Energies renouvelables : le soleil se lève à l'est

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Le glissement géographique depuis l'Europe et les Etats-Unis, marchés historiques du solaire, vers l'Asie, s'accélère. C'est un nouveau terrain de bataille entre des acteurs occidentaux à la recherche de relais de croissance et des industriels asiatiques bien décidés à occuper leurs marchés domestiques.

Voilà de quoi rassurer les acteurs occidentaux des énergies renouvelables, en butte à de sérieuses difficultés sur leurs marchés historiques en Europe et aux Etats-Unis. Comme le confirment plusieurs statistiques récentes, l'Asie leur offre de formidables relais de croissance. Et pas seulement sur les marchés émergents de la Chine ou de l'Inde, mais aussi au Japon.

La Chine toujours championne des investissements

Une fois encore, la Chine est le marché qui attire le plus d'investissements dans les énergies renouvelables, selon le dernier baromètre trimestriel publié par Ernst & Young. Les montants mobilisés par le secteur y ont bondi de 92 % en comparaison du trimestre précédent, tandis qu'ils étaient en hausse de respectivement 11 % et 18 % aux Etats-Unis et en Europe. Derrière les Etats-Unis et l'Allemagne, ex-aequo en deuxième position, c'est l'Inde qui attire le plus d'investissements. Au niveau mondial, les investissements dans le solaire et l'éolien ont augmenté de 24 % par rapport au premier trimestre 2012, à 48 milliards d'euros.

C'est dans le solaire que les marchés chinois et indien sont le plus prometteurs. Il y a quelques mois, la Chine a multiplié par quatre son objectif de capacité solaire installée à l'horizon 2020 pour la porter à 50 gigawatts (GW). Cette décision devrait permettre d'absorber une bonne part des surcapacités de production du pays, qui compte plusieurs des plus importants fabricants de panneaux solaires.

Multiplier par vingt les capacités installées en Inde

En Inde, l'objectif est de 20 GW en 2022, soit près de vingt fois plus que ce qui existe aujourd'hui, et qui a été presque intégralement construit au cours de l'année précédente. A l'instar de celle qui a frappé la moitié de la population indienne, soit 600 millions de personnes, le mois dernier, le pays subit régulièrement d'importantes pannes de courant, dont le coût est estimé à 1,2 % de point de croissance. L'Inde a donc décidé d'accélérer le processus d'enchères pour attribuer les projets solaires. Ce système, qui évite la spirale infernale des subventions à laquelle ont été confrontés les pays européens, a permis au prix de l'électricité solaire de baisser de 38 % entre 2010 et 2011.

Pour répondre à cette demande, l'Inde a prévu de multiplier par trois ses capacités de production pour les porter à 5 GW d'ici à 2020. Mais pour l'heure, les fabricants étrangers de panneaux solaires, surtout les spécialistes des couches minces qui représentent 76 % des projets actuellement en construction, entendent bien profiter de cet appel d'air. A commencer par le leader mondial First Solar, qui compte devenir lui-même développeur de projet et producteur d'énergie et vise 20 % de part de marché.

Les Etats-Unis accusés d'inonder le marché indien de panneaux à couches minces

Cette situation fait d'ailleurs l'objet de vives critiques de la part du CSE (Center for science and environment), un institut de recherche dédié au développement durable. Ses responsables accusent en effet les Etats-Unis de recourir à des moyens douteux (principalement des prêts à des taux très préférentiels accordés aux développeurs de projets indiens) pour favoriser les exportations de produits américains. Et même de détourner le principe du « fast start financing » décidé lors du sommet sur le climat de Copenhague, un fonds de 30 millions de dollars conçu pour aider les pays émergents à amorcer le financement de leur lutte contre le changement climatique. La réglementation indienne sur le « contenu local » des équipements solaires, à laquelle échappe pour le moment les couches minces, pourrait évoluer prochainement pour remédier à cette situation.

Au Japon, plus d'importations que de fabrication locale

Le Japon aussi attire les fabricants. Anticipant l'instauration en juillet dernier d'un tarif de rachat global (et non pas réservé aux seuls projets résidentiels comme c'était le cas depuis 2009), les ventes de cellules solaires y ont augmenté de 72 % au printemps 2012 par rapport à la même période de 2011. Et si le pays compte plusieurs acteurs majeurs du secteur (Sharp, Kyocera, Panasonic, Mitsubishi), les importations pèsent 30 % des ventes, et bénéficient essentiellement aux voisins chinois Suntech et Yingli.

Les cartes sont donc une nouvelle fois rebattues sur le jeune marché du solaire. Si les perspectives des marchés asiatiques ont de quoi remettre du baume au c?ur des industriels occidentaux, ces derniers pourraient se trouver rapidement face à des acteurs domestiques...et à des réglementations plus protectionnistes.



 

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Commentaires
a écrit le 31/08/2012 à 17:08 :
Notre pays est vendu au nucleaire dont le lobby nous a inonde d'intox du style : le panneaux PV sont HS au bout de 15 ans , ca se recycle pas, 90% des panneaux viennent de Chine, touts ca n'est que foutaise.

Une remarque, le tarif japonais a ete augmente massivement et sans contraintes a 42 c?/kWh alors qu'en France on accuse ce meme tarif de couter cher au client (via la CSPE, voire votre facture). Conclusion : quand on subit un accident nucleaire, les EnR ne coutent finalement pas si cher que ca.
a écrit le 31/08/2012 à 8:06 :
Notre beau pays ferme ses usines de solaire, et regarde les vaches passer. On achète toujours plus de pétrole, et on se mettra a acheter le matériel aux autres quand on aura commencé a comprendre le début de l'équation économique...

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