Dans un contexte post-Brexit qui impacte toujours le trafic transmanche, Getlink a vu son activité et sa rentabilité portées par son activité de transporteur d'électricité. Au point de signer des résultats jamais atteints auparavant. Pourtant, cette manne pourrait bien se tarir quelque peu cette année après avoir bénéficié des tarifs élevés de l'énergie.A l'occasion de l'annonce des résultats annuels 2023 de Getlink (Eurotunnel), son directeur général Yann Leriche affiche une satisfaction certaine. « Nos résultats sont records », déclare-t-il ainsi sans ambages ce jeudi. Et pour cause, son groupe progresse fortement sur quasiment tous ses grands indicateurs de performances, dont un résultat net en hausse de 30 % à 326 millions d'euros. Et cela, il le doit en grande partie à la montée en puissance d'Eleclink, sa branche de transport d'électricité lancée en 2022. Portée par les prix de l'énergie, elle a offert un véritable relais de croissance face aux fluctuations de l'activité de transport de fret et de passagers. Pour autant, son importance devrait se réduire en 2024 avec la normalisation du marché de l'énergie.
Avec 558 millions d'euros, Eleclink a représenté près du tiers des revenus du groupe l'an dernier. Ce qui permet à Getlink d'afficher un chiffre d'affaires de plus 1,8 milliard d'euros, « jamais atteint par notre groupe auparavant » comme le souligne Yann Leriche, son directeur général. Il efface ainsi largement la marque, déjà record, établie en 2022. Et le dirigeant peut se montrer encore plus satisfait du niveau de rentabilité affiché par cette activité. Si Getlink affiche un Ebitda (bénéfices avant intérêts, impôts et dépréciation et amortissement) record de 979 millions d'euros (+11 % par rapport à 2022), c'est en grande partie grâce à Eleclink (à hauteur de 40 % précisément).
Les passagers et le fret sur des pentes inverses
Eurotunnel reste tout de même la part principale de l'activité de Getlink. Mais Yann Leriche reconnaît des « variations assez disparates » sur les différents segments de trafic qui transitent par le tunnel. A l'image de l'ensemble du monde de la logistique, le trafic de camions via les navettes « LeShuttle » est en recul assez marqué (-17 % par rapport à 2022). Yann Leriche y voit surtout la conséquence d'un mix énergétique défavorable, avec une électricité moins compétitive face au fioul lourd des navires, provoquant des écarts de prix en sa défaveur. Et il dénonce aussi le dumping social pratiqué par deux opérateurs de ferries - sans les citer - avec des salaires 60 % inférieurs aux minimas français et britanniques. Le patron de Getlink se félicite tout de même de rester leader, avec plus d'un tiers des parts de marché.