La rentabilité du photovoltaïque français en question

Photowatt licencie mais refuse l'amalgame entre sa propre situation et celle de la filière française. Professionnels et experts y voient un signal alarmant.

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Les 95 licenciements annoncés mercredi par Photowatt n'ont rien à voir avec la situation actuelle de la filière française... même si le décret instaurant le moratoire sur le photovoltaïque a entraîné l'annulation de 35 % de son plan de charge. « Le plan d'amélioration de la performance et de relance que nous avons soumis au comité d'entreprise est lié à des raisons structurelles à la société », insiste Thierry Miremont, le tout nouveau PDG de cet acteur français historique, détenu aujourd'hui par le groupe canadien ATS. A savoir, un manque criant de compétitivité pour le seul producteur français intégré depuis le silicium jusqu'aux systèmes, avec des coûts de 25 % à 45 % plus élevés que ses concurrents et des prix de vente supérieurs de 15 % au prix moyen, qui a fortement baissé ces derniers mois.

D'où la décision de Photowatt de sous-traiter la production des modules (tout en conservant, aux deux bouts de la chaîne de valeur, celle des cellules et des systèmes), de concentrer la production sur les lignes les plus performantes et de remuscler les équipes commerciales, pour la France mais aussi les marchés étrangers. Le plan social passe par la suppression de 195 postes sur les 534 du site de Bourgoin-Jailleu (Isère), dont 100 seront reclassés à des postes commerciaux chez Photowatt et en production au sein du groupement d'entreprises PV Alliance.

N'en déplaise à Thierry Miremont, l'annonce de Photowatt prend un tour particulier dans le contexte actuel. Le président de la branche photovoltaïque du SER (Syndicat des énergies renouvelables), Arnaud Mine, estime que le moratoire de trois mois supprime de huit à neuf mois de chiffre d'affaires et menace la moitié des 25.000 emplois de la filière. Le PDG de Tenesol, autre acteur français historique (filiale de Total et EDF), Benoît Rolland, déplore « un mauvais signal envoyé au gouvernement alors que la filière essaie de montrer qu'elle va de l'avant ». Même Thierry Miremont espère que le moratoire sera plus court que les trois mois annoncés.

Doute sur la volonté politique

La rentabilité du photovoltaïque est-elle un mal français ? « La problématique est la même partout, mais en France, si les pouvoirs publics ont d'abord semblé miser sur la filière en accordant des subventions substantielles, les grands acteurs français, ne semblent pas avoir suivi, observe François Pouzeratte, associé du cabinet Eurogroup. Le moratoire fait planer un doute sur la volonté politique, qui serait d'autant plus nécessaire dans un pays où la filière photovoltaïque doit atteindre la compétitivité compte tenu du poids du nucléaire. » Pour Bruno Berthon, associé chez Accenture, « c'est aussi un signal inquiétant pour d'autres filières, à la merci d'un arrêt des subventions et de la compétitivité de concurrents acquise sur d'autres marchés ayant la taille critique nécessaire ». Comme l'éolien offshore, par exemple, où l'industrie est embryonnaire.

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