La dépollution, un savoir-faire français

Au fil des marées noires, des PME hexagonales se sont forgé une expertise.

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(Crédits : DR)

Écocéane a trouvé en Jean-Louis Borloo un VRP de choc. Le ministre de l'Écologie a proposé l'aide de la France via cette société des Côtes-d'Armor spécialisée dans les navires de service et de dépollution. Écocéane négocie en ce sens depuis une semaine avec BP, l'ambassade des États-Unis en France et les ministères français des Affaires étrangères et de l'Environnement. Neuf navires sont disponibles pour un départ immédiat et « nous pourrions en récupérer cinq à dix autres chez nos clients pour les envoyer en Louisiane d'ici quelques jours », affirme Éric Vial, le président de l'entreprise. La capacité totale de récupération d'hydrocarbures de ces neuf navires est de 720 m3 par jour, à comparer aux 800 m3 quotidiens qui fuient de la plateforme immergée. « Une fois récupéré par nos navires, grâce à notre séparateur d'eau de mer et d'hydrocarbures, le pétrole serait transbordé dans des souteurs. Ainsi, en évitant les allers et retours avec le port, nos bateaux de dépollution restent en permanence sur zone », précise Éric Vial.

La PME a déjà validé son dispositif lors d'exercices de dépollution organisés par la Marine nationale. Elle a réalisé l'an dernier 3 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 85 % à l'étranger. La marée noire pourrait lui donner l'occasion de s'implanter commercialement aux États-Unis. « Au besoin, nous pourrions créer un chantier sur place car notre process est transportable. Au-delà de l'urgence actuelle, il y a la nécessité de mettre en place des plans de prévention des risques à moyen terme », analyse Éric Vial.

Nouveaux débouchés

Mais Écoceane n'est qu'une des entreprises spécialisées sur ce type d'expertise, forgée au fil des marées noires qui ont souillé la France et l'Europe, comme l'Erika en 1999. « Les grandes catastrophes sont l'occasion de mettre en oeuvre des techniques qui n'ont pas jusqu'alors trouvé de débouché industriel », souligne Christophe Rousseau, adjoint au directeur au Cedre (Centre de Documentation, de Recherche et d'Expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux). « Après l'Erika, des techniques, connues, ont été améliorées ou adaptées. On a ainsi utilisé des microcribleuses pour la première fois. »

Parmi ces entreprises, qui ont créé leur syndicat professionel, le Sycopol (Syndicat des constructeurs d'équipement et des prestataires de service de lutte contre la pollution), figure la vendéenne Thomsea (700.000 euros de chiffres d'affaires en 2009) qui fabrique des filets antipollution testés durant les marées noires de l'Erika et du Prestige. Elle aussi s'est mise sur les rangs pour essayer de travailler aux États-Unis. « On a envoyé des mails un peu partout », indique Thierry Thomazeau, son PDG. « Nous avons été contactés par le ministère de l'Économie, et je crois savoir que nous avons été retenus pour la proposition française d'aide. Reste à savoir si les États-Unis feront appel à une aide extérieure. » Une question que se pose aussi Le Floch Dépollution, qui avait fait travailler 350 personnes après l'Erika, notamment sur la récupération des effluents ou du pétrole enfouis dans le sable. « On eu quelques contacts avec les gens avec qui on travaille aux États-Unis, mais c'est assez difficile d'y entrer », avoue-t-on au sein de l'entreprise.

Mikaël Cabon, à Brest et O. H.

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