La Banque de France se dote d'un Centre sur le changement climatique

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(Crédits : Stephane Mahe)
La banque centrale a dévoilé ce mardi la création d’un centre pour mieux coordonner ses actions en faveur de l’environnement. Elle a également annoncé « limiter très sensiblement ses investissements dans le pétrole, le gaz et les hydrocarbures non conventionnels ».

Il s'agit de « montrer l'exemple ». Nathalie Aufauvre, directrice générale de la stabilité financière et des opérations de la Banque de France, a annoncé ce mardi 30 mars la création d'un Centre sur le changement climatique, dont elle prendra la présidence. « Nous avons pensé qu'il fallait monter d'un cran notre organisation pour amplifier notre action » en la matière, a-t-elle déclaré en conférence de presse.

Opérationnel dès le 1er avril 2021, il sera doté de plusieurs missions. Celle de « poursuivre le travail analytique et de recherche » sur le climat mené par la banque centrale, d'abord, a-t-elle précisé. Mais également de « coordonner toutes les actions qui y sont liées », à la fois au niveau de l'Eurosystème, ou plus largement à l'international. Enfin, le nouveau centre devra « assurer la poursuite du secrétariat permanent du NGFS » (Central Banks and Supervisors Network for Green the Financial System, un réseau des banques centrales et des superviseurs engagés pour verdir le système financier), qui revenait à la banque de France, par le biais d'un « accompagnement et [d'un] pilotage ».

Grâce à « une équipe dédiée d'une quinzaine de personnes », il devra ainsi s'articuler avec le plan d'entreprise récemment fixé par la Banque de France, dont cinq des trente actions portent sur les enjeux environnementaux. Y figurent, par exemple, l'adaptation des instruments monétaires au changement climatique, la prise en compte des risques que ce dernier induit dans la cotation des entreprises, ou encore leur intégration par le monde financier.

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Limiter l'exposition des portefeuilles aux risques climatiques

La Banque de France a d'ailleurs fait le point ce mardi sur ses investissements dits « responsables », qu'elle met en œuvre depuis 2018. Elle a rappelé son ambition de limiter l'exposition de ses actifs aux risques physiques et de transition, tout en améliorant l'impact environnemental global de ceux qu'elle finance. Pour son premier objectif, réduire l'impact climatique des portefeuilles pour lesquels « sa latitude d'action est totale », elle a annoncé que, fin 2020, ceux adossés à ses fonds propres étaient alignés sur la trajectoire d'un réchauffement de 2 degrés par rapport à la fin du 19ème siècle. Le deuxième portefeuille concerné, dédié aux engagements de retraite devra l'être à la « fin 2022 au plus tard ». Ensemble, ils représentent un encours de pas moins de 23 milliards d'euros au 30 novembre 2020.

« Entre 2018 et 2020, l'empreinte carbone en capital (tonnes d'équivalent carbone par millions d'euros investis) a diminué de 51,5% pour la poche actions du portefeuille de fonds propres et de 34,7% pour la poche actions du portefeuille dédié aux engagements de retraite. Autrement dit, notre stratégie d'alignement 2°C et d'exclusion en matière d'énergies fossiles nous a permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à nos portefeuilles d'un tiers à la moitié depuis 2018 », affirme l'institution.

Financer la transition

Deuxième pan de son action, selon le principe de double matérialité : « contribuer au financement de la transition écologique », en investissant dans des « obligations vertes » et dans « des fonds thématiques dédiés », fait-elle valoir dans son rapport. En bref, « faire rentrer du vert dans [ses] portefeuilles », explique son secrétaire général adjoint, Alexandre Gautier. « Nous achetons beaucoup d'obligations assimilables du Trésor (OAT) vertes ou de titres souverains verts. De plus, nous investissons dans des fonds liés à la transition, comme l'éolien, la biomasse ou les bio-financements de PME. »

Au total, ses investissements en obligations vertes représentent un encourt de 1,7 milliard d'euro. Elle a également exclu 20% de ses émetteurs d'actions sur des « critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance (ESG) », par le biais de notations fournies par des prestataires.

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Par ailleurs, en tant qu'actionnaire, la Banque de France a adopté une politique de vote fin 2019, en intégrant des « dispositions extra-financières ». Son taux de présence en assemblées est passé de 40% à 90% en 2020, se félicite Alexandre Gautier. Surtout, en 2020, elle a inclus dans sa politique la sortie complète du secteur du charbon d'ici à la fin 2024. « En attendant, nous veillons à ce que les entreprises où l'on investit suivent bien une politique de sortie » de ce combustible, a précisé le secrétaire général adjoint.

Elle a également annoncé « limiter très sensiblement ses investissements dans le pétrole, le gaz et les hydrocarbures non conventionnels », et « s'opposer à tout nouveau projet de développement en lien avec l'utilisation d'énergies fossiles de la part des entreprises dont elle est actionnaire ».

Enfin, la Banque de France intègre depuis cette année la biodiversité, sujet encore relativement nouveau pour le secteur financier, dans l'analyse des performances ESG de ses portefeuilles.

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Commentaires
a écrit le 30/03/2021 à 13:49 :
"limiter très sensiblement"

Elle crée donc d'abord des emplois dans l'économie durable avant de devellopper une stratégie d'économie durable, nous sommes bien en UERSS empire prévu pour durer mille ans mais ce serait étonnant.

Ca doit être pour cela qu'à pôle emploi ils ne veulent pas prendre en compte les multicompétences, le truc doit leur être totalement inconnu.

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