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Incroyable! Air France et les syndicats signent un accord sur les salaires

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 19 octobre 2018 à 13:07 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:24

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Après 10 mois de turbulences marqués par 15 jours de grève qui ont coûté 335 millions d'euros à la compagnie et une crise de gouvernance majeure, Air France, désormais dirigée par son nouveau patron canadien, a signé un accord salarial avec des syndicats qui représentent 76,4% des voix exprimés aux dernières élections. Ce qui permet de le valider.

C'est officiel. Comme La Tribune l'annonçait depuis jeudi matin, la direction d'Air France et un très grand nombre de syndicats représentatifs de la compagnie ont signé, ce vendredi 19 octobre, un accord sur les salaires mettant fin à 10 mois de turbulences, marqués par 15 jours de grève au premier semestre et une grave crise de gouvernance.

2% en 2018 et 2% au 1er janvier 2019

L'accord garantit une hausse des grilles salariales de 2% pour 2018 (hors avancement automatique lié à l'ancienneté, et hors augmentations individuelles) à effet rétroactif au 1er janvier 2018, suivie d'une seconde augmentation également de 2% au 1er janvier 2019. Soit 4% au total, avec la promesse d'une réunion sur les salaires en octobre 2019, après la renégociation salariale qui aura lieu chez KLM quelques mois plus tôt, en juin. L'accord comporte par ailleurs plusieurs points qui profitent aux plus bas salaires et qui ont poussé les syndicats les plus indécis à signer.

Au final, l'accord a été paraphé par la CFDT, la CFE-CGC, FO, l'UNSA, et le SPAF, le deuxième syndicat des pilotes. Il inclut également les trois syndicats représentatifs d'hôtesses et de stewards, tous rattachés à un syndicat sol (la CFE-CGC pour l'UNAC, l'UNSA pour l'UNSA PNC, et FO pour le SNPNC), mais qui font parfois des choix différents. Par exemple, l'UNSA PNC faisait partie de l'intersyndicale, l'UNSA sol, non.

Alors qu'il fallait la signature d'au moins trois syndicats de personnels au sol pour valider l'accord, quatre l'ont donc signé. Si le vote de la CFDT et de la CFE-CGC était acquis, ceux de l'UNSA et de FO l'étaient moins. L'UNSA devait composer avec sa section PNC membre de l'intersyndicale qui a mené le conflit, quand FO en était l'un des piliers. Les mesures complémentaires en faveur des plus bas salaires les ont convaincus de signer. L'augmentation de la valeur plancher à 50 euros, qui concerne 18.000 salariés, a notamment fait basculer l'UNSA.

La CGT et le SNPL n'ont pas signé

Du coup, seuls la CGT et le SNPL (le Syndicat national des pilotes de ligne) n'ont pas signé. Le premier car il réunira son bureau la semaine prochaine, le second en raison d'une divergence sur la date du versement de la deuxième tranche de 2%. Le SNPL voulait qu'elle soit avancée d'un jour, au 31 décembre 2018 et non au 1er janvier 2019. Cette anticipation permettait d'afficher une hausse de 4% en 2018, proche des 5,1% demandés par l'intersyndicale, et de laisser ouverte la question des augmentations 2019.

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Il y a en effet une ambiguïté dans l'accord dans la mesure où certains syndicats estiment que la négociation prévue en octobre prochain portera sur l'année 2019 et ceux qui pensent au contraire que l'année 2019 est réglée et qu'elle concernera l'année 2020. Si les premiers ont raison, Ben Smith aura ramené le calme à moindre coût. En tout cas, la compagnie a précisé que "la prochaine NAO (négociation annuelle obligatoire) s'établira sur la base de l'environnement économique global, de la situation du groupe Air France-KLM et de la performance économique de la compagnie".

Les pilotes négocient une augmentation complémentaire

Les pilotes vont négocier une augmentation supplémentaire de manière bilatérale avec la direction. En effet, même s'ils ne l'ont pas crié sur les toits, les pilotes ont toujours demandé une hausse de rémunération de 10,7% : +6% dans le cadre des augmentations générales, inter-catégorielles (une revendication ramenée à 5,1% par la suite) et +4,7% dans le cadre catégoriel, dans lequel les pilotes obtiendraient une hausse de rémunération en contrepartie de mesures permettant à la compagnie de faire des économies. Pour autant, si la partie inter-catégorielle passe à 4% au lieu des 6% espérés initialement, il manquera 2% dans l'enveloppe globale, sauf à augmenter de 2% la partie catégorielle pour arriver à +10,7%.

En attendant, cet accord n'est pas si éloigné de la proposition de Jean-Marc Janaillac lorsqu'il proposait une hausse de 2% en 2018 suivie d'une augmentation moyenne de 1,65% au cours des trois prochaines années. Il permet néanmoins aux syndicats de ne pas être bloqués sur trois ans et d'espérer gagner plus.

« Tout ça pour ça », déplorent ceux qui ont du mal à digérer les 335 millions d'euros perdus par la compagnie avec les 15 jours de grève.

Ben Smith, un succès éclair

La signature de cet accord serait évidemment à mettre au crédit de Benjamin Smith, le nouveau directeur général d'Air France-KLM et, de manière temporaire jusqu'au 31 décembre, d'Air France. Arrivé il y a à peine un mois, le jeune Canadien de 47 ans a fait l'unanimité auprès des syndicats et des salariés qu'il a rencontrés par son engagement, son écoute, et sa connaissance du secteur.

"En signant, c'est aussi un pari dans Ben Smith que nous voulons faire, un contrat de confiance que nous voulons passer avec lui", explique un responsable syndical qui souhaite conserver l'anonymat.

Car, au-delà de cet accord, tout le monde attend le plan de relance que va concocter Ben Smith. Sur ce point, un accord peut également avoir son importance dans le cadre des Assises du transport aérien. Il pourrait en effet inciter le gouvernement à prendre des mesures pour améliorer la compétitivité du pavillon français.

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Pour autant, Ben Smith a également profité d'une conjoncture beaucoup plus favorable que ses prédécesseurs. Les syndicats avaient bien conscience qu'ils auraient du mal à mobiliser les troupes pour relancer un nouveau conflit. Et qu'après avoir fait tomber les têtes des deux patrons d'Air France-KLM (Alexandre de Juniac, puis Jean-Marc Janaillac) et d'Air France (Frédéric Gagey et Franck Terner) en deux ans, il leur aurait été compliqué d'avoir celle de Ben Smith rapidement.

Fabrice Gliszczynski

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