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Dollar : déclin souvent annoncé, jamais avéré...

Sophie Rolland

Publié le 11 juillet 2012 à 08:37

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Le « privilège exorbitant » du dollar... Valéry Giscard d'Estaing s'en plaignait déjà en 1964. Un demi-siècle plus tard, le dollar est toujours roi. Il reste la principale monnaie de facturation et de règlement des échanges, y compris pour les transactions qui n'impliquent pas les Etats-Unis. Le pétrole, comme la plupart des matières premières, est coté en dollar.

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La devise américaine domine aussi les marchés financiers. La dernière enquête triennale de la Banque des règlements internationaux (2010) indique qu'elle serait utilisée dans 85 % des opérations de change dans le monde.
Cette domination confère aux Etats-Unis un avantage unique : le pays est nettement moins déstabilisé que les autres lorsque sa monnaie fluctue. le dollar étant la principale monnaie de réserve des banques centrales du monde entier - 62 % des réserves de change des banques centrales fin 2011 -, les Etats-Unis peuvent se financer à moindre coût dans leur propre monnaie et supporter d'importants déséquilibres extérieurs, là où les autres économies doivent faire face à une hausse sensible des taux d'intérêt ou à une crise de change.
Pourtant, le poids économique des Etats-Unis aujourd'hui n'a plus rien de commun avec celui qui était le sien au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : à l'époque, le pays représentait plus de la moitié de la production industrielle mondiale. Aujourd'hui, la Chine ou l'Allemagne exportent plus. Moins de 20 % des investissements directs à l'étranger viennent des Etats-Unis contre près de 85 % entre 1945 et 1980. Comme le fait remarquer Barry Eichengreen*, professeur d'économie à Berkeley et spécialiste du système monétaire et financier international, « la part des États-Unis dans les transactions internationales diminue. Cet état de fait crée un contraste irritant avec la domination particulière du dollar ».D'ailleurs, le déclin du dollar en tant que monnaie de réserve a été maintes fois annoncé, en particulier depuis la crise des subprimes. Des déficits vertigineux et une dette colossale mineraient la confiance des investisseurs internationaux. Compte tenu du statut du dollar, il suffit en effet aux Etats-Unis de faire marcher la planche à billets pour se financer. Or, la Réserve fédérale, avec son programme d'achat d'obligations (quantitative easing ou QE1 et surtout QE2), mène une politique monétaire très expansionniste, suspectée de viser à déprécier le dollar pour relancer l'activité aux Etats-Unis. Les investisseurs internationaux, soucieux de ne pas voir leurs avoirs se déprécier, devraient donc cesser d'accumuler des bons du Trésor et le dollar devrait perdre son statut de monnaie de référence.
Or, il n'en est rien. Dans son dernier livre, Barry Eichengreen explique même comment la crise a, d'une certaine façon, été profitable aux Etats-Unis. Les investisseurs considérant le dollar comme la monnaie la plus sûre en période de fortes turbulences, le gouvernement fédéral a pu emprunter des sommes considérables à des taux très faibles. Ceci s'est en particulier vérifié en 2008 et au printemps 2010. Pourquoi ? En fait, les banques centrales ne regardent pas seulement la rentabilité de leurs portefeuilles de réserves. Elles cherchent aussi, voire surtout, à en limiter le risque. Or, un ancrage au dollar stabilise mieux leur monnaie qu'un ancrage à l'euro par exemple, tout simplement parce que davantage de pays ont une monnaie liée au dollar qu'à la devise européenne. « Si les autres sont ancrés au dollar, en faire autant revient à stabiliser son taux de change non seulement par rapport aux États-Unis mais bien au-delà », résume Barry Eichen green. Ces pays préfèrent détenir leurs réserves dans la devise à laquelle ils sont ancrés, car ils les utilisent pour intervenir sur le marché des changes.

Sophie Rolland

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