Crise financière, crise économique : même combat !

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Par Hervé de Carmoy, ancien banquier, vice-président de la Commission Trilatérale Europe, président du conseil de surveillance d'Etam.

En Europe, les dépôts des particuliers et des entreprises dans les banques ne courent plus aucun risque. La mobilisation mondiale des banques centrales et des gouvernements a neutralisé l'éventualité d'un krach bancaire. Le succès en matière de liquidités bancaires n'éloigne pas pour autant les menaces qui pèsent sur l'emploi et la croissance. Elles résultent de l'ampleur des pertes au bilan des banques et des conséquences sur l'économie de chaque pays d'un processus de désendettement général.

Quelques chiffres éclaireront le débat : le total des fonds propres des banques est estimé à 4.000 milliards de dollars. Les pertes résultant de la crise immobilières américaine s'élèveraient à 2.500 milliards de dollars. Il faut y rajouter, aux Etats-Unis, 4.500 milliards de dollars de crédits à la consommation douteux. A ce jour, seul 800 milliards de dollars ont été provisionnés. La différence entre ces chiffres explique la réticence des banques à réenclencher une politique de crédits abondants, au-delà de ce qui est nécessaire pour protéger leur fonds de commerce traditionnel. Cette problématique est aggravée par le fait que le marché de la titrisation s'est asséché, ce qui oblige de nombreuses banques à garder sur leur bilan l'essentiel de leurs nouveaux crédits.

Tout baisse: le prix de l'immobilier et des matières premières, le cours des actions, les résultats de la plupart des PME et le niveau de l'emploi. Tout baisse, sauf les charges financières et les impayés. La réalité est donc incontournable : la hausse des taux d'intérêt, la baisse de la valeur des actifs, le déclin de la solvabilité de nombreux clients et les perspectives d'une récession grave, tous ces facteurs ralentissent l'octroi de nouveaux crédits et contribuent à l'aggravation de la récession qui a débuté.

Enfin, de nombreuses grandes banques internationales anticipent une nouvelle vague de provisions : elles craignent l'explosion des impayés, la faillite de certains Etats d'Amérique Latine et d'Afrique voire d'Europe, ainsi que les difficultés de grands acteurs financiers et industriels, notamment les «hedge funds», l'industrie de l'automobile et des transports aériens.

Depuis le début de l'année la baisse des marchés actions et de l'immobilier a entraîné la destruction d'environ 37.000 milliards de dollars de richesse nominale, à rapporter aux 1.200 milliards de dollars perdus dans le délitement des «subprime». Il ya aussi la «maladie des milliardaires». Certains, en provenance de Russie, d'Inde ou de Chine ont vu la valeur, sur papier, de leur patrimoine fondre de 50 à 70%. Une fraction de ces actifs avait été mise en nantissement de concours bancaires. Leur évaporation partielle accroît les risques de crédit et accélère les ventes massives d'actions. Cette évaporation des actifs a des effets psychologiques importants et difficiles à mesurer sur la consommation et l'investissement.

Dans ces conditions, il apparaît illusoire d'espérer que les banques puissent réamorcer, à bref délai, la croissance par l'octroi de crédits et de capitaux aux créateurs d'entreprises, aux PME et aux particuliers. Le financement d'une stratégie de conquête de clientèle n'est pas à l'ordre du jour, sauf dans une demi-douzaine de grands établissements et quelques banques régionales qui traversent la crise avec sérénité. Le problème fondamental n'est pas résorbé: celui de l'exubérance de l'endettement mondial, passé en trente ans de 8 à 1 à 25 à 1. La racine du problème est là : il nous faut détricoter cette montagne de dettes à un moment où les acteurs économiques sont de moins en moins solvables du fait de la crise économique. Il parait inévitable que nous connaissions une nouvelle baisse de valeur moyenne des actifs financiers et immobiliers.

Dans ces conditions, que faire ? Tout d'abord, mener à bien la refonte du système financier international. Les esprits n'ont jamais été aussi mûrs, même si en ce domaine, une longue habitude de prééminence incline l'Amérique vers un exercice du pouvoir sans partage. Avec la convocation d'une conférence «Bretton Woods 2», l'Europe a pris une initiative remarquable qui peut faire évoluer les mentalités. Toutefois, cela ne suffit pas. Il faut aller au-delà de la transformation, de l'unification et de la moralisation des systèmes bancaires et financiers mondiaux, car il s'agit là d'une entreprise qui ne peut pleinement aboutir que dans la durée. Dans l'immédiat, il faut orienter des liquidités abondantes et souples vers les entrepreneurs, les PME et les particuliers. Dans cet esprit, l'Etat et ses démembrements devront susciter des partenariats avec des organismes régionaux qui ont la compétence et la connaissance du terrain.

Ben Bernanke, l'actuel Président de la banque centrale américaine, observait dans son ouvrage sur la crise de 1929 que la faillite de 2.000 banques aux USA, avait, à l'époque, entrainé la mise à pied de dizaine de milliers de banquiers compétents qui connaissaient leur client. Il considérait que cette perte d'expérience constituait la principale raison de la diminution, en quelques années, de plus de 30% du PNB américain. En Europe et en France en particulier, nous avons la chance que notre capital humain soit intact. Il est essentiel qu'il dispose des ressources financières nécessaires pour pleinement jouer son rôle. Il sera un moteur pour l'avenir de l'économie française.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Point de vue de banquier. L'économie réelle et la finance sont deux mondes qui ne se parlent plus. A se demander comment peuvent elles encore fonctionner avec la même monnaie. En tant que dirigeant de PME je considère que la finance est devenue toxique et parasitaire.

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