Fusion entre American Airlines et US Airways : l’incompréhensible opposition d’Obama

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Washington a déposé plainte contre le projet de fusion des deux compagnies aériennes car il est susceptible de nuire aux consommateurs. L'administration américaine avait pourtant validé les rapprochements de tous les transporteurs concurrents en 2008 et 2010.

C'est un incroyable coup de tonnerre dans le ciel américain et mondial. Contrairement à la Commission européenne qui a donné son accord la semaine dernière, Washington a décidé de s'opposer à la fusion entre American Airlines (toujours en redressement judiciaire) et US Airways, laquelle devait donner naissance à la première compagnie aérienne mondiale. "Cette fusion se traduirait par une hausse des tarifs aériens pour les consommateurs pour un moindre service", explique le communiqué du département américain de la Justice (DoJ) qui ajoute que la plainte vise à "maintenir la concurrence dans l'industrie aérienne". Une plainte à laquelle se sont associés six Etats américains, dont l'Arizona et le Texas a été déposée dans le District de Columbia, par le gouvernement fédéral.  "Le transport aérien est vital pour des millions de consommateurs américains qui volent régulièrement pour le travail ou pour le plaisir", a commenté le ministre de la Justice Eric Holder. "Si la fusion se réalisait, même une petite augmentation dans le prix des billets, des bagages enregistrés ou des changements de vols se traduirait par des millions de dollars de pénalités pour les consommateurs américains", a renchéri Bill Baer, un responsable de la division antitrust du DoJ.

 Les fusions Delta-Northwest en 2008 et United-Continental (2010) ont été validées

Complètement inattendue, l'annonce du DoJ a provoqué l'effondrement du cours de Bourse de US Airways (-6% à l'ouverture à Wall Street). La décision du DoJ a de quoi surprendre. Les Etats-Unis ont déjà validé ces dernières années plusieurs rapprochements (Delta-Northwest en avril 2008, United-Continental en juin 2010) qui ont tous donné naissance à des mastodontes quasiment de la même taille que celui qui devait naître de la fusion American-US Airways. En 2012, les deux compagnies pesaient 38,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires à peine plus que United (37,15 milliards) et Delta (36,7 milliards). Selon des chiffres de l'association internationale du trafic aérien (Iata) de novembre dernier, le couple American-US Airways possède 5% des capacités mondiales en sièges kilomètres offerts, devant United (4,8%), Delta (4,6%). En outre, Washington a également donné son feu vert en 2011 au rachat de la compagnie à bas coûts Air Tran par Southwest Airlines.

Le dernier volet de la consolidation du ciel américain

 Cette fusion ne fait qu'aligner American et US Airways au niveau de ses concurrentes américaines. En outre, si les Démocrates sont traditionnellement hostiles à ces rapprochements (c'est pour cela que Delta et Northwest voulaient à tout prix fusionner avant les présidentielles de 2008), ils ont tout de même validé la fusion entre United et Continental en 2010. La fusion American-US-Airways constituait le dernier volet de la consolidation du ciel européen.

Les tarifs s'envolent

Quant à l'argument sur les tarifs, le DoJ semble se réveiller bien tard. La consolidation du ciel américain a déjà eu pour conséquence d'augmenter les prix. C'est d'ailleurs pour cette raison que la santé des compagnies américaines s'est améliorée depuis 2009 après avoir perdu près de 58 milliards de dollars entre 2001 et 2008. La baisse de capacité liée à ces regroupements et à la cherté du prix du baril a permis aux compagnies américaines d'optimiser au maximum le remplissage de leurs avions. Les coefficients ont ainsi atteint des niveaux record, entraînant une hausse de la recette unitaire après des années de baisse structurelle.

Pour l'ancien directeur général d'American Airways, Robert Crandall, il s'agit "d'une nouvelle erreur du gouvernement", selon les termes d'un courriel adressé à Reuters.

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a écrit le 15/08/2013 à 2:54 :
Le secteur des compagnies aériennes est structurellement déficitaire, depuis 1 siècle, seules arrivent à le cacher les compagnies en pleine croissance quand elles s'endettent en achetant 20 50 100 avions.
Mais bon il y a aussi bien d'autres sociétés dans d'autres secteurs qui n'auront jamais dégagé un seul bénéfice( le fondateur arrive souvent à vendre ou aller en bourse quand la croissance s'essouffle et montre l'état des comptes), mais pas un secteur entier; croitre ou dévoiler le pot aux roses.
a écrit le 14/08/2013 à 10:36 :
Les arguments du Department of Justice sont fallacieux. En quoi c'est le problème de AAmerican et de US Air si 80% du trafic sera dans les mains de 4 transporteurs aprés la fusion? à ce moment là il ne fallait surtout pas autoriser la fusion United-Continental ni le rachat de Northwest par Delta! Je n' aime pas AAmerican mais pourquoi les discriminer et précipiter leur perte? s'ils ne sont pas fusionnés avec US Air c'est sans espoir pour eux et du coup ça crée un boulevard pour la New United (United+Continental). C est peut être fait exprés en même temps.....
a écrit le 14/08/2013 à 10:02 :
Washington, est certainement plus clairvoyant que la commission européenne, qui a donné son accord, pour cette fusion, nous avons l'expérience, de ce genre d'opération qui se traduit inévitablement par une hausse des tarifs, il faut être vraiment naïf ou incompétent pour ne rien voir venir, dans le cas de la commission européenne l'Europe n'en est pas à sa première boulette, et ce ne sera pas la dernière c'est sûrement pour ça que ça marche si bien!!!!!!!!
a écrit le 14/08/2013 à 9:55 :
En quoi Obama s'est-il opposé à cette fusion. C'est le DOJ qui s'y opopose et l'article ne fait, contrairement à son titre, aucune mention de l'implication personnelle du président dans l'affaire.
Réponse de le 14/08/2013 à 10:38 :
Je suis d'accord. Mais le journaliste a peut être été clairvoyant: comme Bush avait soutenu AAmerican en son temps, peut être que Obama soutient la firme de Chicago (United) et veut mettre des batons dans les roues des Texans de Dallas (AA). Obama est un Chicago boy et il ne s'en est jamais caché.
Réponse de le 14/08/2013 à 11:10 :
Très bien vu.
Réponse de le 14/08/2013 à 11:59 :
@TAMbrasil : en même temps, l'article mentionne que l'état du Texas s'est joint à la plainte contre ... AA !!! Les texans se tireraient-ils une balle dans le pied ???
Réponse de le 14/08/2013 à 13:11 :
@Lyon69: Oui c'est vrai, ça m' a surpris aussi....maintenant le Texas c'est grand: Houston est l' ancien siège de Continental et l' aéroport IAH est dorénavant dominé par la New United basé à Chicago. Dallas (AA) versus Houston, c 'est celui qui lobbiera le plus qui aura raison......
a écrit le 14/08/2013 à 9:24 :
Alors là, c'est du grand n'importe quoi. Mais que veut le gouvernement américain? Des dizaines de milliers d'employés d'American Airlines à la rue? La compagnie n'a d'autre salut que le rapprochement avec US Airways, qui a un super PDG. Plus qu'une solution, c'est une chance. Les compagnies aériennes américaines ont beaucoup souffert ces dernières années mais elles ont fait un gros travail pour s'en sortir, contrairement à la plupart de nos compagnies aériennes européennes qui continuent à souffrir de leur coûts de structure. Incompréhensible.
a écrit le 14/08/2013 à 9:12 :
fabrice, je crois qu'il y a une typo dans l'article:"La fusion American-US-Airways constituait le volet de la consolidation du ciel européen."
Réponse de le 14/08/2013 à 11:09 :
Merci Phil, il manquait le mot "volet". J'en suis désolé. Bonne journée à vous.
a écrit le 13/08/2013 à 19:04 :
François, Jean Marc et Arneaud sortez de ce corps!

Enfin quoi, il faut être socialo pour avoir une mentalité pareille ...
Réponse de le 14/08/2013 à 10:39 :
C'est ce que de nombreux américains pensent. Obama est un socialiste.
Néanmoins si Hollande pouvait être de la même veine qu'Obama, il deviendrait certainement plus énergiques à réformer l'Etat et bien plus charismatique...
Le socialisme à la Obama ferait hurler la classe politique française et nous autres les chers administrés au libéralisme sauvage. Merci Jul, grâce à vous j'ai délire quelques instants.

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