Comment les logisticiens adaptent leurs flux et leurs stocks à la crise sanitaire

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(Crédits : Reuters)
Deux semaines après le début du confinement, les professionnels des containers et des entrepôts doivent jongler entre l'explosion du e-commerce et des mesures exceptionnelles pour leurs clients.

Depuis le 17 mars midi, sur décision du président de la République Emmanuel Macron, les déplacements sont réduits au strict minimum. Il est toujours possible d'effectuer des "achats de première nécessité dans des établissements dont les activités demeurent autorisées", mais depuis une semaine, ces trajets doivent durer une heure au maximum. Dans ces conditions, la filière de la logistique, déjà éprouvée par les grèves de décembre, doit répondre aux besoins croissants exprimés par les particuliers et les professionnels.

Le e-commerce bouleverse la filière

"Des activités tournent au ralenti voire à l'arrêt comme l'automobile, à la différence de l'agroalimentaire et de la pétrochimie qui tournent à plein régime" explique Catherine Rivoallon, présidente de Haropa, le groupement d'intérêt économique (GIE) constitué des ports du Havre, de Rouen et de Paris.  "Si nous constatons une baisse substantielle de l'activité, cette dernière affecte différemment les secteurs", confirme Jonathan Sebbane, directeur général de Sogaris (13 sites, 700.000 m² de patrimoine).

Avec la grande distribution, c'est le e-commerce qui tire profit du confinement, quitte à bouleverser l'organisation de ces structures privées et publiques. "Nous avons mis en place un plan de continuité d'activité pour rester opérationnels sur les trois ports, de même que nous organisons un point de situation opérationnel pour continuer à assurer le service y compris en mode dégradé", déclare Catherine Rivoallon. "Le commerce en ligne n'apparaît plus comme un supplétif mais s'ancre dans les mœurs de manière extrêmement rapide comme une disposition standard de la consommation", renchérit Jonathan Sebbane.

Pour faire face à cette demande croissante, les professionnels de l'immobilier logistique continuent d'ailleurs d'ériger des bâtiments en ce sens. "Un client d'envergure mondiale, qui lui-même s'étonne de la situation, me dit que plusieurs chantiers se poursuivent même dans les pays les plus affectés, ne serait-ce que pour répondre à la pression énorme du e-commerce à court-terme", témoigne Stéphane Illouz, avocat associé et responsable du département Droit immobilier chez Reed Smith Paris. D'autres encore, assure-t-il, "préparent la construction de nouvelles cellules afin d'anticiper les mois qui viennent, mais sans urgence."

Des "mesures exceptionnelles" pour les locataires

En attendant une reprise à la normale, les logisticiens se font également un devoir d'accompagner leurs clients dans la gestion de leurs marchandises.  "Le stockage des containers sur les terminaux et chez les clients est une difficulté lorsque les entrepôts qui ne sont pas dans l'agro-alimentaire ferment: nous devons donc assurer une rotation aussi fluide que possible des containers ainsi que leur repositionnement sur les terminaux", affirme Catherine Rivoallon d'Haropa. "Depuis deux semaines, nous nous assurons du fonctionnement de nos sites pour que nos locataires puissent continuer d'opérer", abonde Jonathan Sebbane de Sogaris.

Comme tous les propriétaires d'infrastructures, ils acceptent, eux aussi, de faire preuve de souplesse à l'égard de leurs occupants. "Nous avons décidé d'instaurer des mesures exceptionnelles, comme le report des échéances domaniales à juillet, en alignement avec le ministère de l'Economie et des Finances", dit Catherine Rivoallon. "Ayant pas mal de TPE-PME clientes, nous travaillons en bonne intelligence avec elles sur leurs difficultés de trésorerie", avance Jonathan Sebbane.

Beaucoup de ces sociétés leur ont effectivement adressé des demandes de suspension temporaire ou d'étalement des paiements des loyers, mais elles ne pourront pas nécessairement jouer la carte de la force majeure ou de l'imprévision. Ces dispositifs n'exonèrent que les dommages et intérêts liés à un retard de loyer et non le paiement du loyer qui reste dû. De même qu'il faut que les deux parties acceptent de renégocier le contrat.

"Par le passé, les crises sanitaires n'ont pas été reconnues par les tribunaux, mais dans ce cas, c'est différent, car les gens sont obligés de rester chez eux", décrypte l'avocat Stéphane Illouz. "Au regard de ces circonstances exceptionnelles, en dehors des cas prévus par la loi, il faudrait prévoir des jurisprudences selon les situations."

Une levée de fonds inattendue

Enfin, malgré ce contexte de crise, des jeunes pousses arrivent à obtenir des financements supplémentaires pour croître. C'est le cas de Boks qui a annoncé hier une levée de fonds de 1,2 million d'euros pour "poursuivre la digitalisation de son service et soutenir son plan de déploiement en France".

Son offre: l'installation de coffres connectés, protégés par un code à usage unique permettant la livraison des colis dans les parties communes des immeubles et même dans les maisons individuelles. "Un produit qui rend un vrai service tout en résolvant un problème simple", résume, auprès de La Tribune,  le cofondateur de Morning Coworking (groupe Nexity), Clément Alteresco, qui a participé au tour de table.

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