Ukiyo-e ou l'art graphique japonais

 |   |  572  mots
C'est l'évènement de la rentrée du marché de l'art parisien. Près de 1.900 lots de très rares estampes japonaises sont mis en vente. Les initiés se précipitent. Les curieux aussi. Une occasion exceptionnelle de mieux connaître cet art si particulier.

Pendant quatre jours, du 16 au 19 septembre, la société de ventes Pierre Bergé et Associés propose une vacation exceptionnelle à Drouot Montaigne : la dispersion de 1852 lots essentiellement d'estampes japonaises, en provenance de deux collections hors normes, notamment celle d'Huguette Berès, une galeriste parisienne réputée qui a entassé lors de sa carrière débutée en 1952 d'innombrables oeuvres que les initiés considèrent comme rarisimes.

Une première vente d'une partie de cette pléthorique collection avait déjà atteint un total de plus de 6 millions d'euros il y a sept ans à Drouot, pulvérisant les estimations d'alors. Cette fois-ci, les organisateurs tablent sur une recette (basse) de 5 millions d'euros qui devrait, compte tenu de la qualité des lots et du regain du marché, être largement dépassée. La gamme des estimations actuelles des pièces présentées va de 300 à 150.000 euros, avec de nombreux lots dans la fourchette des 50 à 80.000 euros. C'est dire que l'événement réunit les plus grands collectionneurs et spécialistes, déjà sur place pour examiner une par une ces oeuvres qui ne devraient pas réaparaitre sur le marché avant longtemps, beaucoup devant être acquises par de discrets amateurs fortunés, d'autres par les musées du monde entier.

Car l'approche de ces estampes demande une solide connaissance de l'art graphique nippon. La qualité d'une oeuvre est fonction de son impression, ses couleurs, son sujet, sa conservation et le nombre d'exemplaires tirés. La vente est regroupée sous l'appellation de "Ukiko-e ou les images du monde flottant". Ce terme a été utilisé durant l'ère Edo (1603-1868) pour désigner une nouvelle façon d'aborder la représentation narrative et populaire de la peinture ou de la gravure sur bois du Japon.

Contrairement à la peinture aristocratique de Kano, l'estampe Ukiko-e se veut à la portée du plus grand nombre, d'où sa production parfois en grande série, mais presque toujours de bonne qualité artistique, abordant des thèmes très appréciés par la majorité de la population, qui souvent utilisait ces estampes comme le font ajourd'hui certains avec les posters: personnages de théatre, lutteurs de sumo, courtisanes, scènes érotiques, paysages connus, décoraient les demeures japonaises. Un art moyennement estimé par la noblesse locale, mais qui aura son heure de gloire avec l'ouverture de l'archipel au monde occidental dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Le "japonisme" séduit nombre d'artistes européens, tels Monet, Manet, Degas, Van Gogh, Renoir, Gauguin ou Picasso. Depuis, ces estampes font l'objet de collections de haut niveau. Parmi le bon millier d'estampes mises à l'encan, on retiendra, notamment, celles réalisées par les maîtres Kunisada Utagawa, Hokusai Katsushika, Hiroshige Ando, particulièrement recherchées, la pièce la plus chère étant une représentation de l'acteur de théatre nô Morita Kanya III de Shakaru, fin du XVIIème siècle. La vente propose également 600 lots de livres illustrés par Chinnen, Hambei, Hokusai, Kunisada, Utamaro, des dessins originaux (dont un carnet en accordéon d?Hiroshige contenant 40 dessins de la route de Tokaido), des peintures sur soie ou sur papier et des rouleaux dits makimono.

Les moins fortunés peuvent acquérir les quatre remarquables catalogues (50 euros), qui constituent une excellente initiation à cet art quelque peu hermétique, mais très esthétique.

Les 16,17,18 et 19 septembre, Drouot Montaigne Paris, renseignements : www.pba-auctions.com

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :