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Pourquoi la Défense devrait-elle être la seule à faire des économies ?

Michel Cabirol

Publié le 14 décembre 2012 à 13:42 - Mis à jour le 14 décembre 2012 à 13:53

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A quelques semaines de la publication du Livre blanc, qui va entériner le décrochage de la France en matière d'efforts militaires, quelques voix s'élèvent pour prévenir des méfaits d'une telle politique.

Désarmer la France semble devenu aujourd'hui largement plus facile  - politiquement, entendons-nous bien - que de réduire la dépense publique dans sa globalité. Or, une telle absence de volonté politique risque de coûter cher au pays dans un monde si incertain... même s'il ne faut évidemment pas l'espérer.

"La dépense publique, en France, représente 56 % du PIB. Quand on enlève 1,5 % pour la défense, il reste 54,5 %. Sans doute y a-t-il, dans cette masse, des marges de man?uvre à explorer", s'interroge le général d'armée, Jean-Louis Georgelin, ancien chef d'état-major des armées, poste qu'il a occupé du 4 octobre 2006 au 24 février 2010. Simple et de bon sens. Comme le sont en général les Pyrénéens, Jean-Louis Georgelin étant né à Aspet, petit village au pied des Pyrénées.

Une armée respectée à travers le monde

Avec le nouveau Livre blanc qui sera publié en janvier, le gouvernement Ayrault, comme tant d'autres auparavant, y compris celui de François Fillon, va pousuivre son oeuvre destructrice contre une armée aujourd'hui encore respectée à travers le monde et une industrie de la défense performante. Evidemment, ce ne sera pas dit en des termes aussi brutaux, des "gadgets" seront évoqués pour camoufler cette sévère coupe dans le budget de la Défense qui se prépare dans l'indifférence générale - celle de trop ? : Europe de la défense, mutualisation, "pooling and sharing", "smart defence"...

Aujourd'hui, les armées françaises comptent 225.000 hommes et femmes (donc des emplois...) et représentent 1,5 % du PIB, soit 8 à 9 % du budget de l'État. A la fin de la guerre froide, c'était 500.000 hommes, 2,7 % du PIB, 15 % du budget de l'État. "L'effort de défense était, aux normes OTAN - c'est-à-dire hors pensions et hors gendarmerie -, de 2 % du PIB en 1997, avant de se stabiliser ces dix dernières années entre 1,6 % et 1,7 %, a récemment expliqué devant le Parlement le chef d'Etat-major des armées, l'amiral Edouard Guillaud. En 2012, il est de 1,55 %. À l'horizon de 2015, il dépassera à peine 1,3 %".

"Aucun corps de l'État ne s'est réformé comme nos armées"

Quel autre budget a connu et va connaître une cure d'amaigrissement aussi violente ? Sûrement pas les collectivités locales, l'Education nationale... sans oublier la dette. "Aucun corps de l'État ne s'est réformé comme nos armées. C'était nécessaire, logique. Que chacun en prenne honnêtement conscience. Par deux fois en une dizaine d'années, elles ont été auscultées, mises à plat, amputées, restructurées, parfois avec une inutile brutalité", rappelle pour sa part le général Georgelin. La défense a déjà fait son effort pour le redressement des dépenses publiques.

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Le corps militaire n'est pas le seul à constater ce désarmement massif, alors qu'experts et stratèges constatent parallèlement un accroissement des dépenses militaires dans le monde. Le Premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, que l'on ne peut suspecter ni de partialité ni de militarisme à tout crin, s'en inquiète même. "La France ne peut donc pas rester indifférente à ces enjeux. Il n'appartient pas à la Cour d'en juger, mais c'est une donnée de l'équation stratégique en matière de défense", explique-t-il.

Un budget qui représente 4,8% du PIB aux Etats-Unis et 1,55% en France

De quoi parle-t-on ? Des efforts en matière de défense. Ils "ont été importants aux États-Unis, en Russie et dans les pays émergents, notamment en Asie ; ils se sont maintenus en France et se sont réduits dans la plupart des autres pays européens", rappelle le Premier président de la Cour des comptes. Et de constater que "les budgets de la défense cumulés des pays européens demeurent inférieurs à la moitié du budget américain". Ce dernier s'élève à 547 milliards d'euros, soit 4,8 % du PIB national... contre 1,55 % du PIB en France, qui se classe au sixième rang mondial quand on y intègre les pensions (39 milliards d'euros).

"Cette position pourrait se dégrader rapidement si les pays émergents poursuivent leur effort. À l'échelle européenne, un décrochage peut s'observer avec le Royaume-Uni : l'effort britannique, de 52 milliards d'euros en parité de pouvoir d'achat, dépasse désormais l'effort français de 14 milliards et cet écart devrait se maintenir au cours des prochaines années", souligne Didier Migaud. Et de conclure sévèrement : "De tels écarts entre les efforts de défense dans le monde peuvent entraîner des ruptures technologiques et une évolution des rapports de puissance entre les États". Ce serait clairement de l'aveuglement de ne pas comprendre que cette politique de rabotage systématique du budget de la défense va inexorablement entraîner la France vers un déclassement.

Des choix politiques qui ne sont pas à la hauteur des défis de la France

L'aggravation de la situation des finances publiques et les impératifs du désendettement existent bel et bien. Mais les choix politiques, qui sont faits pour choyer l'électorat de tel ou tel parti, ne sont pas la hauteur des défis de la France dans un monde instable. Comme tant d'autres gouvernements, celui de Jean-Marc Ayrault gère le pays sans vision ni ambition. "Si tu veux la paix, prépare la guerre (Si vis pacem, para bellum)", un adage que semblent avoir oublié les politiques.

Enfin, presque tous. Car la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat s'inquiète elle aussi de tels arbitrages budgétaires. Son rapport "Forces armées : peut-on encore réduire un format juste insuffisant ? " fait autorité. Fera-t-il pour autant des émules ? "La puissance militaire, c'est un peu comme l'oxygène de l'air : on ne se rend pas compte de son utilité quand on n'a pas besoin de l'utiliser, mais, lorsqu'on s'aperçoit qu'il fait défaut, il est toujours trop tard pour réagir", rappelle avec son franc-parler le général Georgelin.

Michel Cabirol

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