Autolib : Anne Hidalgo peut-elle sortir du bourbier ?

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Autolib réclame plus de 46 millions d'euros aux communes participant à ce service. Un montant jugé excessif par la Ville de Paris.
Autolib réclame plus de 46 millions d'euros aux communes participant à ce service. Un montant jugé excessif par la Ville de Paris. (Crédits : DR)
Le célèbre service d'auto-partage 100% électrique exploité par le groupe Bolloré affiche d'importantes pertes que les collectivités locales doivent en partie prendre en charge. Jugeant ces pertes excessives, la maire de Paris veut revoir le modèle économique et songe même à la solution dite du free floating, c'est-à-dire sans stations. En réalité, ses marges de manœuvre sont extrêmement étroites...

Anne Hidalgo n'avait pas besoin de cela... Après le fiasco du lancement du Velib nouvelle génération, les ratés de Streeteo, voilà que la maire de Paris doit gérer ce qui ressemble à un accident industriel majeur : Autolib, un marqueur du mandat de son prédécesseur, Bertrand Delanoé, et pilier de sa politique d'alternative à la voiture individuelle, véritable trame des deux mandats de la maire.

Un succès pour Bolloré, un échec pour Paris ?

C'est dans une interview aux Échos qu'Anne Hidalgo a annoncé qu'elle réfléchissait à se passer d'Autolib. Était-ce une façon de calmer les ardeurs de Bolloré qui réclame près de 46 millions au syndicat gestionnaire du réseau Autolib ? Ou simplement reconnaître qu'Autolib est, au pire un échec, au mieux, inadapté aux besoins de mobilités des Parisiens, ou du moins pas dans la configuration financière qui avait été conclue avec Bolloré en 2010.

Il faut reconnaître que Bolloré a joué un coup de maître avec Autolib. Il a réussi une percée dans les voitures électriques que personne n'avait vu arriver. Le contrat de la ville de Paris lui a permis de se tailler une légitimité dans l'univers de l'électromobilité à une heure où cette thématique était moquée par les grands constructeurs automobiles mondiaux. Autolib a permis au milliardaire français de remporter plusieurs contrats d'auto-partage en France, mais aussi aux États-Unis à Indianapolis, Los Angeles, et bientôt à Singapour.

Mais à Paris, les choses ne se passent pas comme cela devrait. Certes, avec 155.000 abonnés, le service fait beaucoup mieux que le point d'équilibre financier qui avait été établi à 80.000 inscrits. Un succès conséquent ! Sauf que le taux d'utilisation des Autolib n'est pas satisfaisant. Celui-ci a baissé de 15% en quelques années.

Des coûts qui s'envolent

Très vite, le service va coûter de plus en plus cher à gérer. Le groupe Bolloré doit investir dans les stations de recharge (50.000 euros), mais la facture monte très vite pour approvisionner les stations qui sont désertées en proche banlieue. Des camions entiers doivent les déplacer. Autolib va jusqu'à proposer la gratuité des trajets de Paris à banlieue...

"Le déficit était prévu et même chiffré, nous nous sommes contractuellement engagés à prendre en charge jusqu'à 60 millions d'euros de déficits sur la totalité du contrat, ce qui est conséquent", nous explique-t-on chez Autolib.

"Autolib est pris en tenaille entre deux logiques, une logique de délégation de service public, que nous avons toujours assumé, et une logique financière qui consiste à supporter d'importants déficits. Aujourd'hui, sur les 1.100 stations que nous exploitons, nous en avons 200 qui sont structurellement déficitaires, et en vertu de notre délégation de service public, nous sommes contraints de les maintenir, d'où la nécessité d'une contribution des collectivités locales", poursuit le porte-parole d'Autolib.

D'après lui, le cahier des charges d'Autolib s'est alourdi puisque le service était configuré pour 45 communes, mais en passant à 100 communes, le service est sorti des centres-ville densément peuplés. À cela, il fallait ajouter l'obligation d'ouvrir les bornes aux voitures électriques privées. "C'est près d'un millier de places disponibles en moins pour nos voitures", rappelle-t-on chez Autolib.

Une offre inadaptée

Mais au-delà du coût, c'est la qualité du service qui est pointée du doigt. « le problème principal c'est la qualité de service alors qu'on s'attendait à ce que cette solution s'adresse à une clientèle plutôt premium », explique Olivier Bonin, chercheur au laboratoire Ville Mobilité Transport qui associe plusieurs centres de recherche, dont l'IFSTTAR et l'école des Ponts.

En réalité, le paysage des mobilités a énormément évolué ces dernières années. La généralisation des smartphones, des innovations liées aux communautés et à l'économie partagée a totalement rebattu les cartes. Mais c'est notamment l'arrivée des VTC qui a bousculé le modèle Autolib. « Il y a une compétition très claire avec les VTC qui sont à peine plus chers », souligne Olivier Bonin de l'Ifsttar.

"La région parisienne est passée de moins de 1.000 VTC à la signature du contrat Autolib à près de 40.000", souligne-t-on chez Autolib.

L'écart de qualité de service entre un trajet VTC et un trajet Autolib peut parfois être criant. Dans le premier cas, la voiture est entretenue, accompagnée, en principe, d'une bouteille d'eau et de quelques bonbons, il n'y a pas de bornes de recharge à chercher, de câbles à brancher... À l'inverse, Autolib est plus complexe, et l'état des véhicules fait l'objet de nombreuses dégradations.

La solution du free floating

Ainsi, Autolib se retrouve avec des coûts fixes élevés et n'est pas parvenu à tirer son activité par un usage plus fréquent... D'où l'idée d'Anne Hidalgo de regarder un tout autre modèle baptisé le free floating. L'idée est de poser une flotte de voitures à partager, mais sans infrastructures de stationnement. Cette solution est celle privilégiée par les constructeurs automobiles, non sans succès. BMW et Daimler ont été pionniers avec respectivement DriveNow et Car2Go, deux solutions qu'ils ont récemment décidé de fusionner. Le premier dispose ainsi d'une flotte de voitures à partager dans environ 30 villes. Avec 6.000 voitures, il permet à un million de personnes d'accéder à la mobilité véhiculée sans être propriétaire d'un véhicule. Free2Move, la filiale de PSA, revendique également un gros succès à Madrid où emov a enregistré 100.000 abonnés en quelques mois seulement après son lancement (décembre 2016). Ces acteurs ne sont pour le moment pas présents à Paris. Seul Renault dispose d'une offre d'auto-partage baptisée Renault Mobility.

Paris, un terrain de jeu complexe ?

Mais pour Olivier Bonin, ce n'est pas si simple... « La solution du Free Floating est complexe... Elle ne résout pas la question du stationnement ni celle du rééquilibrage du parc », rappelle le chercheur. Il faudra sans doute prévoir une logistique afin de répartir les véhicules sur le territoire, ce qui implique un chauffeur par voiture... Soit autant que pour des courses VTC !

« De plus, les villes ont tendance à préférer des technologies décarbonnées, elles ne pourront donc pas se passer de l'infrastructure de recharge », ajoute Olivier Bonin. Autrement dit, la ville de Paris pourrait voir ses marges de manœuvre réduites...

« La question se pose de savoir si Paris est le terrain idéal pour une solution d'auto-partage: c'est une ville très dense, mais avec un réseau de transport en commun exceptionnel », conclut Olivier Bonin.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2018 à 10:52 :
DriveNow et Renault Mobility : deux concepts qui fonctionnent très bien ailleurs en Europe.
La clientele "premium" visée préfèrerait-elle rouler écologique dans de jolies voitures propres comme les bmw et renault proposées et non pas dans les autos tamponnantes moches et sales proposées par auto´lib ? Tiens donc ...
a écrit le 11/06/2018 à 10:11 :
Avec quelques tests psycho-techniques beaucoup de politiques seraient toujours inscrits à pôle emploi
a écrit le 11/06/2018 à 8:53 :
Si les parisiens ne sont pas douchés contre les errances de la gestion socialiste c'est que vraiment ils sont indécrottables !
a écrit le 11/06/2018 à 8:01 :
Encore une fois, l'incompétence des politiques est mise en lumière en ce qui concerne leur capacité à négocier convenablement des contrats. D'autre part, Autolib n'est plus ou n'est pas une start-up et enfin oui, si les centres villes ne sont pas pollués par la voiture, le bilan carbone est juste catastrophique en raison du choix technique retenu pour les batteries, qui est tout sauf écologique (maintient continu en charge pour ne pas que les batteries refroidissent). Essayez d'aller au fond des choses...
a écrit le 09/06/2018 à 15:44 :
Pour se sortir du bourbier, il faut tout simplement qu'Hidalgo sorte de la mairie de Paris.
a écrit le 09/06/2018 à 13:59 :
C'est Hidalgo qui crée le bourbier. 46 millions sont peu de chose pour Paris et n'ont rien d'extravagant. Mais Hidalgo bloque la re-configuration de la start-up Autolib qui doit continuer à développer son marché en se basant sur sa propre courbe d'expérience. L'idéologie bureaucratique et l'esprit start-up sont vraiment incompatibles.
a écrit le 09/06/2018 à 9:07 :
Pour refléter autre chose que tous les autres commentaires poujadistes, Autolib’ est un service remarquable. Je l’utilise toutes les semaines. Ça permet se balader le WE à Paris ou en banlieue et évite d’acheter une voiture et donc de prendre une place de stationnement par foyer. En plus c’est électrique donc ça ne pollue pas les centres-villes.
a écrit le 08/06/2018 à 21:56 :
Hidalgo, c'est le règne du concept tendance, peu importe qu'il soit cher, déconnecté de la réalité du terrain et condamné à gaspiller l'argent du contribuable faute de viabilité.
Mais bon, critiquer un tel concept , c'est s'opposer au progrès.
a écrit le 08/06/2018 à 18:48 :
Encore des illusions perdues aux frais du "con-tribuable".
a écrit le 08/06/2018 à 16:59 :
Auto Lib et Vélib sont des solutions idéologiques très marxistes dans l' approche (propriété privé = vol) qui ne pouvaient que séduire les bobos/écolos/gauchos de la mairie de Paris.
Le problème c'est que le marxisme a échoué partout sauf dans les grandes démocraties de cuba et du Vénézuela. Sans doute un idéal pour Mme hidalgo.
Allez vous à Amsterdam, tout le monde à son propre vélo, l entretient et s' en sert.
a écrit le 08/06/2018 à 16:17 :
Les machins de bobos qui coûtent une blinde et qui sont inutiles....😂😎
a écrit le 08/06/2018 à 13:14 :
Autolib ou pas, se déplacer en voiture à Paris est une galère alors autant se faire conduire par un chauffeur...ou prendre le métro.
Le jour où le pilotage automatique sera opérationnel, Autolib s'imposera à condition que le civisme des citoyens s'améliore: les dégradations sur les biens publics ne sont pas assez sanctionnées et génèrent des frais de maintenance énorme . Mais bon Paris ne s'est pas fait en un jour....
a écrit le 08/06/2018 à 12:42 :
J'ai eu dernierement lors d'un passage a Paris le plaisir d'accompagner un pote dans une de ces voitures. Une poubelle roulante. Papiers, canettes de biere vides, megots et j'en oublie. On comprend que les usagers evitent de se salir.
Le deficit sera a la charge des parisiens. Ils connaissent la musique.
a écrit le 08/06/2018 à 9:26 :
Le dogmatisme et le jusqu'au boutisme ont fait de Anne Hidalgo une personne qui ne réfléchit plus et ne prend plus de recul comme devrait le faire un Maire. Qui a répondu à la question A t on besoin de Autolib? L'investissement pourrait etre transformé par des bons de taxi et cela couterait moins cher à la collectivité. L'electrique n'est pas une solution immédiate à cause des bornes de recharge et Paris est un problème avec le stationnement. Alors mettons les 60 millions de déficit dans des bons de taxi et VTC et arretons ce délire. Liberons les places de stationnement que prennent les aulob dans Paris pour venir à nouveau de la banlieue le soir manger dans Paris.
Réponse de le 08/06/2018 à 14:10 :
@jean luc
mais bien sur !!!!et comme je l'ai déjà dit,ce système de partage des moyens de circulation, vélos et autos, est une chimère.Cela ne peut fonctionner que dans un pays ou le comportement et la mentalité des utilisateurs est citoyenne et responsable. C’est loin d’être le cas dans notre pays en pleine décadence.
Réponse de le 08/06/2018 à 15:13 :
Vous pensez comme elle finalement!
Réponse de le 08/06/2018 à 15:31 :
Eh Gringo, vous avez lu ce que j'ai écrit?
Réponse de le 15/06/2018 à 16:17 :
Euh... vous savez lire ?
l'article explique justement qu'Anne Hidalgo hérite d'une situation.
Ceci dit, il faut aussi prendre en compte qu'un marché public est un contrat qu'il faut honorer ou dénoncer. Donc il faut de bons arguments pour cela.

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