Du rififi dans l'éolien français

France Energie Eolienne, qui représentait depuis 2005 la branche éolienne du syndicat des énergies renouvelables, a repris sa liberté. Le SER déplore cette division à la veille du grand débat sur la transition énergétique promis par le nouveau gouvernement, et insiste sur les enjeux industriels. FEE entend pour sa part accentuer sa communication sur la situation incertaine de la filière.

4 mn

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

De prime abord, les professionnels français de l'éolien tiennent un seul et même discours : la situation est mauvaise voire désastreuse, les capacités installées diminuent d'année en année (- 30 % de 2010 à 2011) et même d'un trimestre à l'autre (-70 % au premier trimestre 2012), et ne sont pas en ligne avec les prévisions du Grenelle de l'environnement (25.000 mégawatts installés en 2020, dont 19.000 à terre).

En cause, la menace qui pèse sur l'arrêté tarifaire suite à la plainte déposée par une association d'opposants (aujourd'hui devant la Cour de justice européenne), mais aussi une complexité administrative excessive et une réglementation de plus en plus contraignante. Et des attaques de plus en plus fréquentes et virulentes des opposants, dont plusieurs plaintes récentes pour prise illégale d'intérêts. Le syndicat des énergies renouvelables (SER) s'est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet ces derniers mois et compte sur le changement de gouvernement pour faire évoluer la situation dans un sens plus favorable à la filière.

FEE ne veut plus être la voix du SER

Jusqu'à la semaine dernière, la voix du SER sur le sujet de l'éolien, c'était celle de FEE (France Energie Eolienne). Cette association loi 1901, créée au début des années 1990, avait rejoint le SER en 2005, mais en conservant toujours une forme de liberté : ses propres organes délibérants, un budget dédié et, surtout, une certaine autonomie de communication. La désignation de Frédéric Lanoë, directeur France et Belgique du groupe portugais EDP Renovaveis, comme porte parole de FEE il y a quelques semaines, reflètait bien cette indépendance.

Mais cette double gouvernance a fini par agacer en interne. « Ca n'est pas le plus efficace pour s'adresser aux pouvoirs publics », estime Jean-Louis Bal, président du SER. « On leur a proposé la fusion ou la scission, ils ont choisi la scission », déplore-t-il. Arriver en ordre dispersé devant les pouvoirs publics, à l'heure où le gouvernement est en plein travail d'inventaire et dévaluation, cela est sans doute moins efficace encore.

Stratégies divergentes

Pour Arnaud Gossement, administrateur de FEE, ces craintes n'ont pas lieu d'être. « Historiquement et culturellement, les membres de FEE sont attachés à leur association. Nous étions déjà une entité à part entière, nous le restons. Nous avons simplement rejeté un changement demandé par le SER, mais finalement il n'y a rien de vraiment nouveau. »

Derrière ces bisbilles s'affrontent en réalité deux stratégies divergentes pour relever la situation de l'éolien en France. « Nous sommes d'accord sur le constat, reconnaît Arnaud Gossement, mais pas sur la manière d'en sortir. Le SER privilégie le dialogue avec le gouvernement et il est réticent à communiquer sur les difficultés de la filière. Nous, au contraire, nous souhaitons être plus transparents sur la situation d'urgence dans laquelle se trouve le secteur. »

Pour Jean-Louis Bal, les divergences se situent ailleurs. « Le SER considère que le développement de l'éolien doit impérativement se doubler d'une activité industrielle. Ce nouveau gouvernement devrait d'ailleurs se montrer très sensible à la question de la création de valeur et d'emplois en France. Par ailleurs, nous pensons qu'une stratégie de développement des énergies renouvelables doit être multifilière, et ne pas opposer les unes aux autres. »

11.000 emplois et un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros

FEE s'affiche comme "une branche des énergies renouvelables de plus de 11.000 emplois, avec un chiffre d'affaires de plus de 2 milliards d'euros et produisant 2,5 % de la consommation électrique nationale". Mais dans la foulée de cette scission, le SER a annoncé la "réorganisation de [sa] structure dans la filière éolienne". Et d'après Jean-Louis Bal, les adhérents qui représentent le poids économique le plus important resteraient au SER : les exploitants français EDF EN et GDF Suez, l'Italien Enel ou l'espagnol Iberdrola. Mais aussi les industriels qui se sont récemment convertis à l'éolien, notamment offshore, Areva et Alstom. Ou encore des PME françaises comme Vergnet ou Nass & Wind. FEE ne conserveraient alors que les petits développeurs et les représentants de fabricants étrangers, à l'instar de son président Nicolas Wolff, directeur général du leader mondial Vestas.

Peser dans le débat de façon coordonnée

Quoi qu'il en soit, le SER comme FEE attendent avec impatience la conférence environnementale prévue en septembre, sur le mode du Grenelle de l'environnement, même s'il n'est pas de bon ton d'y faire ouvertement référence. Elle devrait porter sur la biodiversité et la transition énergétique, un sujet qui doit déboucher sur un débat programmé sur six mois à compter d'octobre. Et pour l'heure, les deux organisations affirment leur volonté de peser dans le débat public mais aussi de le faire « de façon coordonnée. »
 

 


 

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.