Si, si, Ryanair vient défier Air France à armes égales !

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(Crédits : REGIS DUVIGNAU)
La compagnie aérienne irlandaise à bas coûts veut ouvrir quatre bases en France d'ici à 2019 pour doubler son trafic dans l'Hexagone dans les "trois ou quatre ans" à venir. Pour assurer ce développement, elle entend se plier aux règles françaises en faisant signer à ses personnels basés dans l'Hexagone des contrats de droit français. La compagnie a même pris contact avec le SNPL pour la création d'un bureau Ryanair au sein du syndicat.

L'annonce de Ryanair a de quoi alimenter la préparation du plan stratégique à 5 ans d'Air France-KLM dont la mise en place est prévue début 2019 six mois après sa présentation en juin. Elle a également de quoi couper l'herbe sous le pied des acteurs des Assises du transport aérien qui se tiendront début mars dont l'un des six thèmes de travail abordera l'épineuse question de la concurrence déloyale.

Doublement du trafic

 Car, plus de 20 ans après son arrivée sur le marché français, la compagnie low-cost irlandaise a présenté ce mercredi un projet d'une offensive d'envergure dans l'Hexagone. En annonçant ce mercredi l'ouverture de 10 nouvelles lignes au départ de Beauvais, Nantes, Marseille et Bordeaux, David O'Brien, le directeur commercial de Ryanair, a parallèlement dévoilé le projet d'ouvrir quatre bases d'exploitation en France (à partir de l'automne prochain pour la -ou les-première-s-), et de baser d'ici à deux ans une trentaine d'avions qui permettraient à Ryanair de doubler son trafic en France d'ici quatre ans, à 20 millions de passagers. Pour rappel, cette notion de base s'applique lorsque les navigants débutent et terminent leur service en France. Chose qu'ils ne peuvent faire que s'ils résident dans l'Hexagone, et que, sur le plan opérationnel, les avions "dorment" à la base.

Respect des règles sociales françaises

Le choix des bases n'a pas été tranché mais David O'Brien a néanmoins cité Beauvais, Nantes, Bordeaux, Marseille, mais pas Roissy ni Orly, tant que la réglementation sur les créneaux de décollage et d'atterrissage ne leur permettra pas d'obtenir de bons horaires. Surtout, après des années de conflit avec les organismes sociaux français (Ursaaf, Caisse des retraites des navigants...), les syndicats français (SNPL, Unac...) et les organisations patronales du transport aérien français (Scara, Fnam), Ryanair entend respecter les règles sociales françaises. La compagnie veut en effet ouvrir des bases en respectant le fameux décret français de 2006 sur le sujet qui impose que tout le personnel installé sur ces bases dispose de contrat de droit français, impliquant de facto le paiement des cotisations patronales et salariales en France. Une décision révolutionnaire pour une compagnie qui a toujours privilégié le droit irlandais pour ses personnels installés aux quatre coins de l'Europe, comme elle l'avait fait lors de la création de la base de Marseille en 2007. Pour Ryanair, en effet, la règle européenne l'emportait sur le décret français. Ce qui l'arrangeait dans la mesure où les charges irlandaises sont parmi les moins coûteuses d'Europe.

"Vu que les équipages opérant les vols Ryanair de et vers Marseille travaillaient pour une compagnie ayant son siège social en Irlande, et passant leur journée de travail dans des avions enregistrés en Irlande, ils sont considérés comme travaillant principalement en Irlande et non en France. Les équipages de Ryanair travaillaient sous contrat de travail irlandais en payant des cotisations sociales irlandaises, en conformité avec le décret européen sur les règles d'emploi et de sécurité sociale européenne", a toujours indiqué Ryanair lors de la polémique autour de la base de Marseille.

Attaquée puis condamnée pour travail dissimulée pour son refus de se plier aux règles françaises, Ryanair avait par la suite fermé cette base en 2010. Après avoir traité ce fameux décret de tous les noms d'oiseaux, la compagnie à bas coûts fait donc marche arrière. Elle n'a pas le choix si elle veut accroître ses positions en France où elle ne possède que 6% de parts de marché contre 15% en Europe.

Discussions avec le SNPL

Mieux, elle a même pris contact avec le SNPL, le syndicat national des pilotes de lignes, pour ouvrir à terme un bureau SNPL chez Ryanair. Un virage à 180° qui s'inscrit dans la reconnaissance en décembre des syndicats de pilotes pour tenter de mettre en place un dialogue social dans une entreprise où le malaise des navigants est apparu au grand jour depuis septembre.

Ryanair a tout intérêt à agir ainsi. La création d'une base constitue un fort levier de développement. Elle permet d'assurer le premier vol du matin au départ d'un aéroport et de pouvoir faire ainsi un aller-retour journée, très demandée par la clientèle affaires, un segment de marché que cible justement aujourd'hui Ryanair. Disposer d'une base d'exploitation apporte évidemment beaucoup plus d'efficacité pour une low-cost qui veut monter en puissance sur un aéroport. Easyjet en est le meilleur exemple. Depuis l'entrée en vigueur du décret en 2006, la compagnie britannique applique la règlementation française et emploie du personnel sous contrat français. Elle n'a cessé de se développer en France en créant une base à Roissy et à Lyon en (en plus de celle d'Orly ouverte avant le décret), puis Toulouse et Nice. Son modèle focalisé sur les hommes d'affaires lui permet cependant d'augmenter le prix moyen de ses billets.

Si elle concrétise, l'initiative de Ryanair serait une mauvaise nouvelle pour Air France, Transavia et HOP. Car, même dans un environnement de concurrence qui deviendrait loyale, il y a de fortes chances que Ryanair, au regard de la faiblesse de ses coûts, chamboule le marché. D'autant plus que l'offre de Ryanair en région s'ajouteraient à celles d'Easyjet, Vueling ou Volotea qui, déjà, mènent la vie très dure au groupe Air France. Un marché sur lequel souffre Hop qui va baisser ses capacités de 4% cet été, et sur lequel Transavia, bloquée par des accords avec les pilotes, n'est quasiment pas présent.

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Commentaires
a écrit le 21/01/2018 à 21:26 :
Sans une harmonisation fiscale et sociale (très improbable malheureusement) l'Union européenne ne résistera pas longtemps.
a écrit le 18/01/2018 à 17:41 :
Encore un article dans lequel Monsieur Gliszczynski s'illustre par son manque d'honnêteté intellectuelle...Outre la jubilation qu'il éprouve à raconter cette bien triste nouvelle, il omet comme d'habitude bon nombre de faits embarrassants pour Ryanair mais ne manque pas de charger une nouvelle fois les pilotes AF, notamment sur le périmètre de Transavia alors même que la limitation des 40 avions pourrait être levée si tant est que la Direction d'Air France et de Transavia aient des velléités de développer la low-cost en province...ce qui n'est pas le cas actuellement et que la flotte ne compte pour l'instant qu'une trentaine d'avions.
Pour ce qui est de Ryanair, il semble lui donner un blanc seing par qu'enfin elle va appliquer le droit français après moultes condamnations et une mise sous contrôle judiciaire par l'état français. Ce n'est pas parce que Ryanair va enfin proposer des contrats français qu'elle devient du jour au lendemain respectable. Elle se comporte encore dans bien des pays européens comme un flibustier et cela n'effacera pas l'ardoise des ces 20 dernières années pendant lesquelles elle a prospéré sur les failles d'une Europe sociale jamais réalisée, sur des vides juridiques et grâce à des placements multiples dans plusieurs paradis fiscaux.
Pour les lecteurs qui aimeraient dépasser l'"analyse "de ce journaliste, je recommande la lecture d'un dossier réalisé par l'APNA il y a quelques années.
http://www.apna.asso.fr/grands-dossiers/ryanair
Réponse de le 18/01/2018 à 18:11 :
Il faut lire l'article:RyanAir est pragmatique et change son fusil d'épaule puisque s'engage à respecter les lois françaises,engager des pilotes avec des contrats locaux.De toute façon si elle ne le fait pas ,elle ne trouvera plus de pilotes car la concurrence est rude.Je pense qu'il y a de la place en France pour tous: Transavia,Vueling,EasyJet,RyanAir etc
a écrit le 18/01/2018 à 15:48 :
Il est génial FG. Il frétille dès que Ryanair annonce des ouvertures de ligne; sans chercher à savoir s'il n'y a pas de fermetures corrélatives. Si ses bases parisiennes se développent, Beauvais risque gros. Quant à la concurrence, il faut attendre la fin pour qu'il évoque Easyjet et consorts; lesquels jouent dans la même cour.
De toutes façons, les français sont ....; eux qui permettent à Air France de remplir à 85% (en augmentation) avec une recette unitaire croissante. Ryanair a mangé son pain blanc. Pas sûr qu'ils sachent gérer en regard des contraintes que ses concurrents subissent depuis toujours. "Big mouth O'Leary" n'est pas l'égal du christ (ou équivalent).
Réponse de le 18/01/2018 à 16:34 :
Ryan Air a mangé son pain blanc ? Euh non je ne crois pas car il ya des millions d'étudiants européens qui veulent voyager partout en Europe, se moquent du confort et n'ont pas les moyens de se payer des vols de compagnies High costs donc RyanAir ne peut que croitre.
Réponse de le 18/01/2018 à 18:14 :
Si je vous suis bien : pour que Ryanair croisse il faudrait que le nombre d'étudiants croisse.... Pas sur ....
D'autre part pour que Ryanair croisse il faudrait déjà ne pas décroître. Pour ne pas décroître ,comme elle l'a fait cet automne ( plusieurs dizaines de milliers de vols annulés ) , il faudrait que ses pilotes cessent de la déserter . Certains employés évoquent " la Corée du Nord de l'aviation"... c'est probablement exagéré , bien que je fréquente peu ce pays, mais révélateur d'un système passablement à bout de souffle .

Et btw il faut parfois bien comparer les prix , si on ajoute tout les frais annexes, elle est parfois beaucoup plus chère... pour moins de confort.
Alors finalement qui est vraiment "High Cost" comme vous dites ?
a écrit le 18/01/2018 à 12:39 :
paris hong kong : 0.99
frais de dossier 299.99 euros
enregistrement du siege 299.99 euros
payement par carte : 699 euros
payement alternatif : neant
enregistrement du bagage 599 euros
vol sans bagage 399 euros
frais informatiques divers 899 euros
frais de personnel 799 euros
resiliation du contrat 25999 euros
a la fin, il vaut mieux prendre un billet ou on sait ce qu'on paye des le debut au lieu de decouvrir au fur et a mesure de l'enregistrement
a écrit le 18/01/2018 à 12:08 :
à armes égales ? les promesses n'engagent que ceux qui les croient
a écrit le 18/01/2018 à 11:41 :
C'est logique ,dès qu'il y a un marché ou les acteurs sont faibles cela ouvre la porte à des concurrents dynamiques. Air France ,si ils le peuvent,n'a qu'à s'adapter pour le plus grand bien des consommateurs.
a écrit le 18/01/2018 à 9:38 :
Il n'est pas normal que AirFrance et ses filiales ait un monopole sur Orly.
Pourquoi les passagers ne peuvent -ils choisir RyAnAir qui est le premier transporteur européen en termes de nombres de passagers,et partir ou revenir à Orly ?
Réponse de le 18/01/2018 à 12:13 :
Parce que pour l'instant Ryanair ne respecte aucune règle française.
En plus ils ne veulent pas payer les taxes de CDG ou ORY.
Ryanair fait de l'argent avec les aides des régions, non pas avec ses passagers.
Vaut-il mieux une compagnie qui crée de l'emploi en France paie ses impôts ou une compagnie qui vit de vos impôts et ne rapportent rien si ce n'est que le passager paie moins cher ???
a écrit le 18/01/2018 à 8:22 :
Avec une petite différence toutefois.
AF paie des redevances pour utiliser les aéroports quand Ryan Air se fait payer.......
Réponse de le 18/01/2018 à 9:13 :
et Ryanair se fait condamner à rembourser les aides perçues...
Réponse de le 18/01/2018 à 11:00 :
sur les aides indument acquises, Ryanair a été condamné à rembourser. Quant aux aéroports trop petits pour justifier leur existence ils sont trop heureux de pouvoir accueillir n'importe quelle compagnie, quitte à baisser les redevances ou supporter des coûts marketing. HOP!-AF peut tout à fait profiter des mêmes opportunités. Seulement, même avec les incentives et "coups de main" (parfaitement règlementés) des aéroports, la lourdeur de la structure de cette compagnie l'empêche de faire preuve de la flexibilité de programme et de marketing dont savent faire preuve les LowCost "natives".
Les pratiques que vous mentionnez, Sergio, n'ont plus vraiment cours, Ryanair a certes, jeté un pavé dans la mare à son époque, mais ce pavé était probablement nécessaire. Gageons qu'elle continuera sur sa lancée.

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