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La Tribune DimanchePolitique

Les calculs de Laurent Wauquiez

Photo de Jules Pecnard

Jules Pecnard

Publié le 02 février 2025 à 04:35 - Mis à jour le 04 février 2025 à 16:11

Le député LR Laurent Wauquiez lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale française, le 28 janvier 2025.

Le député LR Laurent Wauquiez lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale française, le 28 janvier 2025.

LTD/Raphael Lafargue/ABACAPRESS

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Mercredi 5 février, Laurent Wauquiez va rendre son diagnostic pour « refonder » son parti. La veille, le patron des députés LR dînera avec Bruno Retailleau, potentiel rival avec qui les relations se sont nettement dégradées.

Ce mardi, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez dîneront ensemble au ministère de l'Intérieur. Ils ne se sont pas vus en tête-à-tête depuis le 16 novembre. C'était avant la chute du gouvernement Barnier, avant la détérioration rapide du lien entre les deux hommes forts des Républicains. « Et puis, ce soir-là, il y avait leurs épouses », complète un témoin. Le 4 février, il n'y aura que deux couverts. Un cadre LR pressent un rendez-vous « digne du souper de Talleyrand et Fouché », ce règlement de comptes épique entre les deux anciens ministres de Napoléon. La rivalité opposant le député de Haute-Loire au premier flic de France n'en a ni la résonance historique ni le passif, mais elle constitue un fait politique majeur à droite. Désormais, le second a pris un ascendant manifeste sur le premier. Laurent Wauquiez ne l'avait pas prévu.

La date rendra cette causerie encore moins anodine. Le lendemain, le Rhônalpin doit piloter un bureau politique de son parti, consacré à sa « refondation ». En clair, à son plan pour remodeler l'héritier de l'UMP et redynamiser un appareil en panne sèche, incapable de produire des idées neuves ou de reconquérir l'espace électoral perdu depuis douze ans. Fidèle à sa manière d'être, le patron du groupe Droite républicaine à l'Assemblée nationale - dénomination des députés LR - a élaboré ses réflexions dans un secret total. Il s'est appuyé sur Emmanuelle Mignon, la très libérale co-artisane du triomphe de Nicolas Sarkozy en 2007, et a consulté les principaux poids lourds du mouvement.

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Valérie Pécresse, avec qui les relations se sont réchauffées, lui a par exemple suggéré de ne réunir aucun congrès avant le 31 mars. Ce jour-là, le tribunal correctionnel de Paris doit rendre son jugement dans le procès des assistants parlementaires européens du FN, qui pourrait valoir une peine d'inéligibilité à Marine Le Pen. C'est l'une des convictions qui animent Laurent Wauquiez : la cheffe du Rassemblement national peut sérieusement se voir barrer la route de la prochaine présidentielle. Dans ces conditions, il faut se mettre en capacité d'attirer une partie de ses électeurs. Le leader LR estime par ailleurs qu'il est le candidat naturel de son camp pour tourner la page du macronisme en 2027. Dans cette perspective, reconquérir le parti dont il a perdu les rênes en 2019 lui apporterait une « pierre de leadership supplémentaire », résume un proche.

Laurent a le chic pour prendre les gens pour des cons, mais ça commence à se voir.
Un ancien de l'équipe Barnier

Un caillou nommé Retailleau a ébranlé ces certitudes. L'ancien lieutenant de Philippe de Villiers et de François Fillon a percé le mur de l'opinion publique en à peine quatre mois place Beauvau, surclassant Laurent Wauquiez dans les baromètres de popularité. Reprochant à celui-ci d'avoir voulu le déloger du ministère de l'Intérieur après le départ de Michel Barnier, Bruno Retailleau hésite à l'affronter. « Nos guerres des chefs, ce sont de trop mauvais souvenirs », raisonne-t-il en privé. Son entourage l'y pousse pourtant. Force républicaine, son microparti, a même commandé un grand sondage à OpinionWay qui place le Vendéen bien en tête des figures de la droite. Il n'y a guère que Xavier Bertrand pour le talonner.

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Au-delà de ces querelles de boutique, Laurent Wauquiez doit conjurer un mal tenace  : le sentiment, de plus en plus partagé au sein de son propre camp, qu'il n'entrera jamais à l'Élysée. Sur le terrain, même les jeunes élus de sa garde rapprochée constatent le « désintérêt » qu'il suscite. « Retailleau, pour le moment, nous fait du bien », grince un vétéran du sarkozysme. L'ancien président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ne s'est pas aidé en se mettant à dos les membres du gouvernement issus de LR, qu'il a qualifiés de « syndicat des ministres sortants » avant la nomination de François Bayrou. Annie Genevard, parvenue à rester à l'Agriculture, en a conçu une particulière amertume. Il se trouve qu'elle est également secrétaire générale du parti. « Laurent a le chic pour prendre les gens pour des cons, soupire un ancien de l'équipe Barnier, mais ça commence à se voir. »

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Tout cela n'empêche pas l'ex-maire du Puy-en-Velay d'avoir des atouts. Il s'entend bien avec les ministres Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, avec qui il déjeune de temps en temps. Le même Darmanin qui, occupant le ministère de la Justice, peut lui-même devenir un concurrent de Bruno Retailleau. Tous les interlocuteurs de Laurent Wauquiez, ou presque, demeurent impressionnés par son niveau intellectuel. Et malgré le manque de sens politique dont il a fait preuve par le passé, il est persuadé que chercher un candidat unique pour la droite et le centre droit est une impasse. D'où son choix de reporter l'épineux débat sur la primaire. « Le Pen peut sauter et Mélenchon a dit trop de conneries pour faire 22 % à une présidentielle, calcule un fidèle. On a la place pour deux projets de droite. » Dont le sien  ?

Jules Pecnard

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