Qatar Airways menace de quitter Oneworld et de créer sa propre alliance mondiale

 |   |  923  mots
Akbar al Baker dirige Qatar Airways depuis 21 ans
Akbar al Baker dirige Qatar Airways depuis 21 ans (Crédits : AXEL SCHMIDT)
Dénonçant le manque de collaboration et les attaques à l'encontre de Qatar Airways d'American et de Qantas, deux de ses "partenaires" dans l'alliance Oneworld, Akbar al Baker, le PDG de la compagnie du Golfe, menace de quitter l'alliance pour créer sa propre alliance avec les compagnies dans lesquelles Qatar Airways est actionnaire.

Après avoir rejoint British Airways, Iberia, American Airlines... dans l'alliance Oneworld en 2013, Qatar Airways était jusqu'à présent la seule compagnie du Golfe à faire partie de l'une des trois alliances commerciales mondiales (les deux autres sont Star Alliance et Skyteam). La compagnie de Doha pourrait bien mettre un terme à cette "particularité" et se tenir à l'écart de ces alliances en fonctionnant avec son propre réseau de partenaires, comme le font les compagnies de Dubaï et d'Abu Dhabi, Emirates et Etihad Airways.

Ce mardi, à Madrid, lors d'une conférence organisée par l'Association internationale du transport aérien (IATA), Akbar al Baker, le bouillonnant PDG de Qatar Airways a tenu un discours explosif en menaçant de quitter Oneworld et de lancer sa propre alliance avec les compagnies dans lesquelles Qatar Airways est actionnaire, à savoir le groupe IAG, composé British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling et Level (21% du capital appartient à Qatar Airways), le groupe sud-américain Latam (10%), la compagnie de Hongkong Cathay Pacific (10%) et l'italienne Air Italy (49%).

American et Qantas dans le viseur

En cause, le refus de deux compagnies fondatrices de Oneworld, American et la compagnie australienne Qantas, de nouer des accords avec Qatar Airways, mais aussi les attaques répétées de ces deux compagnies à l'encontre de Qatar Airways dont le développement est considéré comme une menace pour leur activité. Ceci sur fond de tensions sur la distorsion de concurrence des compagnies du Golfe, accusées par un grand nombre de compagnies, notamment américaines, de fausser le marché avec les aides publiques dont elles bénéficient de leur émirat-actionnaire. Bref, une ambiance et des comportements entre "partenaires" peu communs dans une alliance.

American a annoncé récemment qu'elle mettrait fin en mars à ses accords de code-share avec Qatar Airways et Ethiad, au motif que ces accords avec "ce type de compagnies n'avait pas de sens". Une décision qui faisait suite à son enquête commune avec Delta et United en 2015 sur les subventions qu'auraient reçues les compagnies du Golfe depuis 10 ans, dans le but de pousser les autorités américaines à limiter leur accès au ciel américain à Emirates, Qatar Airways et Etihad.

De son côté, Qantas a dénoncé l'essor de Qatar Airways en Australie, une expansion "faite à l'invitation du gouvernement australien" a rétorqué Akbar al Baker en rappelant que Qantas avait créé avec Emirates, une compagnie du Golfe "non membre de Oneworld", une joint-venture entre l'Europe et l'Australie en 2013.

"Je ne vois aucun intérêt à continuer de faire partie de Oneworld quand d'autres partenaires nous considèrent comme une menace ", a déclaré Akbar Al Baker. "Les alliances ont une signification claire, basée sur des accords, notamment de partages de codes. Nous ne faisons pas d'accords cosmétiques, mais des accords qui répondent à nos intérêts et qui correspondent aux objectifs fixés par l'alliance et aux objectifs pour lesquels on nous a proposé de la rejoindre (...)

Je souhaitais initialement rejoindre Star Alliance (Lufthansa, United...; Ndlr). Oneworld m'a approché et les personnes qui m'ont invité à rejoindre cette alliance sont celles qui attaquent constamment Qatar Airways, comme le fait le directeur général d'American (Dough Parker, Ndlr). Nous allons voir si nous pouvons sortir de cette impasse. Sinon, nous ne resterons pas dans l'alliance. Nous pouvons survivre seuls", a-t-il ajouté ultérieurement lors d'un point presse.

"Nous avons le potentiel pour créer notre propre alliance"

Akbar al Baker est même prêt à créer sa propre alliance avec les compagnies dans lesquelles Qatar Airways est actionnaire si ces dernières sont d'accord.

"Je ne peux imposer ce choix. Nous avons le potentiel pour former notre propre alliance, en particulier avec IAG, Latam, Cathay Pacific et Air Italy car nous couvrons toutes les régions du monde", a-t-il déclaré, en précisant qu'un investissement dans une nouvelle compagnie serait annoncé prochainement, et que celui-ci "nous donnera plus de synergies pour faire notre propre alliance".

IAG peut-il être à la fois dans deux alliances ?

Akbar al Baker a bien précisé qu'il ne disait pas que "IAG devait quitter Oneworld". "C'est leur prérogative de rester ou de partir", a-t-il dit, comprenant l'importance de la joint-venture transatlantique qui lie les compagnies de IAG avec American Airlines.

Un moyen de remettre une couche sur American : "Le directeur général d'American ne réalise pas que je possède 21% de cette joint-venture. Il est mon partenaire dans cette JV. Il ne devrait pas parler tout le temps de Qatar Airways car sa compagnie affiche la pire performance des trois grosses compagnies américaines et il ferait mieux de mieux faire son job et de mieux servir ses actionnaires".

S'il est difficilement imaginable de voir IAG quitter Oneworld, la souplesse et le pragmatisme qui animent cette alliance peuvent très bien permettre aux compagnies membres à la fois de la "galaxie Qatar Airways" et de Oneworld de rester dans celle-ci tout en participant à l'alliance de Qatar Airways. L'alliance de Qantas et d'Emirates qui va à l'encontre des intérêts de plusieurs membres de l'alliance l'a montrée.

Si Qatar Airways passait à l'acte, elle suivrait le chemin de sa rivale d'Abu Dhabi Etihad Airways qui, à coup de prises de participations capitalistiques dans un grand nombre de petites compagnies en difficulté, a essayé de créer sa propre alliance. A la différence près que les partenaires de Qatar Airways sont tous des acteurs de poids dans leurs zones géographiques respectives, contrairement aux compagnies d'Etihad.

Fabrice Gliszczynski, à Madrid

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :