La réforme à haut risque de la SNCF est lancée pour résister à l’ouverture à la concurrence

La reforme de la sncf au conseil des ministres
Regis Duvignau

La reforme de la sncf au conseil des ministres
Regis Duvignau
Ça y est. Le coup d'envoi législatif de la réforme de la SNCF est donné. Il vise à préparer la société ferroviaire à l'ouverture de la concurrence, alors qu'elle présente des coûts de production supérieurs de 30% à ceux des entreprises ferroviaires européennes comparables. Elisabeth Borne, la ministre des Transports a présenté, ce mercredi en conseil des ministres, le projet de loi d'habilitation qui permettra de légiférer par ordonnances afin de finaliser rapidement de dossier ultra sensible.
Reprenant les directions annoncées par Edouard Philippe fin février, le texte doit être débattu à la mi-avril à l'Assemblée nationale et en mai au Sénat. L'idée du gouvernement est de poursuivre en parallèle les discussions avec les partenaires sociaux et le débat parlementaire, pour remplacer au fur et à mesure les ordonnances par des amendements législatifs, avec pour objectif l'adoption de la "loi pour un nouveau pacte ferroviaire" avant l'été. Le gouvernement a toutefois prévenu qu'il garderait sans doute les ordonnances pour les "seuls aspects techniques".
En présentant le projet de loi lors du compte rendu du conseil des ministres, Elisabeth Borne a déclaré :
Le projet de loi comprend huit articles, énumérant sur quatre pages les points à réformer. L'article 1 autorise le gouvernement à "modifier les missions, l'organisation, la gouvernance et la forme juridique" de la SNCF sans toutefois remettre en question son "caractère public". Il autorise également à modifier "le cadre de la négociation sociale d'entreprise, ainsi que les conditions de recrutement et de gestion des emplois des salariés du groupe public ferroviaire". L'exposé des motifs évoque directement "l'arrêt des recrutements au statut (de cheminot) des nouveaux agents", un point très sensible.
Le texte prévoit aussi la transposition dans la loi française du "quatrième paquet ferroviaire", l'ensemble de textes européens régissant l'arrivée de la concurrence.
Dans une interview aux Echos mercredi, Elisabeth Borne a dit en particulier ne pas vouloir attendre 2023 pour l'ouverture des TER à la concurrence, quand bien même cet aspect doit encore être discuté avec les syndicats.
Il faudra également prévoir comment transférer des salariés de la SNCF si un service de transport est attribué à un autre opérateur - "l'ordonnance définira la liste des éléments fondamentaux constitutifs du pacte social existant qui seront garantis".
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Sujet connexe à cette réforme, le transfert à l'Etat d'une partie de la dette de SNCF Réseau (environ 46 milliards d'euros) est omniprésent. Ce point est une sorte de monnaie d'échange à une amélioration de la performance interne de la SNCF. Edouard Philippe avait en effet annoncé que les efforts devaient "être partagés" et que la SNCF présenterait un plan de compétitivité.
Interrogée mercredi sur ce point, la ministre des Transports a répété ces propos du chef du gouvernement. La SNCF remettra jeudi 15 mars à Elisabeth Borne sa feuille de route pour parvenir à établir d'ici l'été un plan de transformation de l'entreprise, a-t-elle précisé.. En début d'année, sa direction déclarait qu'elle planchait sur une refonte du modèle d'exploitation du TGV qui lui permettrait de baisser ses coûts de 20 à 30%.
Les syndicats auront donc toutes les cartes en mains pour se prononcer sur le lancement ou non d'une grève dure.
À lire également
Les quatre organisations représentatives --CGT, Unsa, SUD Rail et CFDT-- ont en effet choisi d'attendre jeudi soir avant de décider ou pas d'un tel mouvement. Personne ne doute d'une grève reconductible.