Ce qu'il faut savoir sur le nouveau Velib' parisien version Smoove

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Le remplacement du mobilier de JCDecaux, confié à des entreprises du BTP se fera en tuilage à partir du mois d'octobre. Concrètement, cela signifie qu'une borne Vélib' sur deux sera remplacée par une borne Smoove à partir d'octobre.
Le remplacement du mobilier de JCDecaux, confié à des entreprises du BTP se fera "en tuilage" à partir du mois d'octobre. Concrètement, cela signifie qu'une borne Vélib' sur deux sera remplacée par une borne Smoove à partir d'octobre. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Hausse des tarifs, augmentation de la capacité des stations... La Tribune fait le point sur les nouveaux Vélib' qui seront déployés dans la capitale à la fin de l'année.

Article publié le 11 mai à 17h25 et actualisé le 12 mai à 16h50

Les Parisiens devront faire preuve d'encore un peu de patience avant de pouvoir découvrir les nouveaux Vélib'. Le contrat d'une durée de 15 ans remporté par le consortium Smoovengo, qui regroupe la société Smoove, le groupe de services automobiles Mobivia (Norauto, Midas), l'Espagnol Moventia et le spécialiste des parkings Indigo débutera en effet le 1er janvier 2018. D'ici là, La Tribune fait le point sur ce qu'il faut savoir à propos de ces nouveaux vélos, qui étaient jusqu'alors ceux du géant JCDecaux.

Pour rappel, le tribunal administratif de Paris a confirmé le 4 mai l'attribution du marché des Vélib' à Smoovengo, rejetant un recours en référé de JCDecaux. Mais l'entreprise a immédiatement riposté en indiquant qu'elle allait "saisir le Conseil d'Etat".

Pourquoi Smoovengo plutôt que JCDecaux ?

Si l'offre du consortium Smoovengo a été retenue face à celle de JCDecaux-RATP-SNCF c'est pour plusieurs raisons.

Des vélos plus légers et connectés. Smoove a notamment confirmé mercredi lors d'une conférence de presse que les vélos seront plus légers que les actuels (20 kilos contre 22). Ensuite, ils seront connectés via smartphone, ce dernier pouvant même être rechargé sur prise USB dans le cas des Vélib' à assistance électrique qui représenteront 30% du parc. Tout pourra donc se faire par smartphone, sans utiliser la borne, qui pourra cependant servir aux usagers non équipés de smartphone.

Moins de vandalisme. Grâce à un système antivol présenté comme plus solide, Smoove pense limiter le vandalisme à 15% par an selon son PDG Laurent Mercat. Pour la seule année 2014, 44% du parc Velib' avait été vandalisé, soit plus de 8.000 vélos, rapportait l'an passé Challenges, signalant que le coût estimé avoisinerait les 5 millions d'euros - JCDecaux refuse de donner un chiffre précis mais reconnaissant que le problème coûte cher.

Plus de problèmes pour déposer son Vélib'. Enfin et surtout, Smoove permet de doubler les capacités des stations grâce à un boîtier innovant qui reconnaît automatiquement l'utilisateur lorsque celui-ci souhaite déposer son vélo dans une station déjà pleine, où son vélo est considéré comme rendu. Le boitier permet d'actionner une "fourche-cadenas", un antivol intégré dans le cintre du vélo, qui le sécurise et qui permet à l'usager de l'attacher au vélo d'à côté ou à un point fixe. L'entreprise apporte ainsi une petite révolution technologique et une réponse concrète à la problématique rencontrée quotidiennement par les usagers du Vélib' à Paris. Un rapport d'audit du contrat Vélib' par l'inspection générale de la Mairie de Paris publié en février 2016 mettait en évidence cette insatisfaction. En effet, l'appréciation des places disponibles pour déposer un vélo et leur disponibilité en station ne recueillent respectivement que 56% et 54% d'avis satisfaits.

Des stations éphémères. Il sera également possible de créer des stations éphémères, pour des événements ponctuels, comme des festivals culturels, a ajouté Marie-Pierre de la Gontrie, la présidente du syndicat mixte Autolib' et Vélib' Métropole.

"Nous sommes partis des besoins pour créer un produit", a expliqué Laurent Mercat. Au passage, l'entrepreneur a tenu à rappeler que Smoove n'est plus la petite startup de Montpellier que l'on croit : "Nous avons 9 ans, employons une quarantaine de personnes et faisons 9 millions de chiffre d'affaires."

Une douce transition hivernale "en tuilage"

Ensuite, il faut savoir que la transition se fera en douceur, a assuré la présidente du syndicat mixte Autolib' et Vélib' Métropole. Car Vélib', ce sont tout de même quelque 20.000 vélos et 300.000 abonnés. Difficile de changer de système en une nuit, comme cela peut être le cas pour la mise en place d'une nouvelle signalétique pour une ligne de bus suite à un changement de trajet par exemple. Ainsi, le remplacement du mobilier, confié à des entreprises du BTP se fera "en tuilage" à partir du mois d'octobre. Concrètement, cela signifie qu'une borne Vélib' sur deux sera remplacée par une borne Smoove. Il faudra certes marcher 600 mètres entre deux bornes, au lieu de 300, mais comme ce sera l'hiver, cela ne devrait pas être trop pénalisant, a estimé Marie-Pierre de la Gontrie.

Sur ce point, les protagonistes ont précisé que Smoove ne reprend rien du mobilier précédent pour des questions de sécurité. Le mobilier et les vélos sont la propriété de JCDecaux, qui doit donc laisser la place à son successeur comme Smoove devra le faire dans 15 ans au terme du marché que l'entreprise vient de remporter dans le cas où elle ne remporterait pas le futur appel d'offre ou ne se représenterait pas. Cependant, tout ne va pas partir au recyclage étant donné que JCDecaux a d'autres marchés que Paris en France...

Que vont devenir les actuels Vélib' ?

JCDecaux confirme à La Tribune en effet travailler avec plusieurs entreprises de recyclage:

"Comme elles le font déjà, elles doivent se charger, par exemple, de fondre les cadres en acier tordus ou voilés des cycles, les protège-guidons en plastique afin d'en enclencher le recyclage".

Mais dans un premier temps, les bornes et les bornettes seront stockés dans des entrepôts de la société en attente de reconditionnement. Concernant les vélos, JCDecaux va prochainement déterminer où ils seront précisément stockés.

L'entreprise pourra également  proposer les bornes et bornettes reconditionnés à neuf aux villes dont il remportera les prochains appels d'offres, que ce soit en France ou à l'étranger dès lors que les cahiers des charges autoriseront cette option. Car pour que ce matériel soit réinstallé, il faut que les contrats prévoient la possibilité d'accepter du matériel "remis à neuf" a précisé JCDecaux à La Tribune.

Par ailleurs, les abonnements longue durée actuels seront honorés jusqu'à leur terme aux mêmes conditions, mais les cautions et autorisations de prélèvement devront être à nouveau effectués avec le nouvel opérateur.

Concernant l'autre volet sensible de cette transition, le devenir des 315 salariés de Cyclocity, filiale de JCDecaux, Yann Marteil, directeur général délégué de Mobivia, a assuré qu'il n'était pas prévu "de fonctionner avec moins de gens" dans le nouveau service. Il a également rappelé que le reclassement des salariés semblait a priori envisagé.

"Vu la situation du sortant (JCDecaux) qui dans son marché actuel n'est pas que sur du vélo mais a d'autres enjeux, notamment de publicité, et vu l'extension du périmètre, on n'a aucune raison à ce stade d'imaginer que ça puisse générer des problèmes sociaux, à partir du moment où les deux côtés ont envie que ça se passe bien."


Une probable hausse des tarifs

Par ailleurs, "il est très probable que la tarification augmente, et à titre personnel ça me semble tout à fait normal", a déclaré Laurent Mercat, PDG de Smoove. Pour l'heure, rien n'est tranché. Ce sera au syndicat mixte, qui regroupe Paris et une centaine de communes partenaires, de fixer les tarifs du nouveau service, a souligné pour sa part sa présidente Marie-Pierre de la Gontrie, lors de la même intervention. Pour cela, un vote est prévu à l'automne.

La présidente du syndicat a cependant reconnu que le prix de l'abonnement "Vélib' Classique", 29 euros par an pour 30 minutes gratuites par jour, "n'a pas grand chose à voir avec le réel" des équilibres économiques, même si les frais acquittés par les usagers ne couvrent que 40% du budget de fonctionnement du système, le solde revenant aux collectivités. Cela revient en effet à 2,40 euros par mois pour 30 minutes gratuites, soit à peine plus que le prix d'un ticket de métro...

Néanmoins, "nous n'avons aucune envie d'augmenter le tarif de manière importante, c'est un service public, on est très attachés au succès de Vélib', et quel serait notre intérêt de perdre des abonnés? Tout cela milite pour que nous ayons un tarif vélo mécanique qui soit très peu coûteux", a-t-elle assuré. Car bien entendu, le prix de l'abonnement permettant d'utiliser un vélo à assistance électrique sera plus onéreux.

Plusieurs formules pourront être proposées, tout en conservant le principe de gratuité des 30 premières minutes. Par exemple, une offre "liberté" a été suggérée par Smoovengo avec un abonnement à zéro euro pour favoriser l'accès au service des usagers ponctuels. Les offres courte durée seront maintenues et améliorées avec des tickets à l'unité, des pass journaliers et la vente de carnets de 10 tickets. Quant aux stations "bonus V+", habituellement situées en hauteur, elles seront conservées et continueront de faire gagner des minutes de location supplémentaires aux usagers.

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