Bill Gates mise sur les batteries métal liquides d’Ambri

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(Crédits : D.R)
Start-up de la côte Est américaine, Ambri a annoncé, le 30 avril, une levée de fonds record de 35 millions de dollars. Ce troisième tour en quatre ans porte à plus de 50 millions de dollars le financement total de cette technologie de batteries dîtes « métal liquides ».

 

Peu de start-up cleantech peuvent se vanter d'avoir Total et Bill Gates comme supporters et investisseurs de la première heure. C'est le cas d'Ambri. Sans doute parce que cette société américaine prétend révolutionner les smart-grids en stockant l'électricité intermittente des énergies renouvelables à des tarifs très concurrentiels. Entretien avec Kristin Brief, vice-présidente du développement d'Ambri.

Cleantech Republic : Pourquoi le stockage de l'électricité s'est imposé comme un enjeu majeur pour les acteurs de l'énergie ?

Kristin Brief : Aujourd'hui, un des principaux freins à l'essor des énergies renouvelables réside dans l'obligation de faire coïncider parfaitement production et consommation. Ce qui est compliqué avec des énergies intermittentes, comme l'éolien ou le photovoltaïque. Les smart-grids, avec notamment la maîtrise de la demande, sont une réponse. Mais la possibilité de stocker de l'électricité, à de nombreux endroits sur le réseau, et pour un faible coût, est une nécessité pour envisager l'utilisation massive d'énergies renouvelables. Nous pensons que notre batterie répond parfaitement à cette problématique.

Vos premières recherches ont commencé en 2005. Où en est votre technologie aujourd'hui ?

Nous n'avons pas chômé ! Le cœur de la technologie, c'est-à-dire une cellule de batterie en phase liquide, a été testé et validé au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il en détient d'ailleurs toujours la propriété intellectuelle grâce notamment au soutien de Total qui subventionnait alors les recherches du Dr Sadoway, inventeur du concept. Depuis la création de l'entreprise en 2010, nous avons affinée la technologie, notamment en optimisant le design pour réduire les coûts. Nous avons également conçu le « système batterie » à proprement parler. Une batterie est composée d'un assemblage de plusieurs cellules et de divers dispositifs périphériques, à commencer par son module de gestion (ndlr : BMS, Battery Management System) réalisé avec notre partenaire Nuvation Engineering. Enfin, il nous a fallu imaginer et développer les process de fabrication industrielle, que nous avons mis en œuvre sur une chaîne de production pilote à l'automne 2013. Ainsi, quatre ans après sa création, Ambri est en mesure d'annoncer son premier prototype commercial pour 2015. Nous prévoyons d'atteindre la production à plein régime de la première usine fin 2016, avec 130 MWh par an.

C'est donc pour construire cette usine que vous venez de lever des fonds ?

En partie. Bien sûr, nous allons continuer la R&D. Mais nous préparons aussi l'installation de nos premiers clients pilotes pour 2015 - sur une base militaire du Massachusetts, à Hawaï, New York et en Alaska - avec lesquels nous allons valider les aspects opérationnel. A Hawaï, nous allons aider l'île à atteindre son objectif de 70% de production renouvelable pour 2030. En Alaska, nos batteries devraient faire baisser le prix de l'électricité dans les régions les plus isolées qui utilisent des générateurs diesel. En leur adjoignant des batteries, il sera possible de faire tourner ces sources de production à leur rendement optimal. Nous avons aussi pour ambition de doper la part d'énergies renouvelables dans cet Etat.

Au-delà de ces démonstrateurs, comment s'annonce la commercialisation ?

A ce jour, notre développement est en phase avec nos attentes. Nos atouts sont validés : une technologie bon marché, modulaire (le client peut choisir la capacité), fiable, facile à opérer, avec une excellent durée de vie (objectif de 98% de capacité après 10,000 cycles complets de charge/décharge), et une maintenance légère. Notre batterie « standard » de 2 MWh (et 1 MW de puissance max) sera installée dans un très classique container de 40 pieds. Côté ventes nous sommes confiants : nos premiers contacts commerciaux sont plus qu'encourageants et déjà internationaux.

Allez-vous cibler le marché européen ?

C'est encore un peu tôt pour vous répondre en détail. Nous sommes à l'évidence très intéressés par ce marché qui présente des particularités et des disparités réglementaires, mais aussi plusieurs types de clients potentiels. Notre solution peut concerner des producteurs, des transporteurs et distributeurs d'électricité, des usagers industriels voire même de nouveaux acteurs spécialisés dans le stockage d'énergie… Ce qui est certain, c'est que nous prévoyons d'ouvrir des usines de productions au plus près de nos marchés.

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AMBRI en bref...

  • Création : 2010 (après 5 années de recherche au seing du Massachusetts Institute of Technology)
  • Chiffre d'affaires : non communiqué
  • Effectifs : 40 personnes
  • Investisseurs : Total, Bill Gates, Khosla Ventures, KLP Enterprises (the family office Karen Pritzker et Michael Vlock), Building Insurance Bern (GVB) (the Swiss Insurance company).

Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 12/05/2014 à 16:55 :
Très intéressant mais ce serait bien de savoir jusqu'où on est descendu en ce qui concerne la température de fonctionnement ? Et quelle est la durée maximum de stockage obtenue en fonction des divers paramètres et composants intervenants dans les évolutions actuelles ? Total a visé juste comme avec Sunpower notamment.

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