"Bouteille plus légère" et "agroforesterie" : les vins de Bourgogne visent la neutralité carbone

La Bourgogne, par le biais de l’Interprofession et d’Adelphe, veut atteindre la neutralité d'ici 2050. Le fameux grammage des bouteilles des grands crus pourrait se voir alléger, les verriers appelés à fondre le verre à partir d'une électricité verte tandis que les vignes pourraient se parer de haies ou de couverts végétaux pour absorber les émissions incompressibles. Pour les responsables, le calcul est aussi économique : au prix de la tonne carbone sur le marché mondial, mieux vaut investir aujourd'hui afin de réduire son bilan environnemental...et financier.

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Pour réduire les émissions, « l'idée est d'agir au cœur des vignes en identifiant des projets locaux - couverts végétaux ou plantations de haies - et à partir des pratiques agricoles comme l'agroforesterie ou des projets forestiers », précise Sophie Wolff, directrice déléguée d'Adelphe.
Pour réduire les émissions, « l'idée est d'agir au cœur des vignes en identifiant des projets locaux - couverts végétaux ou plantations de haies - et à partir des pratiques agricoles comme l'agroforesterie ou des projets forestiers », précise Sophie Wolff, directrice déléguée d'Adelphe. (Crédits : Michel JOLY)

En Bourgogne, alors que l'année viticole 2021 a été éprouvante pour les vignerons, marquée par le gel d'avril et un redémarrage précoce de la vigne, le changement climatique mène la vie dure aux professionnels du vin. Pour sauvegarder leur activité et faire face à une demande sociale grandissante de la part des consommateurs, 3.600 domaines, 270 maisons de négoce et 16 caves coopératives s'associent pour réduire leur empreinte carbone. L'objectif :  la neutralité de la filière bourguignonne d'ici 2050.

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« Le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne a établi trois bilans carbones depuis 2015. Ce qui nous permet de voir précisément où sont nos principales zones de production de gaz à effet de serre, à savoir : l'emballage, le transport, et le fret », explique Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne Romanée et membre de la commission technique du Bureau de l'Interprofession des Vins de Bourgogne en charge du dossier.

« Nous avons identifié plusieurs leviers qui engagent tout le territoire - au-delà même de la viticulture - pour agir sur ces trois volets dans les années à venir », poursuit-il.

Le poste « emballage » représenterait entre 30 et 40% du carbone émis par la filière viticole. C'est pourquoi Adelphe, filiale de Citeo - qui gère la « poubelle jaune » et le container de verre en France - lance ce projet baptisé « Objectif Climat » à l'échelle du territoire bourguignon, en partenariat avec le BIVB.

L'ensemble des acteurs du paysage viticole bourguignon pourra ainsi bénéficier de cette méthodologie, qui devrait être validée à l'été 2022, et mettre en pratique les recommandations proposées. Chaque étape de la chaîne de production sera prise en compte : du travail à la vigne à l'expédition des vins, en passant par la vinification, l'emballage ou la logistique.

De la réduction des émissions à la neutralité carbone

Le projet « Objectif Climat » se décline en trois axes principaux : mesurer, réduire et compenser. Adelphe et le BIVB s'appuieront sur le dernier bilan carbone de la filière des vins de Bourgogne, réalisé par un organisme certifié en 2021. Puis, ils collecteront des informations complémentaires afin d'élaborer une stratégie.

L'objectif est de définir une trajectoire de réduction carbone sur l'ensemble de la chaine de valeur qui permettrait d'atteindre une réduction de 350.000 tonnes de carbone en 2035. À commencer par l'emballage, dès sa conception.

La plupart des bouteilles pèsent 600 grammes, voire 900 grammes pour la clientèle asiatique. Objectif : passer à 450 grammes pour économiser 25% d'émission de gaz à effet de serre. Autre levier : l'énergie consommer par le verrier pour fabriquer le verre.

« Si les verriers réduisent également leur part grâce à un approvisionnement en électricité renouvelable et que les vignerons passent commande de bouteilles à faible empreinte carbone, on engagera une spirale vertueuse pour aller chercher une réduction forte. Si nous baissons à la fois le poids de la bouteille et diminuons l'empreinte carbone de la fabrication de celle-ci, nous pouvons aller jusqu'à 70% de réduction de gaz à effet de serre », assure Jean-Yves Bizot.

Ensuite, il restera 150.000 tonnes de carbone à absorber pour atteindre l'objectif de neutralité à horizon 2050. Ce sera la dernière étape qui impliquera l'ensemble du territoire via les vignes, les villages et les forêts. Celle-ci consiste à mettre en place des actions destinées à neutraliser les émissions de gaz à effet de serre incompressibles. « L'idée est d'agir au cœur des vignes en identifiant des projets locaux - couverts végétaux ou plantations de haies - et à partir des pratiques agricoles comme l'agroforesterie ou des projets forestiers », précise Sophie Wolff, directrice déléguée d'Adelphe.

Ces projets auraient vocation à recevoir le label « bas carbone » du ministère de la transition écologique dans le cadre de la méthode actuellement en construction par l'Institut français de la vigne et du vin (IFV) pour la viticulture française.

cote de Beaune

Une démarche plus rentable que les quotas carbone

À court ou moyen-terme, les acteurs économiques de la filière viticole seront confrontés à une pression sociale et sociétale forte pour produire des vins neutres en carbone. Ces derniers devront acheter des crédits carbone sur le marché pour répondre à cette demande.

« Aujourd'hui, sur le marché, les émissions de carbone supposent un investissement annuel significatif de 30 à 40 millions d'euros par an pour la Bourgogne », souligne Jean-Yves Bizot. Par ce projet « Objectif Climat », la région cherche à s'engager sur des investissements massifs pour neutraliser son bilan carbone.

Le calcul est simple : environ 35 millions d'euros par an de dette en crédits carbone, une production annuelle de 200 millions de bouteilles... Résultats : au prix de 17 centimes par bouteille, les objectifs de la Cop 21 pourraient être atteints ! Sans compter que ce surcoût pourrait être absorbé par les actions des vignerons en faveur du développement durable (réduction des emballages, production d'énergie verte, etc...)

« Aujourd'hui, le carbone coûte environ 60 euros la tonne sur le marché mondial. Si on sait le produire à 30 euros, c'est une démarche de sécurisation des comptes d'exploitation des acteurs bourguignons que d'agir ainsi maintenant. Dans la durée, on stabilise le coût de la captation du CO2, donc de la neutralité carbone de la Bourgogne, indépendamment de la volatilité des marchés sur le crédit carbone, qui seront de toute façon très au-dessus de 30 euros », explique Jean-Yves Bizot.

« Il s'agit finalement de nous inventer les opportunités du futur », poursuit-il. Reste plus qu'à convaincre les consommateurs à boire de grands crus dans des bouteilles légères...

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Commentaire 1
à écrit le 22/02/2022 à 9:58
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"les vignes pourraient se parer de haies ou de couverts végétaux pour absorber les émissions incompressibles" A savoir ce qu'il se faisait autrefois puisque particulièrement nutritif pour les sols mais bon l'obscurantisme agro-industriel est venue ra...

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