Ce que prévoit Air France pour faire du long-courrier moins cher

 |   |  940  mots
(Crédits : © Marcus Donner / Reuters)
Air France va "suspendre" le développement de Transavia en Europe cher à l'ancien PDG Alexandre de Juniac. Une nouvelle compagnie, filiale d'Air France, va être créée pour la desserte des lignes long-courriers composées d'un mix de clientèles affaires et loisirs, sur lesquelles Air France perd de l'argent, mais aussi pour ouvrir de nouvelles lignes. Cette compagnie aura aussi une activité court et moyen-courrier.

Article actualisé à 8h46

Arrêt du développement de Transavia, l'entité low-cost du groupe, en Europe ; création d'une nouvelle compagnie, filiale d'Air France, disposant de coûts allégés par rapport à Air France, positionnée sur des lignes long-courriers mi-business/mi-loisirs sur lesquelles les recettes ne sont pas suffisantes pour être rentabilisées par Air France, mais aussi sur le moyen-courrier pour contribuer à alimenter le hub de Roissy : ce sont, selon nos informations, deux propositions qui figurent dans le projet stratégique dévoilé ce mercredi au conseil d'administration d'Air France-KLM et d'Air France par le nouveau PDG du groupe, Jean-Marc Janaillac. Ce projet sera présenté ce jeudi au comité central d'entreprise (CCE) d'Air France, puis à la presse en début d'après-midi.

Suspension du développement de Transavia en Europe

Si le projet comporte de nombreux points communs avec celui présenté il y a deux ans par l'ancien PDG Alexandre de Juniac (notamment sur la partie des efforts à faire à Air France), l'arrêt du développement de Transavia en Europe marque en revanche une vraie rupture. Alexandre de Juniac en avait fait un axe majeur de sa stratégie pour pouvoir rattraper le temps perdu face aux colosses du secteur, comme Ryanair ou Easyjet. En 2014, il comptait investir un milliard d'euros au cours des 5 prochaines années pour financer ce développement et a avait indiqué l'hypothèse d'une nouvelle tranche d'un milliard au cours des 5 années suivantes.

Ce dossier, qui avait amplifié la mobilisation des pilotes lors de la grève de septembre 2014, s'était concrétisé par l'ouverture, par Transavia Holland, d'une base à Munich en mai dernier. Aujourd'hui, vu l'ampleur des investissements nécessaires, le groupe n'a pas les moyens de ses ambitions et préfère concentrer Transavia dans la défense des marchés nationaux du groupe, la France et les Pays-Bas. En France, la compagnie va continuer de desservir l'Europe au départ d'Orly et de certaines villes de province et envisage aussi des vols intérieurs au départ d'Orly.

Dès son arrivée, Jean-Marc Janaillac avait fait part à des proches de ses doutes sur la poursuite d'un tel développement. Air France avait pris un tel retard dans la riposte à mener face aux low-cost court-courrier, qu'il ne souhaitait pas passer à côté d'une riposte à l'arrivée des low-cost long-courrier.

Nouvelle compagnie

Le projet de créer une autre compagnie au sein d'Air France, dont la marque sera dérivée de celle d'Air France, vise à maintenir une présence sur un réseau de lignes long-courrier de la compagnie tricolore menacées de fermeture à terme, mais aussi à d'ouvrir de nouvelles lignes. Cette nouvelle compagnie, dont le nom ne sera pas annoncé ce jeudi, n'est pas présentée comme une low-cost. Son produit sera un produit Air France sans première classe et avec une classe affaires disposant d'un siège convertible en lit. Mais il y aura plus de sièges par rangée.

Elle utiliserait des pilotes d'Air France inscrits volontaires (mais qui voleront avec des règles spécifiques, une assistance au sol Air France et des hôtesses et stewards travaillant avec des règles spécifiques qu'il faudra négocier. L'idée est d'utiliser à terme des Airbus A350 neufs, dont les premiers exemplaires sont prévus à partir de 2019. D'ici là, il est prévu d'utiliser les A340. Pour autant, la direction a de la marge. Elle envisage de lancer cette nouvelle compagnie pour la saison été 2018. Cette compagnie devrait représenter 10% de l'offre long-courrier du groupe d'ici à 2020. Elle possèdera 10 appareils à cet horizon.

Par ailleurs, Jean-Marc Janaillac propose que cette "new co" assure également l'alimentation du hub de Roissy. Lancée à l'hiver 2017, elle devrait représenter 20% de l'activité d'ici à 2020. De fait, il n'y aura plus à Roissy que les marques Air France et celle de cette nouvelle compagnie. HOP ne sera plus présente. En revanche à Orly, ne seront présentes que HOP Air France et Transavia.

Au final, Air France-KLM entend transporter 100 millions de passagers d'ici à 2020, contre 91 millions aujourd'hui.

Feuille blanche

Partir d'une feuille blanche comme l'a fait le groupe Dubreuil avec French Blue constitue, a priori, le meilleur gage de réussite. Cela permet notamment de mettre en place des process très simples grâce à l'intégration dans les fondations de la compagnie des nouvelles technologies et, sur le plan social, de débuter une activité sans l'historique d'un mille-feuille d'accords d'entreprise en vigueur à Air France. Une solution efficace à condition de ne pas dupliquer les conditions de travail et de rémunération en vigueur à Air France.

Reste à voir l'attitude des syndicats, notamment des pilotes. Interrogé vendredi, un membre du bureau Air France du SNPL pointait notamment  la nécessité d'avoir un contrat Air France unique à tous les pilotes. Ce qui ne signifie pas, soulignait-il, qu'il n'y ait pas des règles d'utilisation différentes. Dans le schéma retenu, les pilotes devraient certes voler plus mais aussi gagner plus, comme c'est le cas à Transavia. Pour les PNC, il existe une possibilité d'acceptation de leur part, dans la mesure où, à partir de l'an prochain, ils pourraient se retrouver en sous-effectif à Air France.

Ce sera la tâche de la nouvelle direction d'Air France. Ce mercredi soir, Air France-KLM a confirmé la nomination de Franck Terner comme directeur général d'Air France et celle du PDG d'Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, comme président de la compagnie française. La méthode est cruciale aux yeux de Jean-Marc Janaillac. Ce jeudi, en CCE, il devrait à nouveau insister sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un plan imposé mais d'un projet.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/11/2016 à 9:25 :
Toujours plus bas, alors que la devise d'Air France devrait être toujours plus haut !

Et d'après les dires, c'est bien la qualité de son service qui pêche, mais pire encore, il y a un énarque aux commandes, cerise, encore un de la promotion Voltaire... Je me demande si Singapore Airlines, compagnie aérienne d'un état sans gaz ni pétrole de 5,6 millions d'habitants, 3e au classement Skytrax 2016, emploie des énarques ?

Ensuite, il y a une politique de production de carburant à mener, faire du kérosène avec des pneus et des huiles recyclés, en y ajoutant peut être du sucre, de la moutarde, où de l'isobutène...

Je ne sais pas, ce que je sais, c'est qu'il y a toujours une autoroute à coté d'un aéroport international, et mettre une usine à pneus sur l'autoroute, pneus produit avec le caoutchouc synthétique des déchets de la biomasse locale, et donc en vente directe aux consommateurs !

Et il y a toujours une grosse ville et des consommateurs à coté d'un aéroport international, d'où de vieux pneus à recycler, mais avec en plus des besoins en eau, une eau potable qui peut être turbinée le long de son parcours, pour avoir une électricité propre et pas cher pour recycler les pneus qui vont servir à produire un kérosène à un prix ultra-compétitif, même si le baril est à 30$ !

Enfin il y a les destinations, inventer de nouvelles routes, et à partir des aéroports de province, pas que de Roissy, Hub infâme, où les gens se cognent leurs grosses valises et leurs petits enfants sur des trajets d'une longueur abominable, certainement encore une marque de l'hubris de nos très chers énarques.

Je pense que si Air France n'est pas compétitif au Qatar, il l'est au Costa Rica et à Sydney, une fois de plus il y a un gros problème de centralisme étatique, un manque total de démocratie, où les aéroports ne peuvent pas décider de leurs offres, et où l'état impose des passe-droits pour les gros clients d'Airbus, là où il devrait dire aux autres états, vous voulez pénétrer l'espace aérien français, vous êtes une compagnie américaine ? Non ! Alors vous survolez uniquement avec des Airbus tant que vous ne serez pas constructeur d'avions, de même que seules les compagnies nationales de chaque pays devraient être autorisées à se poser en France avec réciprocité pour Air France, même politique pour la nationalité des équipages.

Parce que, enrichir des compagnies étrangères en ruinant la nôtre, compagnies qui un jour finiront par acheter des avions chinois au détriment d'Airbus, c'est juste débile et suicidaire !
a écrit le 03/11/2016 à 8:52 :
Nous attendons la suite. En attendant, que ce soit au niveau personnel et/ou professionnel, nous évitons au maximum de prendre Air France (et de passer par Paris). Pas assez fiable pour le prix. Et, lorsque nous voyageons, il nous faut arriver à destination dans les temps et sans inquiétude d'une nouvelle grève.

Nous n'avons pas les moyens de perdre des contrats, nous !

Reste que c'est essentiellement le personnel navigant qui pose problème chez Air France, qui bloque, plombe la Cie. Il faut donc effectivement, (re)partir sur de nouvelles bases.

En attendant, le contrat de confiance avec Air France n'est plus là.
a écrit le 03/11/2016 à 8:49 :
Adieu Air France, adieu STX, adieu Alstom, adieu toute notre industrie. Le problème n'est pas uniquement lié à la gestion d'Air France. Il dépend de l'imputation des charges sociales sur la gestion des entreprises. Il faut basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. C'est cela ou la faillite!
a écrit le 03/11/2016 à 8:16 :
Encore le hub de Roissy...décidément la France traine la centralisation comme un boulet, sans compter que les aéroports de province ne peuvent négocier certaines destinations . A l'époque de la création des bases province, tous les efforts ont-ils été fait pour que cela fonctionne? A titre personnel, je ne pense pas.
a écrit le 03/11/2016 à 7:31 :
L'idée de faire une nouvelle compagnie avec un mix d'une clientèle d'affaire et de loisir me semble pas forcement très révolutionnaire.
Je crois savoir que d'autres compagnie offre la même chose avec une nettement meilleur qualité et à meilleur prix.
Peut-être l'idée est plutôt de créer une compagnie parallelle avant que AF fasse faillite.
a écrit le 03/11/2016 à 5:38 :
1ère et unique mesure : s'aligner sur les standards de la concurrence . Un point c'est tout ... Salaires , temps de travail etc... Le reste ce ne sont que des palabres ... Le tourisme chute , air France va aussi voire sa fréquentation baissée ...donc , au boulot
Réponse de le 03/11/2016 à 10:53 :
Vous oubliez l'essentiel, c'est à dire les charges sociales imputées dans la gestion des entreprises, donc soumises à la concurrence internationale. Il faut basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique pour réduire les prix et favoriser la concurrence internationale, et en même temps sauver Ait France. Merci.
a écrit le 03/11/2016 à 4:50 :
Creer un nouveau paradigme et une nouvelle compagnie, avec les personnels syndiques planques derriere ! Vous n'y pensez pas. Jamais cela ne fonctionnera.
a écrit le 03/11/2016 à 1:19 :
Cette " compagnie " est trop affaiblie en fonds propres, trop handicapée par les exigences de son personnel, discréditée auprès de ses clients, pour survivre. Article déjà dépassé, relevant du non-évènement.
a écrit le 03/11/2016 à 1:07 :
J'adore la photo d'illustration de cet article qui montre un Airbus A319. Si c'est avec ce modèle qu'Air France ambitionne de faire du long courrier, notre compagnie nationale risque de ne pas aller très loin ...
Réponse de le 03/11/2016 à 6:56 :
@long-courrier avec A319
Bonjour et merci pour votre remarque. Voici un B777! Désolé nous n'avons pas d"A340 en stock. Bonne journée
La Tribune
Réponse de le 03/11/2016 à 11:48 :
+1
Au vue des contenus des articles de ce monsieur la précision n'est pas son fort .
J'aime la réaction inepte.
Réponse de le 16/11/2016 à 18:03 :
En fait, si vous aviez bien lu l'article, cette nouvelle Cie ambitionne de faire aussi du moyen courrier en airbus; la photo n'était donc pas trompeuse....
a écrit le 02/11/2016 à 23:07 :
Comment dire..je suis trés sceptique.
Le jour où on apprend que Easyjet se développe fortement en France, transavia est stoppée. Comment dire, logique avec le Snpl qui freine tout. La capitalisation d'AF est trop faible pour se développer.
Une nouvelle filiale long courrier ? Aucune chance face à Norwegian, XL airways, blue...

Je largue en affert mes actions AF et prends une position short af via https://www.produitsdebourse.bnpparibas.fr/produits/details/air-france-klm-turbo-put/frbnpp005i17.
Turbo Put AIR FRANCE KLM effet de levier 22,43 . Prix d'exercice 5,20. L'action cote à 5,43. 100 000 euro placé sur la baisse, il faut que ca descende sous 5,20.
Réponse de le 03/11/2016 à 1:15 :
Cette stratégie a marché pour Air Canada avec la mise en place de Air Canada Rouge et des contrats de travail unique pour les pilotes avec un nombre d'heures plus importants pour ceux travaillant sur AC Rouge.

Au contraire, ce projet est plus réaliste et moins coûteux que Transavia Europe.

De plus le syndicat des pilotes n'est pas contre, juste pour s'opposer à tout ce que fait la direction. La direction précédente a aussi crée un climat de défiance responsable de la dégradation du climat social chez AF. Sans compter que les politiciens ont aussi mis leur grain de sel que ce soit à l'époque de Sarkozy ou de Hollande à des fins électorales.

Maintenant que le climat semble s'apaiser, c'est le moment de rebondir.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :