, du même âge que les auteurs et les lecteurs, de créer une application et un réseau social.

Cela s'appelle Fyctia et cela débarque fin juin

Arthur, Jérémy et Lucie sortent des bonnes écoles, ESCP ou Celsa, et ont fait leurs premières armes dans des startups que les plus de 25 ans peuvent avoir du mal à identifier : Youscribe et Youboox, diffusion en flux continu de livres numériques, StoryLab, éditeur de livres uniquement numériques ou WeLoveWords, une plateforme Web d'écriture.

Fyctia est une plateforme de concours d'écriture gratuite. Et ceux qui gagneront seront édités. En numérique et sur papier, en France et à l'étranger. Le concours s'organise autour de différents thèmes comme « New Romance » (le nom qu'a donné Hugues de Saint-Vincent au genre de livres d'Anna Todd et que reprennent maintenant les grandes surfaces pour leurs têtes de gondole), polar ou d'autres, comme « Young Adults » (le nom sous lequel l'édition mondiale et les distributeurs regroupent les Game of Thrones, Divergente...).

Les trois petits jeunes de Fyctia espèrent 500.000 membres sur leur réseau d'ici au mois de novembre. Certains aiment écrire, d'autres donner leur avis.

Les concurrents seront conseillés par des auteurs maison. La règle est la suivante : chacun écrit son histoire, chapitre par chapitre, et tout est soumis au vote du réseau. Plus un chapitre sera « liké », plus l'auteur aura de chances de continuer.

Les lecteurs vont fabriquer les auteurs et les éditeurs suivront. On est bien sûr très loin du comité de lecture de la collection Blanche de Gallimard, mais, sur le fond, cela ressemble à la fois à un gigantesque atelier d'écriture participatif et à la tradition feuilletonesque de la littérature française.

Dumas et Dostoïevski auraient peut-être écrit leurs feuilletons sur Fyctia.

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Commentaires
a écrit le 24/06/2015 à 10:23 :
La bonne nouvelle c'est que nos ados lisent, la mauvaise c'est la qualité de leurs lectures ... Musso, Lévy comme modèles, bof hormis pour les comptes en banque !

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