OPINION. « Pour un Service national de cohésion et de résilience », par Grégory Allione, président d’honneur de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France
Par Grégory Allione, député européen Renew
Gregory Allione, lors de la réunion de la session plénière du Parlement européen : la sécheresse et les phénomènes météorologiques extrêmes.
LTD / UNION EUROPEENNE/Hans Lucas via Reuters Connect
Le parlementaire propose de mettre en place un service pour les jeunes, fondé sur le volontariat afin de répondre aux menaces sanitaires, climatiques et sécuritaires de demain.
La France, comme l'Europe, est confrontée au dérèglement du monde, à l'évolution des conflits, et aux guerres hybrides. À nos portes, la guerre en Ukraine secoue l'ordre mondial. Ailleurs, en mer de Chine méridionale ou encore du Proche-Orient au golfe Arabo-Persique, les foyers de crises s'allument les uns après les autres. Pendant ce temps, la guerre hybride bat son plein : cyberattaques, sabotages de câbles sous-marins, réseaux criminels, chantage migratoire, ingérences électorales, menaces contre les journalistes, campagnes de désinformation font vaciller nos démocraties.
Aux menaces géopolitiques, s'ajoute le changement climatique. Inondations, sécheresses, feux de forêt, et autres catastrophes climatiques ne sont plus des anomalies, mais notre nouvelle réalité. Ces phénomènes extrêmes se multiplient, frappant plus fort et plus souvent. Le dérèglement climatique n'est plus une menace abstraite : il bouleverse déjà le quotidien des Français.
Mais les menaces ne viennent pas seulement de l'extérieur, elles grondent aussi de l'intérieur. Notre pacte civique s'effrite, nos valeurs s'essoufflent. Insultes, menaces, coups et autres incivilités se multiplient. Les agressions envers les forces de l'ordre, les sapeurs-pompiers, les enseignants ou encore les soignants sont devenues monnaie courante.
Une violence quotidienne dont les chiffres sont le triste reflet : ce sont près de 1.500 agressions de sapeurs-pompiers qui ont été recensées en France en 2024, ou encore près de 1. 600 agressions de soignants en 2023 - soit une augmentation de 27% en un an. Ceux qui nous portent secours de manière altruiste et souvent volontaire, sont désormais confrontés au défi de leur propre sécurité.
Face à l'embrasement du monde et aux fractures internes, l'engagement républicain est notre dernière ligne de défense. Notre jeunesse est-elle désengagée ? Certainement pas. Si elle bouscule les codes traditionnels, c'est pour mieux réinventer l'engagement, pleinement consciente des enjeux collectifs. Réseaux sociaux, pétitions en ligne, campagnes de crowdfunding : les jeunes investissent de nouveaux terrains d'action. Inquiets du dérèglement climatique et des menaces internationales, ils s'engagent, s'organisent et agissent. Le monde bouge, et eux avec.
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Nos jeunes sont prêts à défendre leur Nation.
Et les chiffres sont implacables : plus de 28.200 jeunes sapeurs-pompiers s'engagent chaque jour sur le terrain à travers tout le pays. 17 000 bénévoles de moins de 30 ans œuvrent au sein de la Croix-Rouge française. Dans l'armée de Terre, près de la moitié des réservistes ont moins de 30 ans. Et le service civique n'est pas en reste : en 2022, plus de 80. 000 jeunes s'y sont engagés — quatre fois plus qu'en 2014. Ce n'est pas du désintérêt, c'est un réveil. Une génération prête à agir.
Depuis des décennies, la France forme sa jeunesse à la citoyenneté, à l'engagement et à la solidarité grâce à des milliers de structures qui œuvrent chaque jour, avec passion et exigence : jeunes sapeurs-pompiers, associations de sécurité civile, clubs sportifs, mouvements d'éducation populaire... Ce réseau vivant incarne une République active, enracinée dans les territoires. Il ne demande qu'à être soutenu, reconnu et amplifié.
Mais au-delà de l'engagement associatif, nos jeunes sont prêts à défendre leur Nation. 62 % des 18-24 ans affirment qu'ils se battraient pour leur pays en cas de conflit. Le patriotisme n'est pas un vieux souvenir : en temps de crise, il reprend vie, plus fort que jamais. Conscients des menaces climatiques et sécuritaires, et marqués par les attentats qui ont frappé au cœur de la République, ils redonnent tout son sens à cet attachement.
À travers leur mobilisation associative et ce regain patriotique, les jeunes nous lancent un message clair : ils veulent s'engager — pour la patrie, pour la planète, pour la société. Reste une question cruciale : saurons-nous les écouter et leur donner les moyens d'agir ?
Fort de l'engagement de notre jeunesse, nous n'avons pas besoin de créer un nouveau dispositif. La France a besoin de mobiliser la force qu'est l'engagement de sa jeunesse. Valoriser les initiatives existantes, connecter les forces vives du pays, renforcer le tissu associatif de terrain — voilà l'ambition.
Nous devons donc construire un Service national de cohésion et de résilience fondé sur le volontariat, pour tous les jeunes, quelque doit leur milieu social. Un catalyseur d'énergie citoyenne, au service de l'intérêt général qui promeut la cohésion, la résilience et l'acquisition de compétences.
Cohésion. Il doit comporter une véritable séquence de partage du collectif. Un temps où des jeunes d'horizons divers apprennent, ensemble, hors du cadre scolaire et familial, à se connaître, à coopérer et à se respecter. C'est dans l'expérience concrète de la mixité sociale, culturelle et territoriale que peut se reconstruire le sentiment d'appartenance et se retisser le lien national. C'est là que la République cesse d'être une abstraction pour devenir une réalité vivante et partagée.
Résilience. Il doit être le pilier d'une nouvelle culture de la préparation en France. Il doit être une école de la résilience, où chaque jeune Français peut apprendre les bases du secourisme, de la gestion de crise, de la défense territoriale, de la cybersécurité et, pour ceux qui le souhaitent, du maniement des armes. Il ne s'agit pas d'un virage militariste, mais d'un sursaut de lucidité : préparer notre jeunesse aujourd'hui, c'est lui donner les moyens de répondre aux menaces sanitaires, climatiques et sécuritaires de demain.
Opportunité. Surtout, il ne doit pas être une simple parenthèse de quinze jours, mais un véritable tremplin dans le parcours des jeunes. Il doit offrir un socle solide et commun de compétences pratiques et reconnues — secourisme, travail en équipe, sens des responsabilités, gestion de crise. Ces savoir-faire essentiels doivent être valorisés, certifiés et devenir un véritable atout pour l'insertion professionnelle et économique des jeunes.
Le Service national de cohésion et de résilience, loin d'être une simple politique publique, doit devenir un projet de société fondé sur la cohésion, la préparation et la formation de notre jeunesse. C'est l'occasion de refonder le pacte républicain, de retisser le lien entre la jeunesse et les institutions, et de forger une génération lucide, soudée et prête à défendre nos libertés.
Cette chance, nous l'avons. Notre devoir, c'est de la saisir. Car la France n'a plus les moyens de se disperser. Elle doit faire de l'unité nationale sa priorité. Pour préparer l'avenir, elle doit miser sur sa jeunesse, non pas en la contraignant, mais en lui faisant confiance.