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Nicolas Dufourcq, président de la BPI : « Les entrepreneurs sont la solution aux problèmes de la France »

Propos recueillis par Marie-Pierre Gröndahl

Publié le 21 septembre 2025 à 04:20 - Mis à jour le 23 septembre 2025 à 14:32

Nicolas Dufourcq est à la tête de la banque publique d’investissement depuis 2013.

Nicolas Dufourcq est à la tête de la banque publique d’investissement depuis 2013.

LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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ENTRETIEN - À la tête de la banque publique d'investissement depuis 2013, le dirigeant juge le débat actuel sur la taxe Zucman « incompréhensible ».

LA TRIBUNE DIMANCHE - La situation économique vous inquiète-t-elle ?
NICOLAS DUFOURCQ - Non. L'économie ne va pas mal. On n'est pas du tout en période d'austérité, en dépit de ce que l'on entend parfois. La croissance est là, même si elle n'est pas très élevée. Le chômage a beaucoup baissé. La politique de l'offre menée depuis 2017 fonctionne. Mais nous sommes peut-être en train de comprendre, progressivement, que le vieillissement accéléré de la société française rend impossible la concrétisation d'un point de croissance supplémentaire - celui dont on pense à tort depuis trente ans qu'il nous sauverait. Il faut à l'inverse s'habituer à une économie française aux alentours d'1 % de croissance, à l'image du taux de 0,6 % ou 0,8 % attendus pour cette année.

Quel est l'état d'esprit des entrepreneurs, puisque vous en rencontrez tous les jours ?
Ils regorgent de projets. Partout en France. Simplement, le climat politique - et géopolitique - crée une sorte de chape de plomb anxiogène, de sorte que certains d'entre eux retardent leurs investissements. Ou les réduisent.

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L'onde de choc de la dégradation de la dette française

La défection de François Bayrou a-t-elle eu un impact sur ces décisions ?
Sans aucun doute. Notre dernière enquête, publiée cette semaine, démontre qu'avant le 25 août et après, ce sont deux mondes complètement différents. La volonté d'investir diminue dans l'intervalle d'une bonne dizaine de points. C'est très frappant. Et les débats qui s'en sont suivis, sur la nécessité de demander des efforts aux entreprises avant même d'en demander aux Français, les découragent encore davantage.

Entre la taxe Zucman et les aides aux entreprises, les entrepreneurs sont-ils des boucs émissaires ?
Ils ne devraient pas l'être. Car ils sont la solution aux problèmes de la France. Les entrepreneurs ne bénéficient pas de la richesse créée par d'autres. Au contraire  : ce sont eux qui la créent, pour qu'elle soit ensuite redistribuée. Mais tout se passe comme si la maison était en feu et que l'on demandait un effort aux pompiers  ! Il faut au contraire accompagner les entrepreneurs. Les aimer. Les respecter. Bien sûr que des sujets de justice fiscale existent. Comme toujours dans des sociétés complexes. Et la France ne peut être comparée aux États-Unis, où il y a effectivement une explosion des inégalités de revenus - et pas seulement du patrimoine - dans des proportions très importantes. Ici, les études de l'Insee le démontrent de façon très claire, les inégalités n'augmentent pas. Grâce à un État-providence qui parvient à redistribuer 60 % du PIB. Le débat actuel est incompréhensible.

La volonté d'investir diminue dans l'intervalle d'une bonne dizaine de points. C'est très frappant.

Pourquoi ?
Dire "c'est d'abord aux entreprises de payer" n'a pas de sens. Les entrepreneurs n'ont jamais été hostiles à l'idée de faire des efforts. À condition que tout le monde en fasse. Et que ces efforts soient utiles. On leur avait dit en 1996, lors du déplafonnement de l'ISF - une mesure qui s'est avérée catastrophique pour l'économie française - que c'était nécessaire pour stabiliser la dépense publique. Il n'en a rien été. La dette continue de galoper, contrairement à son évolution dans les autres pays européens, qui sont pour la plupart parvenus à juguler l'évolution de leur dette. Les efforts à accomplir se situent donc dans la réduction des dépenses, pas dans la taxation abusive des entrepreneurs.

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Est-ce réaliste, compte tenu du climat ambiant ?
Le consensus qui s'est construit en France sur la nécessité de stopper la désindustrialisation du pays prouve que d'autres consensus peuvent émerger. Cela a été le cas en Espagne, au Portugal ou en Italie. Mais aussi dans les pays du nord de l'Europe. Il n'y a pas de raison que ce soit impossible en France.

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Bpifrance, béquille d'un capital-risque français toujours sous-développé

Pourquoi le danger de la dette est-il sous-estimé ?
Le danger, c'est sa cavalcade. On n'a pas trouvé ne serait-ce que le premier frein d'urgence pour ralentir cette chevauchée fantastique vers l'abîme. Au lieu de regarder la situation en face et d'admettre que l'envolée de la dette est la conséquence du vieillissement de la population française, on préfère chercher d'hypothétiques "trésors cachés", du côté des riches ou de l'immigration. Or les trésors cachés n'existent pas. Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas toiletter le droit fiscal français pour empêcher des abus de financement de dépenses personnelles par le biais de holdings, c'est-à-dire la suroptimisation fiscale. Mais amputer de 2 % par an la fortune d'individus serait un non-sens.

Comment lutter contre le déni sur les conséquences du vieillissement ?
En expliquant la situation  : 10 % des retraites sont financées par la dette. Il y a aujourd'hui 18 millions de retraités  ! Les retraites représentent un quart des dépenses publiques, à 400 milliards d'euros. Suivent par celles de la maladie, à 270 milliards. Les deux explosent. La France comptera 300.000 nonagénaires en 2030. Le nombre de naissances sera inférieur à celui des décès dès cette année, soit deux ans plus tôt que prévu, parce que les naissances se sont effondrées. La société française prend un énorme coup de vieux. Or nous avons vécu dans un imaginaire de fécondité. Là où d'autres pays européens ont tiré les leçons du vieillissement sur leur contrat social, en reculant l'âge de la retraite et en encourageant le travail des seniors, la France n'a pas fait ce travail. On devrait pouvoir en parler sans violence  : c'est un sujet arithmétique. Pas idéologique. Or la France a besoin d'en passer par la violence. C'est le mystère de sa culture politique.

Là où d'autres pays européens ont tiré les leçons du vieillissement sur leur contrat social, en reculant l'âge de la retraite et en encourageant le travail des seniors, la France n'a pas fait ce travail.

Mais l'État n'a-t-il pas menti sur la gravité de la situation ?
L'État s'est d'abord menti à lui-même, en refusant de reconnaître la gravité du déficit des retraites de la fonction publique. Et que les dépenses sociales dans leur ensemble l'étaient aussi. Ça n'a jamais été dit. Il ne s'agit pas de détruire l'État-providence, mais de déplacer les curseurs, pour que le modèle social survive.

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Comment les entrepreneurs peuvent-ils réagir aux attaques actuelles ?
En s'exprimant davantage. Ils doivent faire savoir ce qui n'est pas supportable pour eux. Un travail de pédagogie est indispensable et ce sont eux qui sont le mieux placés pour le faire.

Propos recueillis par Marie-Pierre Gröndahl

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