Un super-réseau électrique en pleine mer pour transporter l'électricité verte

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Un projet pharaonique consistant.

Votre réfrigérateur fonctionnera- t-il bientôt à partir du vent soufflant au large des côtes écossaises un jour, et du soleil méditerranéen le lendemain ? Cette vision, encore à l'état embryonnaire, commence à prendre forme. La création d'un super-réseau électrique (« Supergrid », en anglais), qui relierait les énormes fermes éoliennes de la mer du Nord aux panneaux solaires implantés en Afrique du Nord, est sérieusement à l'étude. « Il y a deux ans, l'idée était complètement extraterrestre, mais elle a gagné énormément de crédibilité depuis six mois », souligne Nick Rau, de l'association Friends of the Earth.

La nécessité d'un réseau paneuropéen est liée à la nature même de l'énergie renouvelable. Si une centrale conventionnelle produit de façon relativement continue et prévisible, ce n'est le cas ni du vent, ni du soleil. L'objectif est donc de relier les différentes sources d'énergie renouvelables pour assurer la fiabilité de la production. S'il est possible que le vent ne souffle pas à un endroit, il est plus improbable qu'il ne souffle nulle part, ou que le soleil soit absent de l'ensemble de l'Europe.

L'année 2010 pourrait être décisive pour le super-réseau. Deux projets concrets sont en cours d'avancement. Le premier, annoncé en novembre par un consortium d'entreprises allemandes, est le fameux Desertec, qui entend relier à l'Europe des panneaux solaires installés dans les déserts d'Afrique du Nord.

Le deuxième projet, d'une échelle encore plus importante, vise à créer un réseau électrique reliant les futures éoliennes en mer du Nord et en mer Baltique et qui pourrait fournir jusqu'à 10 % de l'électricité européenne d'ici à 2020. En marge du Conseil européen qui s'est tenu le mois dernier, dix pays (France, Royaume-Uni, Belgique, Norvège, Suède, Danemark, Allemagne, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas) ont signé un Memorandum of understanding visant à préparer pour la fin de l'année une étude de faisabilité. Une première réunion technique doit se tenir en février. « Il faut que les premières décisions soient prises d'ici à deux ans, pour un début de construction vers 2015 », estime Eddie O'Connor, directeur de Mainstream Renewable Power, une société irlandaise qui veut installer des éoliennes au large des côtes britanniques. Mais il reconnaît qu'un réseau électrique en mer ne sera pas complet avant 2050.

Concrètement, le super-réseau connecterait les différentes fermes éoliennes en pleine mer par des câbles électriques sous-marins à haut voltage, reliant chaque pays. Outre la fiabilité renforcée de l'électricité, un tel réseau « permettrait de vendre notre électricité au meilleur prix », explique Jim Smith, de Forewind, un consortium auquel appartient notamment RWE. À partir d'une même ferme éolienne, l'électricité pourrait être envoyée en France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, au plus offrant.

Cette idée de super-réseau est-elle utopique ? « Nous n'avons pas d'alternative, réplique Eddie O'Connor. Les futures fermes éoliennes en mer devront bien être connectées au reste du continent. » L'autre solution, consistant à relier chaque ferme éolienne séparément, serait nettement moins efficace.

Difficultés financières...

Le super-réseau fait cependant face à de gigantesques difficultés. Financièrement, d'abord. L'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA) évoque 20 à 30 milliards d'euros d'ici à 2030. « Ce sera beaucoup plus, estime Eddie O'Connor. Cela devrait représenter 10 % des investissements des éoliennes en mer, soit 300 à 500 milliards d'euros d'ici à 2050. »

... Techniques et politiques

Techniquement, aussi, cela pose de sérieux problèmes. Contrairement au réseau terrestre, il est prévu que le réseau en mer soit à courant continu, sans perte de voltage au fil des kilomètres. Mais cette technologie n'a encore jamais été testée, et les « interrupteurs » permettant d'isoler une ligne (par exemple pour la réparer) ne sont pas encore au point. Sans compter le casse-tête politique. La coordination des différents pays, en termes de marché électrique, de normes techniques ou de financement, risque d'être très difficile.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2010 à 15:09 :
Deux questions. 1- Qui va payer les énormes investissements? Si les opérateurs auront la possibilité de vendre leur production au meilleur prix, qu'ils assument l'investissement. (l'électricité éolienne coûte déjà assez cher au consommateur: +6.5% sur ma facture). 2- Pourquoi du courant continu? Cela n'évite pas les pertes en ligne.
Une réaction: cessez de parler de "fermes" à propos de ces installations gigantesques.

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